Portrait accablant de la santé des enfants en centres jeunesse

Selon des données présentées jeudi, 46% des filles et 5% des garçons issus des centres jeunesse ont subi des violences sexuelles. 
Photo: iStock Selon des données présentées jeudi, 46% des filles et 5% des garçons issus des centres jeunesse ont subi des violences sexuelles. 

Parmi les enfants de la DPJ, on trouve des facteurs de risque pour la santé de deux à quatre fois plus élevés par rapport à la population en général, observe le Dr Yves Lambert en se fondant sur des études scientifiques. Au nom du Regroupement des médecins et infirmières en centres jeunesse, le Dr Lambert et sa consœur Anne-Chloé Bissonnette ont rappelé, au deuxième jour des audiences en ligne de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse (Commission Laurent), à quel point les enfants de ces centres apparaissent à risque en matière de santé.

Ces enfants ont en commun d’avoir au final une prévalence plus grande et plus complexe pour les maladies physiques et mentales, tout en éprouvant de nombreuses habitudes défavorables à une bonne santé, comme des dépendances aux drogues et aux médicaments. Les conséquences se voient à long terme. Le Dr Lambert a expliqué que les agressions sexuelles conduisent par exemple à des problèmes psychiques et physiques importants à mesure que l’individu vieillit.

Selon les données présentées par le Regroupement des médecins et infirmières en centres jeunesse, 46 % des filles et 5 % des garçons ont subi des violences sexuelles. Ces taux sont stables, peu importe la région du Québec.

Des antécédents

C'est le tiers des jeunes qui affirment avoir un ou deux parents aux prises avec des problèmes de santé mentale ; 45 % ont au moins un de leur parent qui présente des problèmes de consommation d’alcool ou de drogue ; 60 % ont un parent aux prises avec des problèmes de santé chronique.

Dans les centres jeunesse, on observe que 73 % des jeunes fument. Les problèmes dentaires y sont importants. La santé physique en général apparaît déficiente.

« Lors des séjours en centre jeunesse, les habitudes de vie devraient être travaillées. Ces apprentissages devraient faire partie inhérente de la réadaptation », affirme le Regroupement des médecins et infirmières dans un portrait documenté et accablant.

Les effets sociaux

Les citoyens issus des centres jeunesse ont une espérance de vie moindre. « Les éléments adverses accumulés en bas âge font baisser l’espérance de vie en bonne santé », a expliqué le Dr Lambert aux membres de la commission. Ils vivent jusqu’à dix ans de moins que dans la population en général, affirme le médecin.

La Dre Anne-Chloé Bissonnette renchérit et va plus loin encore. Pour ces enfants, dans le système actuel au Québec, il s’avère très difficile d’obtenir tous les renseignements médicaux qui seraient nécessaires pour obtenir un portrait complet de leur situation. Il n’existe pas de dossier médical centralisé pour ces enfants, si bien qu’un médecin doit d’abord contacter souvent quatre ou cinq institutions afin de rassembler des éléments disparates, sans pour autant être assuré d’avoir un portrait complet. Pourquoi ? Parce que dans bien des cas, même les évaluations de base n’ont pas été réalisées. « Des jeunes de 16 ans qui ont un niveau de secondaire 1, mais qui n’ont jamais eu d’évaluation […], ni les services nécessaires » pour les aider sont des cas assez fréquents, dit-elle. « À̀ notre connaissance, il n’y a que le centre jeunesse de Montréal — institut universitaire qui a des infirmières disponibles pour soutenir les équipes d’évaluation. »

Le suivi médical des jeunes à la suite de leur sortie des centres de réadaptation ou à l’atteinte de leur majorité légale fait aussi défaut. Faute de liaisons entre les services à l’interne et les services communautaires, « les jeunes se retrouvent donc souvent sans services alors qu’ils en ont ardemment besoin vu leur vulnérabilité inhérente ».

L’urgence d’agir en amont

Les répercussions sociales de tout cela s’avèrent importantes. Pour les contrer, il faut que ces jeunes « extrêmement vulnérables » bénéficient de « plus d’attention, plus de services et, conséquemment, plus de financement », ont répété les représentants du Regroupement des médecins et infirmières en centres jeunesse dans un des témoignages les plus vibrants de cette journée d’audience hors norme.

Pour y parvenir, il faut notamment intervenir mieux et plus vite en amont, affirme pour sa part devant la commission l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS). « Le lien largement documenté entre la pauvreté et la négligence et certaines évidences montrant que l’amélioration des ressources matérielles des familles diminue la maltraitance », militent notamment en faveur d’un soutien économique aux familles, à un accès à des logements abordables et à une sécurité alimentaire.