Longueuil ouvre un refuge d’urgence pour les itinérants

Lisa, une itinérante boit et mange un repas que les policiers ont apporté dans la station de métro de Longueuil en début d'après-midi, vendredi.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Lisa, une itinérante boit et mange un repas que les policiers ont apporté dans la station de métro de Longueuil en début d'après-midi, vendredi.

La pandémie de coronavirus a bousculé les habitudes des itinérants et fait apparaître de nouveaux visages. La Rive-Sud de Montréal n’est pas épargnée. À Longueuil, au cours des dernières semaines, une trentaine d’itinérants ont élu domicile dans la station de métro faute de place où se réfugier. Un centre de jour et un nouveau refuge viennent toutefois d’ouvrir leurs portes.

« Les itinérants étaient habitués à un circuit. Mais maintenant, les centres d’achat où ils se reposaient, les restaurants qui leur donnaient de la nourriture et même les magasins de meubles qui leur remettaient des boîtes pour s’abriter la nuit sont fermés », explique le policier Ghyslain Vallières qui, depuis un mois, sillonne les endroits où les itinérants ont leurs habitudes afin de leur venir en aide.

Auparavant, de quatre à cinq itinérants fréquentaient la station de métro Longueuil. Ils sont maintenant une trentaine. Et selon le policier Vallières, ils vivent beaucoup de détresse. « Ils sont désorganisés. On a commencé à observer des situations de violence même si, à la base, ce ne sont pas des gens agressifs. »

Agent aux communications du Service de police de l’agglomération de Longueuil, Ghyslain Vallières aurait pu faire du télétravail pendant la crise. Il a préféré se porter volontaire pour travailler auprès des sans-abri qui vivent difficilement la crise du coronavirus. « Pour connaître l’itinérance, il faut la côtoyer dans le quotidien. Ça ne s’enseigne pas sur les bancs d’école », dit-il.

Devant la hausse du nombre de sans-abri à la station de Longueuil, la Table itinérance Rive-Sud, les CISSS de la Montérégie-Centre et de Montérégie-Est et la Ville de Longueuil ont dû trouver des solutions afin de ne pas laisser cette clientèle vulnérable à elle-même plus longtemps.

Un motel a été converti en centre d’hébergement temporaire afin de pouvoir accueillir une quarantaine d’itinérants. Des sans-abri qui auraient contracté la COVID-19 ou qui seraient en attente d’un résultat d’un test de dépistage pourront alors être gardés en isolation si nécessaire, a indiqué Martine Lesage, du service des communications du CISSS de la Montérégie-Centre.

Jusqu’à maintenant, 11 personnes y ont été admises.

Un centre de jour a aussi été inauguré vendredi matin dans l’église Notre-Dame-de-Grâce, où loge déjà l’organisme Le Repas du passant. Un service de navette assuré par le Réseau de transport de Longueuil (RTL) permet aussi aux itinérants de se rendre de la station de métro au refuge et au centre de jour.

Directeur général de La Casa Bernard-Hubert, une ressource d’hébergement pour les personnes en situation d’itinérance, Nicholas Gildersleeve déplore qu’il ait fallu tant de temps pour ouvrir le centre d’hébergement alors que la situation devenait difficile à la station de métro Longueuil et que la pandémie mettait à risque la sécurité des itinérants.

Le projet de refuge a tout de même pu voir le jour grâce à la solidarité et la collaboration des partenaires et c’est une bonne chose, mais « la machine bureaucratique du gouvernement est beaucoup trop lente », selon lui. « J’espère que les ressources qui sont mises dans ces projets en ce moment vont continuer. Il ne faut pas seulement agir dans l’urgence, mais aussi travailler pour le long terme », dit-il.

La mairesse de Longueuil, Sylvie Parent, reconnaît que les efforts devront être maintenus. Les effets de la COVID-19, avec les pertes d’emplois qu’a engendrées la crise, ne disparaîtront pas quand viendra le temps du déconfinement, souligne-t-elle. « Il y a 41 000 personnes qui vivent sous le seuil de la pauvreté dans l’agglomération de Longueuil, mais 71 % se trouvent sur le territoire de la Ville de Longueuil. On a déjà un milieu qui est très hypothéqué. Ça risque juste de prendre l’ampleur. On répond à la crise présentement, mais on sait qu’on va devoir gérer ça à long terme », reconnaît-elle.

Le CISSS de la Montérégie-Centre n’a pas été en mesure de dire si des itinérants avaient contracté le coronavirus jusqu’à maintenant sur son territoire. L’agent Ghyslain Vallières s’étonne que même à Montréal, les itinérants aient été relativement peu nombreux à avoir contracté la COVID-19. Plus tôt cette semaine, la Santé publique de Montréal en dénombrait neuf jusqu’à maintenant, dont un décès. « Pourtant, ils vivent dans la proximité. Ils s’échangent des botchs de cigarettes. Ils ont besoin d’une socialisation », dit l’agent Vallières.

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