Nourriture pour le coeur et l'âme

Collecte de nourriture par des bénévoles du projet Faisenpour2 rue Saint-Urbain, à Montréal. C’est Clara de Richoufftz (chandail bleu) qui a fondé et mis sur pied ce concept, qui existait avant la pandémie sur les campus universitaires.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Collecte de nourriture par des bénévoles du projet Faisenpour2 rue Saint-Urbain, à Montréal. C’est Clara de Richoufftz (chandail bleu) qui a fondé et mis sur pied ce concept, qui existait avant la pandémie sur les campus universitaires.
1. ​Contes
Contes à relais
 

Chaque semaine, une dizaine de conteurs du Québec unissent leurs voix — à distance — pour revisiter un conte traditionnel. C’est ce qu’on appelle un conte à relais, explique André Lemelin, qui a lancé l’idée sur les réseaux sociaux au début de la pandémie. Depuis, plus d’une centaine de conteurs, professionnels et amateurs, ont embarqué dans le projet.

« Chaque semaine, je choisis un conte, j’envoie les consignes et leur partie aux conteurs. Ils ont juste à se filmer avec leur téléphone ou leur caméra. On rassemble le tout et on le diffuse pour que les familles puissent en profiter de chez elles », explique-t-il.

Les contes sont diffusés sur Facebook et sur YouTube. De Hansel et Gretel à Piccolo, en passant par Blanche-Neige, Le petit Poucet ou encore Le poirier de Misère : il y en a pour tous les goûts.

Le projet d’André Lemelin permet ainsi aux conteurs de continuer à raconter des histoires à un public en repensant toutefois leur art. « La pandémie nous oblige à réfléchir sur la manière dont on pratique notre art. Le conte, c’est un art vivant qui se fait devant un public normalement. On continue d’avoir un public, mais pas directement avec nous. C’est une tout autre expérience », indique-t-il.

Annabelle Caillou

2. Journalisme
Un nouveau média
 

La COVID-19 a compliqué l’organisation de beaucoup de stages dans les universités du Québec. Et les finissants du DESS en journalisme de l’Université de Montréal n’y font pas exception. En temps normal, leur diplôme est tributaire d’un stage d’au moins huit semaines dans un média, d’ici ou d’ailleurs. Mais pandémie oblige, les organisations de presse, désormais 100 % maison (ou presque), ne peuvent pas les accueillir cet été. Alain Saulnier, directeur par intérim du programme, a donc trouvé une solution pour permettre à ses étudiants de terminer leur formation, sans passe-droit. « Si aucun média ne veut les accueillir, on va en créer un », résume-t-il en entrevue téléphonique.

L’agence de presse 21 a donc vu le jour. D’ici au 30 juin, les futurs journalistes alimenteront le site Web de ce nouveau média, entièrement consacré à la pandémie. Or, les sujets et la forme des reportages seront variés. L’agence propose d’ailleurs Enquêtes de balcons, une bande dessinée signée Élisabeth Simard illustrant le quotidien de ses voisins confinés. « Chaque semaine, un texte doit rentrer au minimum par étudiant », explique M. Saulnier, qui a été directeur de l’information à Radio-Canada. À moins, dit-il, que le reporter travaille sur un projet plus chronophage (un topo vidéo, par exemple). « On tient compte de ça. »

Avec 21, Alain Saulnier espère faire d’une pierre deux coups : diplômer la relève, certes, mais aussi initier les finissants à l’expérience de pigiste. Car chaque contribution d’un étudiant peut être achetée par un média qui souhaite le publier, comme le font les agences de presse établies. « Je ne m’attends pas à ce que les médias leur versent de gros cachets, mais le principe est important. Il n’est pas question de donner ces textes, mais de tenter de les vendre, comme le ferait un journaliste », souligne le professeur.

Celui-ci n’est évidemment pas seul dans sa tâche. Il peut compter sur l’aide de Michaël Monnier, qui encadre les étudiants et remplit le rôle de webmestre, et de Guy Angrignon, superviseur des stages. Alain Saulnier cumule pour sa part les fonctions d’éditeur en chef, de pupitreur… « et un peu le mentor de tous ces étudiants-là », lance-t-il.

Guillaume Lepage

3. Balado
Oui, allô ?
 

« Qu’est-ce qui arrive si le père Noël attrape le coronavirus ? » Cette question, gageons que plusieurs enfants du monde se la sont posée. Heureusement que la jeune Léonie l’a soumise à l’équipe de La puce à l’oreille pour en avoir le cœur net. Depuis quelques semaines, cette compagnie de production montréalaise, spécialisée dans le balado documentaire jeunesse, répond aux questions des enfants sur la pandémie avec la série « Allô la puce ! ». Si certaines font sourire, d’autres trouvent écho chez les plus grands. Comme celle de Noam, 10 ans, qui se demande combien de temps va durer cette fichue pandémie.

Plus d’accès au studio, télétravail pour tout le monde, des annonceurs aux abonnés absents : les activités de La puce à l’oreille ont été bouleversées par l’arrivée du virus. « On était à la fois un peu désœuvrés et déprimés », résume au téléphone sa fondatrice, Prune Lieutier. Puis, un nouveau projet a démarré : le comédien François Bernier leur a proposé l’idée de créer un répondeur pour recueillir les questions, les témoignages et les inquiétudes des enfants en lien avec la COVID-19. « On a constaté un grand niveau d’anxiété », raconte Mme Lieutier. Il faut dire que la fermeture des écoles et le confinement à la maison ont fait monter le stress d’un cran.

François Bernier s’est donc entouré des comédiens Nicolas Gendron et Maxime Beauregard-Martin pour écrire les textes un brin décalés, à la fois informatifs et humoristiques, avant de les mettre en voix depuis sa garde-robe transformée en studio improvisé. Le montage s’est ensuite fait à distance, comme tout le reste d’ailleurs, explique Prune Lieutier. Jusqu’à présent, six épisodes ont vu le jour. Et devant l’engouement suscité par la série auprès du public, la petite équipe songe déjà à poursuivre l’aventure même une fois que la pandémie sera passée.

Guillaume Lepage

4. Repas
Cuisiner, récolter, distribuer

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir

Sans emploi en raison de la pandémie de coronavirus, de jeunes Montréalais de moins de 25 ans ont décidé d’investir leur temps libre pour la bonne cause. Deux fois par semaine, ils enfourchent leur vélo et sillonnent les rues de la métropole pour récolter des plats préparés par des citoyens de façon bénévole. Ces plats sont ensuite distribués à des personnes dans le besoin dans Montréal-Nord — un quartier fortement touché par la COVID-19 — grâce à l’aide de l’organisme Parole d’excluEs.

« Ça fait trois semaines qu’on a lancé le partenariat, et ça fonctionne vraiment bien. On arrive à récolter environ 130 repas par semaine. Les gens sont confinés, ils ont le temps de cuisiner, et ils ont vraiment envie d’aider en ce moment », note Clara de Richoufftz, qui a proposé le concept.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir

Son organisme, Faisenpour2, existait déjà avant la pandémie, mais sous une tout autre forme. Basé dans trois campus universitaires de Montréal, il encourageait les étudiants à doubler leur portion de lunch pour distribuer le surplus aux personnes en situation d’itinérance. « Mais les campus ont fermé avec la pandémie, et on a compris que la Ville aidait beaucoup les sans-abri. Alors, on a fait un appel à tous, pas juste les étudiants, et on a voulu aider davantage les ménages en situation précaire. »

Pour l’instant, l’équipe récolte des plats directement chez les Montréalais vivant dans le Mile End, le Plateau-Mont-Royal, Hochelaga-Maisonneuve ou encore Rosemont et Villeray. Mais tellement de mains se lèvent pour les aider qu’ils cherchent présentement d’autres livreurs à vélo pour couvrir d’autres quartiers. « On pense contacter aussi d’autres organismes pour venir en aide à d’autres personnes dans le besoin », indique Clara de Richoufftz.

Annabelle Caillou

5. Équipement
Jouets et visières
 

En temps normal, Mega Brands fabrique des jouets, les petites briques de plastique Mega Bloks destinées aux enfants. Mais en ces temps de COVID-19, son usine de l’arrondissement Saint-Laurent, à Montréal, produit des visières pour le personnel soignant. L’entreprise compte en offrir 125 000 d’ici début juin au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) et à la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ).

Pour ce faire, son équipe de développement de produits a été mobilisée pour imaginer un moule qui a été « rapidement » confectionné en Chine, explique en entrevue Bisma Ansari, vice-présidente principale de Mega Brands. Concrètement, l’usine montréalaise produit la pièce de tête. Les employés y ajoutent ensuite la feuille d’acétate transparente et le bandeau élastique, achetés auprès de fournisseurs. Mettre la main sur ces objets n’a pas été simple, confie Mme Ansari. « Ce sont des matériaux très demandés, qui sont difficiles à trouver. »

Depuis le début de la pandémie, Mega Brands, qui appartient au géant américain Mattel, a également donné 2000 jouets aux employés du CHU Sainte-Justine. D’ailleurs, on a relancé la production de jouets à Saint-Laurent depuis environ deux semaines, dans le respect des consignes gouvernementales. Rappelons que l’usine réduira ses activités à compter de l’automne prochain et fermera ses portes en 2021, pour un total de près de 600 emplois perdus.

Guillaume Lepage

6. Confinement
Retour à la vie normale
 

Somme toute, la pandémie aura eu un peu de bon. Elle aura fait renaître des passions jusqu’ici mises de côté par le tourbillon de nos vies trépidantes. « Depuis le confinement, j’ai ressorti mon appareil photo », dit Éric McCarty, créatif pour l’agence de publicité Archipel à Montréal. Il y a quelques jours, celui qui est aussi auteur et réalisateur à son compte a eu l’idée d’écrire à des amis et à des connaissances pour leur poser cette question toute simple : « quelle est la première chose que vous allez faire une fois le confinement terminé ? ». Il leur a ensuite demandé de coucher leur réponse sur papier, avant de venir les photographier — à deux mètres de distance bien sûr. « Serrer notre petit-fils dans nos bras », « faire des shows », « voir d’autre monde que ma blonde et le gars du dep »… Les confidences sont à la fois drôles et touchantes.

Le projet, diffusé sur la Toile, a d’ailleurs rapidement connu du succès, se réjouit Éric, qui a retenu les 19 meilleures photos (clin d’œil au virus) pour composer cet album repartagé des centaines de fois. Mais c’est avant tout par « passion » et pour revoir les gens arrachés de son quotidien par la pandémie que le photographe amateur a voulu créer cette initiative. Et aussi, « sortir de chez moi », ajoute celui qui songe de plus en plus justement à faire de la photographie davantage un métier. « J’ai déjà eu des contrats, mais j’ai bien l’intention de me concentrer là-dessus à l’avenir. »

Et vous ? Qu’avez-vous hâte de faire quand le confinement ne sera plus qu’un mauvais souvenir ?

Guillaume Lepage