Invasion touristique mal avisée dans les Laurentides

Les municipalités touristiques, comme Mont-Tremblant, craignent que le va-et-vient de touristes sur leur territoire entraîne un risque accru de contagion.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Les municipalités touristiques, comme Mont-Tremblant, craignent que le va-et-vient de touristes sur leur territoire entraîne un risque accru de contagion.

Malgré les consignes de confinement, de nombreux touristes continuent d’aller faire des escapades dans les Laurentides pour échapper à la grisaille de la ville, au grand dam des municipalités et des résidents qui craignent pour la propagation du virus.

« La fin de semaine dernière, le village a été envahi par les visiteurs, se désole Kathy Poulin, mairesse de Val-David. C’est un grand problème, car il n’était plus possible de respecter les deux mètres de distance en se promenant dans les rues ou dans les rares commerces locaux encore ouverts. »

C’est bien la première fois que la mairesse de ce petit village se plaint de l’affluence de touristes. Mais en ce moment, son village, comme tout le Québec, est sur pause et elle en appelle à la responsabilité citoyenne en demandant aux touristes de rester chez eux pour le moment.

« C’est une situation très délicate, car on veut protéger nos citoyens et notre communauté, mais en même temps, ça fait partie de notre ADN de recevoir les touristes à bras ouverts, alors c’est un appel du cœur que je lance en demandant aux gens de respecter les consignes gouvernementales et d’éviter les allers-retours d’une région à l’autre. »

Comme les bâtiments et les parcs sont fermés, la municipalité n’est tout simplement pas capable d’accueillir les visiteurs en ce moment, précise-t-elle. « Je vais vous donner un exemple bien simple : il n’y a pas de toilettes publiques en ce moment. Alors, si tous les touristes se mettent à aller aux toilettes de la station d’essence, ça multiplie les risques de contamination. »

L’autre problème, constate la mairesse, c’est que « les seuls commerces encore ouverts peinent déjà à répondre à la demande locale. »

Tensions exacerbées

Val-David n’est pas la seule ville touristique à être dans cette situation. À Mont-Tremblant, il y a « beaucoup de craintes des citoyens » en lien avec la présence importante de touristes et de villégiateurs de l’Ontario et de l’Outaouais, constate le maire, Luc Brisebois.

« On a eu un peu de misère. Il y avait beaucoup de monde et ça a fait des attroupements. Nos patinoires étaient pleines, on a fait intervenir les services de police », explique le maire qui a, depuis, fermé tous les sentiers.

« On demande aux gens de rester chez eux. Tout est fermé, alors si les gens viennent ici, il va falloir qu’ils s’isolent comme ceux qui restent ici. »

À la MRC des Laurentides, le préfet Marc L’heureux constate que la tension monte entre les résidents permanents et les touristes. « On reçoit beaucoup d’appels de gens en panique qui dénoncent des attroupements […] Ils nous disent : si vous ne vous en occupez pas, nous, on va s’en occuper. Les gens sont exaspérés, ils ont peur. C’est une réaction de peur. »

Il estime par ailleurs que sa région n’a pas les infrastructures nécessaires pour prendre en charge des touristes qui tomberaient malades.

Airbnb et chalets à louer

Le problème est double, constate Marc L’heureux. D’un côté, il y a les villégiateurs qui possèdent un chalet dans la région et qui font des allers-retours, multipliant les chances de propagation d’une région à l’autre. « On peut comprendre que les gens qui ont un chalet aient envie de venir à la campagne. Mais faites un choix et arrêtez de vous promener d’une résidence à l’autre », supplie le préfet.

L’autre problème, ce sont les résidences touristiques comme les chalets loués sur diverses plateformes comme Airbnb. « On a même vu des annonces sur certains sites qui proposent aux citadins de s’évader de la COVID-19 en louant leur résidence ! Ça va complètement à l’encontre du message gouvernemental qui dit aux gens de rester chez eux. »

Les municipalités touristiques aimeraient bien que le gouvernement établisse des consignes claires à cet égard. « Un des problèmes, c’est qu’il n’y a pas de directive nationale et les plateformes de location sur Internet sont encore ouvertes, explique la mairesse de Val-David, Kathy Poulin. On attend un positionnement plus ferme au plan national pour l’hébergement touristique. »

Questionné sur cette situation lors du point de presse quotidien de vendredi, le premier ministre, François Legault, ne s’est pas prononcé spécifiquement sur les résidences touristiques, mais a concentré son message sur les villégiateurs.

« Qu’une personne parte de Montréal pour aller dans les Laurentides ou en Estrie s’enfermer dans un chalet, il n’y a pas de problème avec ça, au contraire, a répondu le premier ministre. Le problème, c’est quand ces personnes-là vont dans les épiceries d’une autre région. Là, ça devient problématique. » Il suggère aux citadins qui vont s’exiler au chalet d’apporter des réserves de nourriture ou de demander à un voisin de faire l’épicerie à leur place.