Mobilisations féministes sous le spectre du coronavirus

Environ 350 000 femmes sont descendues dans les rues de Madrid, battant du tambour ou portant des masques chirurgicaux contre le «patriarcavirus».
Photo: Pierre-Philippe Marcou Agence France-Presse Environ 350 000 femmes sont descendues dans les rues de Madrid, battant du tambour ou portant des masques chirurgicaux contre le «patriarcavirus».

Du Pakistan à la Belgique en passant par l’Asie centrale, des milliers de femmes et d’hommes ont manifesté dimanche à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, même si de nombreux rassemblements avaient été annulés en raison de l’épidémie de coronavirus.

Des milliers de femmes ont défié la société ultra-patriarcale du Pakistan dans plusieurs villes, aux cris de « Donnez-moi ce qui est à moi » et « Nous voulons la liberté ».

À Islamabad, des conservateurs leur ont lancé des bâtons et des pierres, en blessant certaines et en forçant d’autres à se mettre à l’abri jusqu’à ce que la police intervienne.

À Manille, des centaines de femmes et d’hommes ont brûlé une effigie du président philippin, Rodrigo Duterte, accusé de misogynie.

Photo: Maria Tan Agence France-Presse Une femme manifeste à l'occasion de la Journée internationale des femmes, aux Philippines. 

Les femmes avaient été à l’avant-garde de la contestation qui a abouti à la chute de Omar el-Béchir. Onze mois plus tard, des dizaines de militantes soudanaises ont exprimé leur déception devant le ministère de la Justice à Khartoum.

Au Kirghizistan, la police a arrêté des dizaines de manifestantes — officiellement pour les protéger — après que des hommes masqués les eurent attaquées. Les assaillants ont arraché leurs pancartes et leur ont lancé des oeufs avant de prendre la fuite.

Interdiction de manifester à Istanbul : pour la deuxième année de suite, le gouvernement avait banni tout rassemblement pour la Journée internationale des droits des femmes. Plusieurs centaines d’entre elles qui souhaitaient manifester ont été dispersées par les forces de l’ordre à coups de gaz lacrymogène. « Longue vie à la lutte féministe », pouvait-on lire sur la pancarte d’une manifestante.

Dans un pays paralysé par l’épidémie de coronavirus, le président italien, Sergio Mattarella, a dans un message vidéo « rendu hommage aux femmes, et elles sont nombreuses, qui travaillent dans les hôpitaux… dans les « zones rouges » [en quarantaine] pour lutter contre la propagation du virus ».

Environ 6300 personnes ont manifesté à Bruxelles dimanche. Une des associations participantes, le Collecti.e.f 8 mars, a appelé les femmes de Belgique à arrêter toute forme de travail les 8 et 9 mars, sous le slogan « On s’arrête toutes, on arrête tout, on s’arrête partout », afin de dénoncer les inégalités et la discrimination.

À Paris, des militantes féministes ont déployé une banderole au pied du Panthéon, proclamant « Aux femmes, la matrie reconnaissante ».

D’autres manifestantes s’étaient déguisées (bleu de travail et fichu rouge) en « Rosie la riveteuse », « icône de toutes les travailleuses invisibles ». À 15 h 40 — heure symbolique où les femmes cessent d’être rémunérées compte tenu des écarts de salaires entre les sexes —, elles ont jeté leurs gants de ménage, afin de protester contre les inégalités de salaire et de répartition des tâches ménagères.

Une marée violette a déferlé à Madrid : environ 350 000 femmes sont descendues dans les rues de la capitale pour défendre leurs droits, battant du tambour ou portant des masques chirurgicaux contre le « patriarcavirus ».

« Le machisme tue plus que le coronavirus », pouvait-on lire sur l’une des pancartes. Des dizaines de milliers se sont aussi mobilisées dans les grandes villes du pays.

« Un violeur sur ton chemin » : la performance du collectif chilien LasTesis, devenu un hymne mondial contre les violences envers les femmes, a été la grande star du défilé à Santiago, qui a réuni entre 125 000 et 500 000 manifestantes, selon les chiffres de la police et des organisatrices.

Le cortège, long de 4 km, s’est arrêté à plusieurs reprises pour que les manifestantes puissent reprendre la chorégraphie chantée qui dénonce les manquements des institutions dans la lutte contre les violences contre les femmes.

Photo: Arif Ali Agence France-Presse

Des Pakistanaises ont scandé «Donnez-moi ce qui est à moi» et «Nous voulons la liberté».

Au-delà des revendications habituelles sur l’égalité entre les sexes et les violences machistes, des milliers de Brésiliennes ont défilé à São Paulo et dans plusieurs autres villes sous le mot d’ordre « il ne peut pas continuer », une allusion aux nombreux dérapages machistes du président d’extrême droite, Jair Bolsonaro.

À Quito, au milieu d’une manifestation réunissant plusieurs milliers de femmes pour défendre leurs droits, une trentaine d’Amérindiennes en tenue traditionnelle et le visage couvert de peintures colorées ont dansé pour la défense de la forêt amazonienne.