Des cours d’eau sous haute surveillance

À Rigaud, le niveau de la rivière des Outaouais est sous haute surveillance.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir À Rigaud, le niveau de la rivière des Outaouais est sous haute surveillance.

Alors que la pandémie de COVID-19 accapare toute l’attention, les municipalités se préparent depuis des semaines à faire face à une autre potentielle menace, celle des crues printanières. Sous haute surveillance, les cours d’eau semblent pour l’instant se tenir tranquilles, à part la rivière Chaudière, qui, vendredi, est sortie de son lit. Ailleurs, les villes se croisent les doigts en espérant que la météo les épargne cette année.

« On voit que l’eau a monté, mais pour l’instant, ça se présente bien », commente Normand Bisaillon, qui habite Rigaud, une municipalité durement touchée par les inondations en  2019. L’an dernier, comme plusieurs de ses voisins, il avait dû évacuer sa demeure, car l’eau avait envahi son terrain situé à quelques centaines de pieds des berges de la rivière des Outaouais.

À Laval-Ouest, des citoyens sont sur le qui-vive et pressent la Ville de construire au plus vite une digue temporaire sans attendre que l’eau ait commencé à faire des dégâts. « Vaut mieux que la Ville dépense de l’argent pour mettre des digues pour rien plutôt que d’attendre et que ça lui coûte beaucoup plus cher après à cause des recours collectifs », estime Olivier Laforme, président du Comité des citoyens de Laval-Ouest.

Le mois de mars a été très pluvieux dans le sud du Québec. Des précipitations records ont d’ailleurs été enregistrées dimanche dernier, ce qui a provoqué un rehaussement du lac Saint-Louis et du lac des Deux-Montagnes.

Mais la situation demeure sous contrôle, soutient Pierre Dupuis, expert en hydrologie pour la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM). « Il y a beaucoup d’eau dans le fleuve Saint-Laurent, mais c’est normal. On a encore une certaine marge de manœuvre. Il semble que la crue est graduelle et elle a commencé un peu plus tôt cette année. »

Le niveau élevé du lac Saint-Louis s’explique aussi par la gestion des eaux des Grands Lacs, en amont. L’objectif de la Commission mixte international (CMI), qui gère les niveaux d’eau dans les Grands Lacs, est d’évacuer le maximum d’eau possible du lac Ontario en prévision de scénarios difficiles, tout en maintenant le lac Saint-Louis à un niveau « tolérable », précise M. Dupuis.

S’il surveille étroitement les niveaux d’eau dans les cours d’eau, Pierre Dupuis suit aussi de très près les prévisions météo. Car deux épisodes de précipitations importantes, de 50 à 60 mm de pluie en quelques jours, pourraient changer le portrait de la situation complètement. « Espérons qu’on va avoir trois belles semaines de soleil », dit-il.

Si tous les plans d’eau font l’objet d’une surveillance soutenue, une attention particulière doit être est portée au lac des Deux-Montagnes. « C’est le lac des Deux-Montagnes qui est le plus critique parce qu’on le contrôle moins et qu’il ne comporte pas d’ouvrages », explique M. Dupuis.

COVID-19

Cette année, la gestion des crues des eaux présente un coefficient de difficulté plus élevé, car la pandémie de COVID-19 a forcé les municipalités à revoir leur stratégie.

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a déjà prévenu les villes qu’en raison de la pandémie, l’aménagement de centres d’hébergement d’urgence serait proscrit. Les municipalités devront trouver d’autres solutions, a-t-elle dit.

La mairesse de Pontiac, Johanne Labadie, reconnaît qu’il a fallu réviser le plan de sécurité civile de la Ville. « La crise actuelle de la COVID complique certainement les choses : gérer les logements d’urgence, trouver les bénévoles et assurer la sécurité de nos intervenants d’urgence lors des évacuations. Mais à ce jour, le risque d’inondation reste faible. »

Dans l’ouest de l’île de Montréal, la Ville de Montréal s’est équipée de pompes, de ballons pour les égouts pluviaux et de sacs de sable pour affronter les risques d’inondations. « La pandémie nous cause des problèmes à plusieurs égards. Pour installer une digue, ça prend des bras. On espère que la Ville va donner des moyens de protection aux cols bleus parce que les bénévoles vont se faire rares cette année », indique Normand Marinacci, maire de l’arrondissement de L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève. « On comptait beaucoup sur les bénévoles dans le passé. Mais on comprend : la vie humaine est plus importante que les maisons. »

Alerte en Beauce

Carl Boisvert, porte-parole de la Croix-Rouge canadienne, soutient que malgré la pandémie, la mobilisation bénévole demeure la même qu’à l’habitude au sein de l’organisation. Sauf que cette année, les bénévoles plus âgés seront invités à rester à la maison.

Selon lui, l’impossibilité d’ouvrir des refuges d’hébergement d’urgence ne devrait pas être trop problématique puisque la pandémie a eu pour effet de vider les hôtels. « Plusieurs établissements ont offert de mettre des chambres à la disposition des sinistrés », dit-il.

 

Beauceville, qui avait été durement touchée par les inondations en 2019, était sur un pied d’alerte vendredi compte tenu de l’embâcle qui s’est formé sur la rivière Chaudière, forçant l’évacuation d’une vingtaine de résidents à Saint-Georges-de-Beauce. Beauceville a déjà signifié aux citoyens vivant dans des zones à risque de trouver des options d’hébergement chez des proches ou des amis si une évacuation devenait nécessaire.

La COVID-19 cause d’autres problèmes sur le terrain, fait remarquer Olivier Laforme, du Comité des citoyens de Laval-Ouest. La Ville de Laval a mis des sacs de sable à la disposition des citoyens, mais ceux-ci doivent aller les chercher eux-mêmes, même s’ils doivent respecter les consignes de confinement. « Ça n’a pas de sens. Beaucoup de personnes âgées ne peuvent pas se permettre de sortir et aller chercher leurs sacs de sable », dit-il.

En temps de pandémie, les citoyens habitant dans des zones à risque ont bien des soucis en tête. « On est au début de la courbe pour ce qui est de la crue des eaux. En fait, cette année, on a deux courbes à surveiller », note Katia Sénécal, du Comité citoyen Laval-les-Îles.