Les places en garderie pour les tout-petits se raréfient

Déjà critique, le manque de places en garderies pour les tout-petitsa pris de nouvelles proportions au Québec à cause de la crise de la COVID-19. Une situation qui pourrait encore empirer en raison de la colère des éducatrices en milieu familial.

Caroline Sévigny, de Québec, a perdu sa garderie en milieu familial en mars. La propriétaire, qui souffrait d’une maladie chronique, a dû fermer ses portes en raison de la COVID-19. Elle pourrait rouvrir en août, mais ce n’est pas assuré.

En quête d’un plan B, la mère de deux fillettes de 3 ans et 16 mois est sur toutes les plateformes. « Je regarde sur Internet tous les jours, j’ai appelé toutes les garderies en milieu familial, les CPE autour de chez nous. J’ai inscrit mes filles partout, et il n’y a absolument rien. »

Anxieuse, cette infirmière clinicienne se demande quand elle pourra finalement retourner au travail. « Si je n’ai pas de garderie, il va falloir que je fasse une entente avec mon employeur pour avoir un traitement différé, mais je ne suis pas certaine d’y avoir droit. »

Valérie Ferland, aussi de Québec, est dans une situation similaire. Elle a inscrit son fils sur des listes d’attente alors qu’il était encore dans son ventre. C’était en mars 2019, mais, plus d’un an plus tard, on ne lui a toujours pas offert de place. « Je n’ai jamais pensé que ça serait si compliqué que ça. » Le 8 mars, elle a pris prétexte de la Journée internationale de la femme pour écrire à son député que « ce sont souvent les femmes qui doivent rester à la maison » et qui « perdent leur carrière à cause de ça. »

Deuxième vague de fermetures

Le Devoir s’est entretenu cette semaine avec de nombreuses mères, toutes plus découragées les unes que les autres. Sur les réseaux sociaux, les « annonces » de parents cherchant des places en garderie sont monnaie courante.

Chez les poupons, le manque de places est criant au moins depuis l’an dernier dans le réseau, explique Valérie Grenon, de la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ-CSQ). « Il en manquait avant la COVID-19, donc ce n’est pas ça qui va avoir aidé », dit-elle.

La COVID-19 a aggravé la situation en amenant au moins 600 des 12 000 garderies en milieu familial (RSG) à fermer leurs portes pour des raisons d’âge ou de santé, comme celle de Caroline, par exemple.

Or Le Devoir a découvert qu’il y avait une seconde vague de fermetures en RSG causée par une série de problèmes allant des nouvelles mesures d’hygiène exigées depuis la pandémie aux négociations entre leur syndicat et le gouvernement.

La FIPEQ estime que cette vague pourrait faire doubler le nombre de fermetures à 1200.

Tous les cas recensés se trouvent à l’extérieur de la région de Montréal, où la dynamique est particulière en raison du plus lent déconfinement et de la présence de plus d’options en établissements privés.

Audrey Labelle, une résidente des Laurentides, a annoncé il y a deux semaines qu’elle fermait la garderie qu’elle gérait avec sa conjointe depuis 2014. « En partant, c’est déjà pas super payant », a-t-elle expliqué au téléphone. « On nous fournissait des masques, mais pas pour mon assistante. Une boîte de masques, c’est au moins 45 $ plus taxes, ça en prend à peu près deux par mois ! »

Elle signale aussi que les assurances collectives obligatoires « ont augmenté d’à peu près 21 % », alors que « l’offre salariale que le ministère propose est en bas de 1 % ».

S’ajoute aussi une perte de « qualité de vie en établissement » avec les masques, la distanciation et le reste. « Les enfants ne peuvent plus manger ensemble, alors il faut changer tout le mobilier. » Bref, elle avait moins de plaisir à faire son travail. « On ne peut pas chanter Les roues de l’autobus en promenade avec un masque et une visière à 30 degrés dehors… » Elle pense se réorienter vers les services de garde en milieu scolaire ; sa conjointe envisage d’aller en CHSLD. « C’est vraiment à regret, car j’avais une liste d’attente de deux ans pour mon service. Les parents étaient satisfaits. »

Nancy, dans le Bas-Saint-Laurent pense faire la même chose avec son service de garde. Pour ne pas alarmer inutilement les parents, elle a préféré taire son identité. Elle se dit pénalisée par les nouvelles règles de compensations pour les parents qui décident de ne pas envoyer leurs enfants en service de garde à cause de la COVID-19. « [Le ministre] est encore revenu sur sa décision et on est “coupées”. […] Comme moi, cette semaine, j’ai quatre enfants au lieu de cinq. La contribution de 8,75 $ par jour est coupée pour l’enfant qui n’est pas là. »

On ne peut pas chanter "Les roues de l’autobus" en promenade avec un masque et une visière à 30 degrés dehors… 

 

À cela s’ajoutent les nouvelles tâches liées à l’hygiène qui lui prennent une bonne heure par jour. « Je dois tout désinfecter le soir, les jouets, la cour. Je vous dis, c’est terrible. » Pendant ce temps, elle continue de recevoir des appels de parents « découragés » qui cherchent une place. « Juste ce matin, j’en ai eu trois ; la semaine passée, j’en ai eu huit. En plus, en fin de semaine, deux de mes consœurs dans le “non-régi” [sans permis du ministère de la Famille] ont fermé. »

Quand l’urgence sanitaire a été décrétée en mars, les intervenantes en petite enfance venaient de se doter d’un mandat de grève pour avril. Elles doivent se prononcer d’ici le 16 juin sur une nouvelle offre du gouvernement.

À voir en vidéo


 
1 commentaire
  • Marie-Hélène Gagnon - Abonnée 9 juin 2020 10 h 22

    La transformation de l'info

    Je suis une pro syndicat, nous leur en devons beaucoup concernant nos conditions de travail actuelles. En ce qui concernent les. RSG reconnues, j'ai de la difficulté avec la désinformation qui est faite. Depuis le 16 mars, elles ont reçu 100% de leur rétribution qui est environ 1000.00$ par semaine (36.46 par jour par enfant x 6 enfants x 5 jours). Il ne faut pas oublier que ce sont des travailleuses autonomes.
    Une RSG qui reçoit 6 enfants gagne autour de 20$ de l'heure avant toutes déductions mais les syndicats prétendent qu'elles gagnent 12.42$ avant impôt. Je crois qu'elles devraient avoir une augmentation car elles travaillent quand même 50 heures semaines et que ça prend une vocation pour faire ce travail mais je ne suis plus capable de la désinformation de la Fipeq et de leur façon de présenter les RSG comne des victimes du système.