Justin Trudeau, un genou à terre avec des manifestants contre le racisme

Le premier ministre Justin Trudeau a déposé un genou au sol en signe de solidarité avec les autres manifestants réunis sur la Colline du Parlement, à Ottawa.
Photo: Dave Chan Agence France-Presse Le premier ministre Justin Trudeau a déposé un genou au sol en signe de solidarité avec les autres manifestants réunis sur la Colline du Parlement, à Ottawa.

Plusieurs manifestations se sont déroulées vendredi au Canada, dans la foulée de la mort de George Floyd, à Minneapolis, lors d’une intervention policière dont les images dérangeantes ont déclenché des jours de protestations parfois violentes aux États-Unis.

À Ottawa, le rassemblement était organisé par No Peace Until Justice, un mouvement lancé par une jeune femme noire, dans le but de rassembler des militants, des organisations et des alliés dans un élan de solidarité contre la brutalité policière et le racisme sociétal.

Le premier ministre Justin Trudeau, escorté par des gardes de sécurité, a assisté au rassemblement, où il a écouté les discours des orateurs, hochant parfois de la tête en signe d’approbation.

Il a aussi applaudi les propos d’un orateur disant que tout le monde doit se placer devant l’alternative suivante : « être raciste ou être antiraciste ». Il a réagi de la même manière lorsque la foule a scandé « Black lives matter ».

Le premier ministre a même déposé un genou au sol en signe de solidarité avec les autres manifestants réunis sur la Colline du Parlement. Il a refait le geste lorsque la foule a observé un moment de recueillement pour les près de neuf minutes durant lesquelles George Floyd a été maintenu au sol, un genou pressé contre son cou, jusqu’à manquer d’air.

L’itinéraire ne prévoyait pas un arrêt devant l’ambassade américaine, mais la marche y a tout de même mené. L’ambassade a annoncé jeudi sur Twitter que les lumières du bâtiment seraient symboliquement baissées pour les neuf nuits suivantes en l’honneur de George Floyd.

Les manifestants sont restés pacifiques, chantant et brandissant des signes sur lesquels on pouvait lire « Démilitarisez la police » et « Dites leur nom » — un slogan invitant la population à se souvenir des victimes de la brutalité policière et à les désigner par leur nom.

Les organisateurs ont demandé à la police de rester à l’écart et ont souligné qu’ils n’avaient pas invité le maire Jim Watson, qui avait dit qu’il serait de l’événement. Le groupe s’est également dit opposé à toute diffusion en direct, captation et prise de photos durant la manifestation afin de protéger l’identité et la sécurité des personnes présentes.

Du côté de Toronto, où les policiers ont fait profil bas, plus de 10 000 manifestants sont descendus dans la rue sous un soleil de plomb, avec des pancartes sur lesquelles ils avaient notamment inscrit « Le racisme est également une pandémie » et « Le silence est de la violence ».

Surpris par une averse soudaine, les participants se sont amassés, le poing levé et le genou au sol, avant de se disperser.

« On en a assez. Il nous faut du changement et on ne fait pas confiance à la police », a déclaré l’un des participants, nommé John Coleman, après que des interventions policières problématiques eurent récemment fait la manchette au Canada.

« Amener un changement »

 

Après avoir rencontré un groupe de manifestants avec d’autres agents en uniforme, le chef de la police de Toronto, Mark Saunders, a posé le genou au sol en solidarité avec leur cause. « Nous devons tous rester unis pour amener un changement », a déclaré plus tard sur Twitter le chef Saunders, qui est lui-même afro-descendant.

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a applaudi son geste, à ses yeux le signe de « véritable leadership ».

En vue de la manifestation de Toronto et d’autres prévues dans la même ville ce week-end, plusieurs commerces de la rue Yonge et des environs, au centre-ville, ont barricadé leurs fenêtres. Le centre Eaton a fermé ses portes jusqu’à lundi par mesure de précaution.

Toujours en Ontario, des centaines de manifestants antiracistes se sont également réunis à l’hôtel de ville de Barrie vendredi.

Plus tôt dans la journée, le premier ministre Justin Trudeau a qualifié de « troublants » les vidéos et les reportages qui ont fait surface à travers le pays au cours des dernières semaines. Il a notamment été question d’un incident entre un homme inuit et la GRC au Nunavut et de la mort d’une femme autochtone aux mains d’un policier au Nouveau-Brunswick.

Bien que chaque cas doive faire l’objet d’une enquête, M. Trudeau a déclaré que le problème plus vaste du racisme systémique dans les services de police existait depuis longtemps et devait être réglé.

« Nous savons que, pour beaucoup trop de Canadiens racialisés ou autochtones, la réalité, quand [ils sont] confrontés ou quand ils interagissent avec les autorités, peut être extrêmement différente de celle de la majorité des Canadiens. Nous faisons face à des systèmes où la discrimination est présente. Et nous nous devons de [les] changer. »

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