Malgré une amélioration, la pénurie d’équipement médical est toujours préoccupante

Québec a lancé un appel aux entreprises qui seraient capables de modifier leurs chaînes de production pour fabriquer des équipements destinés au réseau de la santé.
Photo: Ted S. Warren Associated Press Québec a lancé un appel aux entreprises qui seraient capables de modifier leurs chaînes de production pour fabriquer des équipements destinés au réseau de la santé.

Blouses, visières, gants, masques et autres : la pénurie d’équipement médical continue de préoccuper Québec et les travailleurs de la santé, même si on a noté une légère « amélioration » dans les derniers jours. Sur le terrain, les inquiétudes demeurent vives… et le portrait de la situation plutôt opaque.

« Les indicateurs ne sont peut-être plus au rouge comme la semaine dernière, mais ça demeure du jaune foncé, indiquait jeudi une source gouvernementale. On cherche encore des solutions, la pédale au plancher. »

Président de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS–CSN, qui représente environ 100 000 travailleurs de la santé), Jeff Begley parle d’une amélioration globale de la situation dans le réseau. « Mais ça reste très préoccupant, notamment dans les CHSLD — et aussi dans les soins à domicile. »

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La FSSS a d’ailleurs signalé au Devoir en fin de journée une pénurie imminente de masques dans deux CHSLD privés conventionnés de la Montérégie (des établissements Vigi Santé). Selon le syndicat, les quelque 265 employés qu’il représente seront à court de masques dans les prochaines heures.

Le p.-d.g. de Vigi-Santé confirme la situation. « C’est le Centre intégré de santé et de services sociaux [CISSS de la Montérégie-Centre] qui a l’obligation de nous fournir des équipements de protection individuelle [ÉPI], dit Vincent Simonetta. Mais on ne reçoit rien depuis le début de l’éclosion. On nous répond qu’on ne peut pas donner ce qu’on n’a pas. Mais notre réserve s’amenuise tous les jours. Et là, on n’a plus d’ÉPI. » Le CISSS n’a pu commenter ce cas jeudi soir.

Quels besoins ?

Au-delà de ce cas, les réserves précises de matériel médical au Québec, notamment des ÉPI, demeurent sujettes au secret.

« Nous ne dévoilons pas les inventaires de manière spécifique », indique le ministre de la Santé.

« Le premier ministre parle toutefois de centaines de milliers d’ÉPI [dont on a besoin], ajoute-t-on. Nous recevons des équipements de protection tous les jours et ils sont distribués aux établissements du réseau, y compris les CHSLD. »

Le seul élément pour lequel le ministère donne un décompte précis concerne les respirateurs et les ventilateurs… et c’est peut-être parce qu’on ne prévoit aucun problème de ce côté. Le réseau en compte 3000, et 1200 autres sont en commande.

En combinant le scénario pessimiste (environ 1000 personnes aux soins intensifs à cause de la COVID-19) avec les statistiques de fréquentation habituelle des soins intensifs (600 personnes hospitalisées), le ministère est « d’avis que 3000 ventilateurs est une quantité adéquate pour répondre au besoin ».

« On est très chanceux au Québec d’avoir autant de respirateurs », a fait valoir François Legault en début de semaine.

Pour répondre aux autres besoins, les 170 personnes mobilisées par Québec pour assurer l’approvisionnement (des employés du ministère, des trois groupes d’approvisionnement commun du Québec et d’un transporteur) étudient toutes sortes d’avenues.

Outre l’aide qu’apporte Ottawa, « un nombre important de commandes sont [passées] depuis plusieurs semaines sur le marché international », dit le ministère de la Santé.

La concurrence est toutefois forte, et les arrivages aléatoires. C’est pourquoi Québec a lancé un appel aux entreprises qui seraient capables de modifier leurs chaînes de production pour fabriquer des équipements destinés au réseau de la santé.

80 entreprises

Les médias ont fait part de plusieurs initiatives dans les derniers jours. Dans les faits, le ministère de l’Économie dit avoir reçu près d’un millier de propositions pour fabriquer « des blouses, du gel hydroalcoolique, des visières et des masques, mais également une large gamme de produits et services ».

Toutes les offres n’ont pas le même intérêt : quelque 80 entreprises ont donc été sélectionnées pour un suivi « prioritaire par les équipes du ministère de l’Économie, puisqu’elles offrent un meilleur potentiel pour répondre aux besoins du [ministère de la Santé] à moyen terme. Ces entreprises proviennent en grande majorité du secteur manufacturier. »

Elles seraient capables de produire des « visières, des masques de procédure ou N95, et des éléments textiles comme des blouses de protection, précise le ministère. Présentement, des efforts particuliers sont déployés pour trouver des entreprises qui pourraient produire des gants en nitrile. »

Les choses avancent donc… mais pas assez vite au goût de Dany Charest, directeur général de TechniTextile Québec, la grappe industrielle du secteur textile québécois.

 

Plusieurs entreprises de ce secteur se sont concertées pour créer une nouvelle chaîne de production d’ÉPI, et ont déjà commencé à produire des blouses médicales… cela, même sans commande ferme de Québec.

« Ça grouille énormément, reconnaît M. Charest. Mais on a l’impression que Québec est incapable de savoir ce qu’ils ont en inventaire réel, et quels sont les besoins. »

En coulisses, on fait valoir que les besoins changent sans cesse et qu’il faut ajuster les prévisions de consommation de matériel. Il y a aussi le fait que le décret d’urgence sanitaire permet maintenant aux CISSS et aux établissements de santé de commander eux-mêmes le matériel dont ils ont besoin — sans passer par les règles d’attribution habituelle de contrats, et par le processus d’achats groupés. Cela donne plus de flexibilité au réseau… mais complexifie aussi le recensement des besoins et des ressources matérielles disponibles.


 
2 commentaires
  • Jacques Bordeleau - Abonné 10 avril 2020 09 h 03

    Équipements

    S'il y a quelque chose qui devrait interpeller et concerner le gouvernement FÉDÉRAL, c'est bien l'approvisionnement et la distribution des équipements médicaux et sanitaires. Une priorité!

    Jacques Bordeleau

  • Pierre François Gagnon - Inscrit 10 avril 2020 09 h 30

    Masques N95 pour les plus vulnérables, vite!

    Il faut créer d'urgence une filière de production massive de dizaines de millions de masques N95 seuls capables de protéger la population dans les deux sens à la fois lors de tous leurs déplacements dans les lieux publics. Les amanchures artisanales ne valent rien pour par exemple les asthmatiques.

    Qu'on leur en réserve prioritairement dans les pharmacies qui sauront identifier leurs patients à risque. Les pharmacies seraient aussi les mieux placées pour faire du dépistage systématique de tout le monde, y compris pour administrer des tests sérologiques.