Ne pas rester sans rien faire

La costumière Simonetta Mariano (à droite) dans son atelier, avec des bénévoles à l’oeuvre. Elle a lancé une initiative de fabrication de masques qui réunit des artisans du milieu cinématographique québécois.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir La costumière Simonetta Mariano (à droite) dans son atelier, avec des bénévoles à l’oeuvre. Elle a lancé une initiative de fabrication de masques qui réunit des artisans du milieu cinématographique québécois.

1. Enfance

Gardiennage virtuel

Tout le monde n’est pas égal devant le confinement. Rester cloué à la maison peut s’avérer éprouvant, surtout pour les parents qui doivent concilier télétravail et famille depuis plusieurs semaines. Soucieuse de leur venir en aide, Paulina Podgorska a eu l’idée de lancer un service de gardiennage virtuel pour occuper la marmaille.

Le concept est plutôt simple : pendant que papa ou maman assiste à une visioconférence ou passe un appel important, l’enfant est pris en charge par une éducatrice spécialisée par l’entremise de l’écran d’une tablette ou d’un ordinateur.

Pendant une quarantaine de minutes donc, l’enfant pourra s’exercer au bricolage, au dessin ou même au yoga et à la méditation avec d’autres petits mousses. Ces séances thématisées ne dépassent jamais plus de six enfants, qui doivent néanmoins être âgés de 4 à 8 ans. Car quand ils sont plus jeunes, il est difficile de conserver leur attention devant un écran aussi longtemps et, pour les plus vieux, les « besoins éducationnels » changent, explique en entrevue Mme Podgorska.

Il faut dire que cette entrepreneuse, elle-même mère de famille, en connaît un rayon en matière de gardiennage. Depuis 2009, son site sosgarde.ca sert d’entremetteur entre parents et gardiennes.

Par contre, le service de gardiennage virtuel, lui, est tout neuf puisqu’il est proposé depuis deux semaines à peine. Et il connaît déjà un bon succès, note Paulina Podgorska, enthousiaste.

« Il y a des familles qui l’ont essayé et qui reviennent nous voir, en achetant le forfait de six ou de douze sessions », se félicite celle qui compte maintenir le service une fois la pandémie passée.

Guillaume Lepage

2. Habitation

10 000 chambres

Les chantiers de construction ou de rénovation d’habitations devant être terminés fin juillet ont repris la semaine dernière, mais les retards se sont inévitablement accumulés pendant la pause forcée due à la pandémie de COVID-19.

Pour éviter que des propriétaires se retrouvent ainsi sans toit sur leur tête, l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ) et les associations hôtelières de Montréal et de Québec ont décidé de s’associer pour leur offrir des chambres à moindre coût le temps que leurs résidences soient terminées.

« Au début du projet [il y a une semaine], on avait réussi à avoir 7000 chambres dans différents hôtels pour servir de logements transitoires. Mais depuis, d’autres régions du Québec ont embarqué, et on en a plus de 10 000 maintenant à travers la province », souligne François Bernier, vice-président principal Affaires publiques à l’APCHQ.

Un geste de solidarité, selon lui, plus que nécessaire pendant la pandémie. Car tout en permettant aux citoyens d’avoir un endroit où dormir, cela donne aussi un coup de pouce au milieu hôtelier, qui souffre grandement depuis le début de la crise sanitaire. Depuis la fermeture des frontières et les recommandations de la santé publique d’éviter tous déplacements non nécessaires, les hôtels sont vides et vivent « des temps durs ».

M. Bernier garde toutefois l’espoir que les retards accumulés disparaîtront avec l’accélération de la cadence des chantiers, pour que le moins de personnes possible soient touchées.

Annabelle Caillou

3. Protection

Des masques québécois sur mesure

« On est très près de quelque chose qu’on pourra bientôt commercialiser », lance au téléphone, confiant, Francis Dion, président exécutif de la jeune pousse québécoise Shapeshift 3D. L’entreprise met présentement au point un masque de protection qu’elle considère comme révolutionnaire. Non seulement son produit peut être réutilisé et stérilisé, mais il a surtout l’avantage d’être conçu sur mesure. Contrairement au fameux N95 par exemple, difficile à mettre et rarement confortable au bout de quelques heures, le masque « Beyond-Fit » s’ajuste du premier coup.

Et comment ? Shapeshift « scanne » ni plus ni moins le visage du client — ce qui peut être fait avec un téléphone cellulaire —, puis le logiciel adapte le tout à sa morphologie. « Nous ne sommes pas les seuls à pouvoir faire ça, mais nos algorithmes peuvent gérer plusieurs contraintes à la fois », explique M. Dion, qui fait équipe avec plusieurs partenaires, dont le géant HP et les laboratoires Bodycad à Québec.

La fabrication de masques de protection sécuritaires n’est pas simple. Le design et le choix des matières filtrantes sont déterminants, surtout lorsqu’il est question d’obtenir une homologation pour le personnel soignant en milieu hospitalier, notamment. Si Shapeshift n’en est pas là pour le moment, elle espère pouvoir équiper les travailleurs de la santé d’ici l’automne.

D’ici là, elle souhaite pouvoir desservir à la fois le citoyen lambda, les travailleurs de services essentiels et les ouvriers devant se protéger de particules fines. « On devrait pouvoir homologuer nos premiers masques d’ici deux à trois semaines », résume Francis Dion.

Guillaume Lepage

4. Cinéma

3, 2, 1, action !

Nous sommes à la fin mars. Le Québec est sur « pause » depuis quelques jours afin de limiter la propagation de ce virus aussi invisible que dévastateur. Au chômage technique, Simonetta Mariano conçoit six masques avec sa machine à coudre, qu’elle propose gratuitement sur sa page Facebook. « Quand j’ai vu qu’il n’y en avait plus nulle part, j’ai eu le réflexe d’en faire pour mes voisins, quand ils vont à l’épicerie ou au dépanneur », explique-t-elle en entretien.

Rapidement, les demandes se multiplient, à tel point que la costumière pour des productions cinématographiques ne fournit plus seule. Elle téléphone à son agent syndical, Christian Bergeron, à l’IATSE 514, qui représente les techniciens de l’industrie cinématographique. Résultat : l’atelier de production d’urgence est aujourd’hui installé dans des locaux vides du syndicat, dispose d’environ 20 000 $ en dons et peut compter sur une liste qui dépasse la centaine de bénévoles prêts à pousser à la roue. Des costumières, comme Simonetta Mariano, mais aussi des preneurs de son et des caméramans, par exemple. « La plupart travaillent dans le milieu du cinéma. Ça nous a unis d’une belle façon », explique Mme Mariano, enthousiaste.

La costumière a également « eu le culot », dit-elle, d’appeler le propriétaire des studios MELS à Montréal, Michel Trudel, pour lui demander un coup de pouce financier. Celui-ci a « tout de suite » accepté de leur payer quatre nouvelles machines à coudre industrielles glanées sur un site de petites annonces.

Photo: Renaud Philippe Le Devoir Une bénévole travaille à la confection de masques.

En date de vendredi matin, l’initiative baptisée Cinemask avait livré plus de 2700 masques, pour des citoyens mais aussi pour du personnel soignant. « L’infirmière qui sort de l’hôpital et qui doit s’arrêter au dépanneur ou à l’épicerie, elle peut porter notre masque », explique Mme Mariano, qui ajoute avoir reçu des demandes d’employés en CHSLD.

Mais dernièrement, ce qui fait aussi fureur, ce sont des bandeaux munis de deux boutons pour y accrocher les élastiques des masques chirurgicaux que conçoit l’équipe. « Les infirmières doivent maintenant porter un masque en tout temps. Et les élastiques cheap leur blessent les oreilles », explique la costumière. Celle-ci ne sait pas combien de temps durera encore l’aventure. Or, une chose est sûre, les bénévoles au chômage technique ne chôment pas par les temps qui courent. « Toutes les semaines, on pense que ça va se stabiliser, mais les commandes continuent de débouler ! », lance Mme Mariano, expliquant avoir dû réduire les commandes pour pouvoir livrer au plus grand nombre possible.

Guillaume Lepage

5. Jardinage

Potager à domicile

Sans travail et avec des cours à distance moins prenants qu’à la normale, sept jeunes Montréalais — étudiants au cégep et à l’université — ont décidé de proposer des ensembles prêts à jardiner pour permettre aux citoyens de cultiver facilement un potager dans leur cour ou sur leur balcon.

« On était déjà très mobilisés pour la protection de l’environnement et, quand on a vu que les gens en confinement se découvraient un intérêt pour l’agriculture urbaine, on s’est dit qu’on pourrait les aider à bien commencer, car ce n’est pas toujours facile au début », explique William Des Marais, qui a participé à l’élaboration du projet intitulé Mai.

En effet, c’est à partir du 1er mai que la livraison commencera. Les ensembles comprendront un pot en géotextile, jusqu’à cinq sortes de semences de légumes et de fines herbes, de la terre biologique et un guide de culture. On peut toutefois d’ores et déjà s’inscrire en ligne pour passer commande, comme l’ont déjà fait plus de 1000 personnes.

« La pandémie de coronavirus a apporté des changements plutôt déstabilisants. Mais il faut voir le bon côté des choses : ça va encourager le renouveau, pousser les gens à changer leurs habitudes, à revoir leurs façons de faire. Et si ça peut encourager l’agriculture urbaine, tant mieux ! », croit l’étudiant au cégep du Vieux Montréal, espérant pouvoir conscientiser le plus de personnes possible à la cause environnementale avec cette simple initiative.

Annabelle Caillou

6. Photographie

Souvenirs de quarantaine

Travailleuse autonome, la photographe montréalaise Cassandra Cacheiro a perdu tous ses contrats dans les dernières semaines en raison de la pandémie de coronavirus.

Sentant la déprime et l’anxiété envahir son quotidien, elle a lancé un nouveau projet, intitulé « Deux mètres », qui consiste à photographier les Montréalais devant leur logement, dans leur cour ou sur leur balcon, mais à deux mètres de distance bien sûr.

« Comme photographe, j’ai compris qu’une des choses qu’on peut bien faire en ce moment, c’est documenter le confinement. Ça fait des photos souvenirs qu’on ressortira dans dix ans en se disant : “tu te souviens en 2020, quand on était tous en isolement chez nous?”. C’est un moment historique qu’on vit présentement », explique Cassandra Cacheiro.

Depuis trois semaines, la photographe se promène donc dans différents quartiers de Montréal à la rencontre d’amis, de connaissances et de parfaits inconnus qui accepte de se prêter au jeu. Elle peut ainsi continuer la photo au quotidien tout en préservant sa santé mentale en cette période de confinement. « Ça fait du bien de sortir, d’occuper ses journées, de parler à des gens. Je rencontre des familles, des couples, mais aussi des personnes seules qui ressentent aussi le besoin de parler en ce moment. Ça fait du bien », confie-t-elle.

Grâce à un simple appel sur les réseaux sociaux, elle s’est déjà créé une longue liste de visites pour les prochaines semaines. « The Womanhood Project [dont elle est cofondatrice] m’a permis de faire plein de connaissances. Quand j’ai lancé mon idée sur les réseaux sociaux, j’ai eu beaucoup de réponses positives, de gens désireux d’être photographiés », raconte-t-elle.

Son travail, elle l’expose sur le compte Instagram « Deux mètres ». « Les réseaux sociaux, c’est pas mal le meilleur endroit pour rejoindre du monde quand on est tous en confinement », lance-t-elle en riant.

Annabelle Caillou