Didier Lucien a fait le choix de ne pas commenter la crise provoquée par la mort de George Floyd

Didier Lucien
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Didier Lucien

C’est pour souligner le caractère festif et rassembleur de la Fête nationale que Didier Lucien a fait savoir aux journalistes qu’il ne voulait pas discuter de racisme systémique ou de la crise raciale qui secoue les États-Unis.

« Didier Lucien a accepté ce mandat en janvier dernier… longtemps avant les événements actuels, a fait savoir l’agence Jocelyn Robitaille, qui représente Didier Lucien, sur sa page Facebook. L’Organisation de la Fête nationale n’a jamais demandé à Didier de se taire sur ce sujet. C’est un choix personnel qui DOIT être respecté. Et pour ceux qui en doutent, sachez que Didier n’est pas indifférent à tout ce qui se passe à l’extérieur. Ça le bouleverse énormément. Pour utiliser une belle analogie de sa part : “Quand on perd un proche, on n’a pas toujours envie d’en parler. Chacun gère sa peine à sa façon”. »

Dans un avis aux médias, les organisateurs de la Fête nationale avaient écrit plus tôt cette semaine, en même temps qu’ils annonçaient la nomination de Didier Lucien comme porte-parole, que le comédien ne ferait « AUCUN commentaire et ne répondra à AUCUNE question [ce sont eux qui mettent les majuscules] concernant le racisme systémique ou la culture. Cela, même s’il est sensible à ces sujets brûlants d’actualité, cela, par égard pour son mandat auprès de la Fête nationale du Québec et dans le but de conserver un message rassembleur, positif et festif ».

 

En données et en cartes

Le poids d’une couleur de peau

Une simple note

De son côté, Karine Cousineau, dont l’agence de relations de presse représente Didier Lucien en tant que porte-parole de la Fête nationale, donnait les précisions suivantes.

« Le mémo était une simple note personnelle destinée aux médias, faite à la demande de Didier Lucien et avec son approbation, pour établir clairement les paramètres des entrevues accordées. Il ne souhaite pas donner son opinion sur la place publique. Cela s’est fait en accord avec l’Organisation de la Fête nationale du Québec, qui respecte entièrement son choix », écrit-elle,en ajoutant : « Didier est très heureux d’être porte-parole de la Fête nationale. »

Jérôme Pruneau, directeur général du groupe Diversité artistique Montréal, qui fait la promotion de l’inclusion et de la diversité dans la communauté artistique, dit qu’il serait « gêné » de faire des commentaires sur cette décision de Didier Lucien. Il dit par ailleurs comprendre que des personnes racisées puissent être « fatiguées » de devoir constamment réagir sur des questions de racisme.

Didier Lucien lui-même, poursuit M. Pruneau, intervient régulièrement sur ces questions, et il est compréhensible, croit-il, que l’artiste n’ait pas voulu « mélanger ce moment de fête » avec les enjeux de fond du racisme systémique.

De son côté, la directrice du Mouvement national des Québécois, Martine Desjardins, n’a pas voulu commenter la décision de M. Lucien.

« Nous n’émettrons aucun commentaire à cet effet, sinon vous confirmer que nous appuyons notre porte-parole dans ce contexte. C’est une question de respect », a fait savoir Martine Desjardins, par le biais de sa responsable des communications Laurence Alberro.

Le char de 2017

Rappelons qu’en 2017, un char allégorique du défilé de la Fête nationale avait suscité de nombreuses réactions dans les groupes antiracistes.

Ce char du défilé, sur lequel se tenait la chanteuse Annie Villeneuve, était poussé par quatre jeunes hommes noirs, alors que des dizaines de personnes blanches dansaient autour d’eux.

La fondatrice de Québec inclusif, Émilie Nicolas, avait alors déploré le « manque de sensibilité », du comité organisateur du défilé. Et vendredi, Mme Nicolas a qualifié de « bourde monumentale » la position de la Fête nationale dans cette affaire, sur sa page Facebook, alors qu’une myriade d’artistes, d’entreprises et d’organismes s’empressent de dénoncer le racisme et la brutalité policière.

« Quel est le message de la Fête nationale, en tant qu’organisme, sur le racisme systémique, le racisme anti-noir, la brutalité policière ? J’attends une réponse de Martine Desjardins, par sa propre voix, celle d’un communiqué ou de n’importe quel porte-parole », écrivait-elle.

Selon M. Pruneau, l’Organisation de la Fête nationale a cependant fait un pas en avant depuis les événements de 2017. « Si les organisateurs ont mis Didier à la tête de la Fête, c’est parce qu’ils ont, depuis ces événements, entamé un exercice de réflexion et de transformation », dit-il.

Par ailleurs, M. Pruneau croit que le Québec doit se retrousser les manches pour aller plus loin qu’un simple plan d’action contre le racisme systémique. Chaque organisation, dit-il, doit accepter de « se regarder et de se déconstruire », en regard de politiques antiracistes, et d’engager les ressources nécessaires pour avancer à cet égard.

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