L'absence de milieu de travail pose un risque accru de violence conjugale

En plus d’être une source de sécurité financière, le travail peut aussi représenter un lieu de répit, hors de la présence d’un partenaire violent.
Photo: iStock En plus d’être une source de sécurité financière, le travail peut aussi représenter un lieu de répit, hors de la présence d’un partenaire violent.

Tandis que le télétravail gomme encore davantage la frontière entre vie personnelle et professionnelle, il est grand temps que les employeurs prennent conscience de leur part de responsabilité dans la prévention de la violence conjugale, plaident des groupes de femmes.

En plus d’être une source de sécurité financière, le boulot pouvait autrefois représenter un lieu de répit, hors de la présence d’un partenaire violent. Mais avec les mesures de confinement imposées dans le cadre de la pandémie de COVID-19, ces occasions d’échapper à son agresseur se font plus rares — et par le fait même, les occasions d’obtenir de l’aide aussi.

Résultat : le téléphone ne sonne plus autant dans les refuges, rapporte la coordonnatrice de la Maison des Femmes de Baie-Comeau, Hélène Millier. Et quand il sonne, c’est parfois une femme qui appelle au cours d’une promenade ou une autre cachée dans sa garde-robe, ajoute-t-elle.

L’utilité des milieux de travail pour protéger les victimes de violence conjugale est sur le radar des organismes de la Côte-Nord depuis plus de dix ans déjà. Des groupes de femmes de la région se sont même tournés vers l’Université du Québec à Montréal (UQAM) pour approfondir la question.

Face à la transition massive vers le télétravail, l’équipe produit actuellement des capsules vidéo pour sensibiliser les employeurs à leur rôle souvent insoupçonné dans cette période particulièrement critique pour les victimes de violence conjugale.

« Les relations abusives ont libre cours à l’abri des regards et dans un contexte où la travailleuse est plus isolée que jamais », signale Rachel Cox, professeure au département des sciences juridiques de l’UQAM, qui s’implique depuis environ un an dans ce projet.

Selon une étude dévoilée par Statistique Canada le mois dernier, une femme sur dix craint qu’il y ait de la violence familiale dans son foyer pendant le confinement au pays.

Les employeurs sont exhortés à prendre des nouvelles de leur personnel, rester à l’affût de signes de détresse et se montrer ouverts à un signalement en toute confidentialité.

Si le besoin se présente, ils peuvent faire appel à l’expertise des maisons d’hébergement, centres de femmes, centres d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) et autres ressources spécialisées de leur région, souligne-t-on.

Les capsules les invitent aussi à discuter d’accommodements, comme des horaires plus flexibles, un retour prioritaire en milieu de travail et la possibilité de consulter les ressources d’aide sur le temps de travail.

Au-delà de ces mesures concrètes, l’attitude de l’employeur peut envoyer le message que la violence conjugale n’est pas une affaire privée, mais bien un problème de société, fait valoir Rachel Cox.

« La réaction de l’employeur peut souvent être un moment crucial où la femme victime de violence conjugale voit comment elle est reçue quand elle dénonce la situation qu’elle vit à la maison », souligne la professeure.

Mme Cox estime que le régime québécois en matière de santé et sécurité du travail devrait explicitement reconnaître l’obligation des employeurs en la matière. De telles dispositions existent déjà dans six provinces canadiennes.

En Ontario et en Alberta, il aura fallu que des femmes soient assassinées au travail — où leur situation était pourtant bien connue — pour que les gouvernements légifèrent, souligne Rachel Cox. « N’attendons pas qu’il y ait un cas au Québec. »

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