À qui faut-il imputer les erreurs ayant conduit au meurtre de Marylène Lévesque?

Marylène Lévesque a été tuée par Eustachio Gallese le 22 janvier dernier.
Photo: Facebook Marylène Lévesque a été tuée par Eustachio Gallese le 22 janvier dernier.

À qui faut-il imputer les erreurs ayant conduit au meurtre de Marylène Lévesque ? Le Service correctionnel du Canada (SCC) affirme qu’il n’a jamais eu pour politique d’autoriser les délinquants qu’il relâche à acheter des services sexuels. Du coup, le SCC semble faire porter la responsabilité du drame à l’agente de libération conditionnelle qui accompagnait Eustachio Gallese.

La commissaire du SCC, Anne Kelly, et la présidente de la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC), Jennifer Oades, ont comparu en comité parlementaire à Ottawa mardi pour faire la lumière sur les événements ayant conduit à l’assassinat de Mme Lévesque par le récidiviste Gallese.

Leur message a été répété à maintes reprises : la permission donnée à M. Gallese relève de l’erreur et non d’un problème systémique sévissant dans leurs organisations respectives.

« Je veux être très claire. Le Service correctionnel n’approuve pas que les délinquants aient recours à des services sexuels et je suis grandement préoccupée par les événements qui se sont produits, a lancé Mme Kelly aux députés réunis. J’en suis à ma 37e année au Service et je peux affirmer avec certitude que ce n’est pas une pratique que nous appuyons en tant qu’organisation. »

 

Mme Kelly a ajouté qu’à sa connaissance, le cas Gallese « est un cas isolé ».

Après sa comparution, Mme Kelly a été bien en peine d’expliquer aux journalistes pourquoi, si la politique de la maison était si claire, l’agente de libération conditionnelle de M. Gallese s’est sentie en droit de lui permettre de fréquenter des salons de massage érotique.

« C’est quelque chose sur quoi le comité [qui fait enquête] va se pencher », s’est-elle contentée de répondre avant de quitter les lieux.

Rappelons que le Syndicat des employés de la Sécurité et de la Justice avait déclaré le mois dernier avoir des « motifs raisonnables de croire qu’il ne s’agit pas d’une situation unique et que des visites dans des salons de massage par d’autres délinquants en liberté conditionnelle dans la communauté ont déjà eu lieu ».

Hier, le Syndicat a refusé de commenter les déclarations de ses patronnes donnant à penser que l’erreur avait été commise par un des siens.

Enquête interne

Le Service correctionnel et la Commission des libérations conditionnelles mènent une enquête conjointe interne pour comprendre ce qui s’est passé dans cette affaire. Elle devrait être terminée en deux mois, ont indiqué Mme Kelly et Mme Oades.

Eustachio Gallese purge depuis 2006 une peine de prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 15 ans pour le meurtre de sa conjointe survenu en 2004. Il a débuté une semi-liberté en mars 2019.

Selon un exposé de faits conjoints présenté récemment au tribunal, c’est « quelques semaines après sa libération », donc en avril ou en mai, que M. Gallese a demandé la permission à son agente de libération de fréquenter des salons de massage érotique. Il a obtenu le droit de s’y rendre une fois par mois.

Eustachio Gallese a alors fait la rencontre de Mme Lévesque et s’est rendu plusieurs fois par semaine au salon où elle travaillait.

Ce n’est qu’en septembre, lors de la réévaluation de son dossier, que la Commission des libérations conditionnelles a pris connaissance de cette permission. La CLCC l’a désapprouvée et a exigé de M. Gallese qu’il cesse de fréquenter les salons érotiques s’il voulait demeurer en semi-liberté. Gallese a contourné cette condition en rencontrant Marylène Lévesque en d’autres lieux. Il l’a assassinée le 22 janvier.

Une permission non cautionnée

La présidente de la CLCC s’est félicitée que son institution n’ait pas cautionné la permission accordée à M. Gallese. « Les commissaires ont rejeté ce plan catégoriquement », a souligné Jennifer Oades.

La commissaire Kelly a pour sa part déclaré aux députés n’avoir jamais été mise au courant qu’une telle permission avait été accordée par une agente relevant de son service. Elle a soutenu l’avoir appris seulement après le meurtre de la jeune femme.

Cette agente de libération conditionnelle a-t-elle été sanctionnée, lui ont demandé les élus ? Mme Kelly s’est contentée de répondre que cette personne « ne supervise aucun délinquant en ce moment ».

L’exercice en comité parlementaire n’a par ailleurs pas permis d’en apprendre beaucoup plus, Mmes Kelly et Oades prenant prétexte de l’enquête interne en cours et du travail policier qui se poursuit pour ne pas commenter trop spécifiquement l’affaire.

Les deux femmes ont tenu à rappeler que la récidive violente de la part d’un délinquant en libération conditionnelle ne survient en moyenne que dans un cas sur 1000.

1 commentaire
  • Loyola Leroux - Abonné 11 mars 2020 10 h 09

    Ou Gallese prenait-il l’argent ?

    Pour payer la jeune femme ? A chaque mois, il la rencontrait. Il était en prison depuis 2004. La question est simple, comme dans tous les domaines, il faut ''suivre la piste de l'argent.''