Un Québécois marque l’histoire de l’Université Princeton

Nicholas Johnson est le premier étudiant noir de l’Université Princeton, souvent blâmée pour son passé raciste, à obtenir le titre de major de sa promotion.
Photo: Lisa Festa Université Princeton via La Presse canadienne Nicholas Johnson est le premier étudiant noir de l’Université Princeton, souvent blâmée pour son passé raciste, à obtenir le titre de major de sa promotion.

En devenant le premier major de promotion noir de Princeton, le jeune Montréalais Nicholas Johnson permet à la prestigieuse université de marquer la rupture avec son passé raciste. Le Devoir s’est entretenu avec ses parents.

Quand Le Devoir a joint la famille cette semaine, Nicholas, 22 ans, était en pleine préparation du discours qu’il prononcera à la cérémonie de graduation. « En plus, il doit étudier pour ses derniers examens le 20 mai », d’expliquer son père. « C’est la folie ici ».

Le terme « major de promotion » ou « valedictorian » en anglais réfère à l’étudiant qui a obtenu les meilleurs résultats de sa promotion.

Ses parents n’en sont pas peu fiers, et ce, pour plusieurs raisons à la fois. « Vous savez, les neuf ou dix premiers présidents de l’Université de Princeton étaient propriétaires d’esclaves », fait remarquer en anglais son père Dexter Johnson, après s’être excusé d’être le seul membre de la famille à ne pas parler français.

« Le fait que finalement, un étudiant noir surpasse tous les autres, c’est très important. Ça a pris beaucoup de temps. Il est le premier en 274 années à le faire. »

Davantage associée au sud du pays que les autres universités de la Ivy League, Princeton s’est fait reprocher ses liens avec les propriétaires de plantations à l’époque de la guerre de Sécession et la mentalité conservatrice qu’elle aurait gardée par la suite.

Or, ces dernières années, l’Université a déployé beaucoup d’efforts pour transcender cet héritage en documentant ouvertement son histoire dans le cadre de différents événements.

Le bébé de Noël de la Gaspésie

Dans ce contexte, les exploits de Nicholas Johnson tombent à point.

« S’il y a quelqu’un qui peut les aider à passer à autre chose, c’est mon fils. C’est quelqu’un de très travaillant et il mérite totalement ce qui lui arrive », observe son père qui est propriétaire de cliniques de chirurgie dentaire dans la région d’Ottawa.

Spécialisé en mathématiques appliquées, son fils s’intéresse notamment à la prise de décision et son incidence en santé dans le contexte de l’influence grandissante des algorithmes.

Après ses études, il doit quitter pour le MIT, mais ses parents ne seraient pas étonnés qu’il revienne un jour à Montréal.

« Heureusement, Montréal est un lieu pivot pour la recherche en intelligence artificielle », avance sa mère Anita Brown Johnson. « Son cœur est ici de toute façon ».

Native de Montréal, Mme Brown Johnson a grandi en Jamaïque avant de revenir au Canada où elle a connu une brillante carrière dans la recherche sur les soins aux personnes âgées.

Second enfant de la famille, Nicholas est né en 1997 à Gaspé où sa mère travaillait dans un centre gériatrique.

« Ils avaient dit que c’était le bébé de Noël parce que c’était le bébé né le plus proche de Noël », raconte-t-elle amusée. « Il était même dans les journaux ».

Vingt-deux ans plus tard, il l’est encore à une tout autre échelle. Cette semaine, il a même reçu les félicitations de Michelle Obama sur Twitter. Ces honneurs ne risquent-ils pas de l’étourdir ?

Pas du tout, répondent ses parents. « C’est un gars assez discret », dit sa mère. « Quand il remporte des succès, il ne pense même pas à nous le dire. On finit tout le temps par l’apprendre plus tard en posant des questions. »

Est-il ambitieux ? « Oui », poursuit-elle en soulignant que la famille n’a jamais eu à le pousser. « On n’a jamais vraiment eu à superviser son travail. Il suffisait de lui donner accès à des ressources et il les exploitait. »

Petit, il regardait envieux sa grande sœur, de quatre ans son aînée, faire des devoirs de mathématiques. « Il venait nous voir pour qu’on lui en donne à lui aussi », raconte son père amusé.

Nicholas, insistent-ils, est quelqu’un qui voit dans la recherche la source de solutions. C’est un chercheur, mais aussi un entrepreneur. Où le voient-ils dans dix ans ?

« Dans quatre ou cinq ans, il aura identifié certains grands problèmes dans le monde qu’il va vouloir contribuer à régler », résume sa mère. « Il va améliorer le monde dans lequel nous vivons. »

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