Procès d’Éric Salvail: la défense met à mal le témoin

Donald Duguay accuse Éric Salvail de l’avoir agressé sexuellement dans les toilettes de l’édifice de Radio-Canada en octobre 1993.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Donald Duguay accuse Éric Salvail de l’avoir agressé sexuellement dans les toilettes de l’édifice de Radio-Canada en octobre 1993.

Coup de genou dans les parties génitales ou coup de poing au plexus : la victime alléguée d’Éric Salvail aurait pu se défendre plus efficacement durant l’agression qu’elle prétend avoir subie, a soulevé l’avocat de l’ancien animateur mardi. Il s’en est par ailleurs pris vigoureusement aux motivations et à la « vraie personnalité » de Donald Duguay. 

« Ce que vous cherchez, c’est de l’attention. Et pour l’obtenir, vous êtes prêts à mentir », a soutenu Michel Massicotte au cours du contre-interrogatoire de M. Duguay, 47 ans. Ce dernier a simplement répondu « non » à cette question-affirmation, comme à plusieurs autres soumises par l’avocat.

La décision de Donald Duguay de divulguer publiquement son identité — et de parler aux médias — s’explique selon Michel Massicotte par un « besoin d’importance » et une forme d’« égoïsme ». M. Duguay a rétorqué qu’il souhaitait plutôt « donner un visage aux victimes », et les aider à parler. 

   

M. Massicotte s’est ensuite lancé dans la lecture d’un long courriel au ton acerbe écrit par Donald Duguay en septembre 2019, et adressé à différents employés du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP). 

Dans ce texte, le principal témoin au dossier critique vertement le travail de sa procureure, Amélie Rivard, de même que le manque d’empressement présumé du DPCP à faire avancer le dossier Salvail. Impatient — mais aussi inquiet d’être « livré en pâture aux avocats de la défense » lors de l’enquête préliminaire qui s’amorcerait dans les jours suivants —, Donald Duguay multiplie alors les formules-chocs.

Il dénonce les « tergiversations, le laxisme et l’outrecuidance » d’Amélie Rivard, qui « semble se foutre de la gueule des témoins ». Il se dit même prêt à « déposer une plainte en déontologie ». 

« Vous devriez avoir un peu plus de considération » pour « votre alliée », lui a reproché théâtralement l’avocat Massicotte. 

Mais Donald Duguay a répondu qu’à l’époque, il sortait d’un séjour en hôpital psychiatrique et qu’il se « sentait perdu dans le processus » judiciaire, qu’il voyait comme « une insulte aux victimes ». « J’avais l’impression que le DPCP ne prenait pas le dossier au sérieux », a-t-il dit. « Mme Rivard et moi nous sommes expliqués et tout est beau. »

La bonne attitude 

Plus tôt durant le contre-interrogatoire de mardi, Michel Massicotte s’est longuement attardé aux vêtements que Donald Duguay portait le jour de l’agression sexuelle, de même qu’aux réactions que M. Duguay a eues dans la toilette de Radio-Canada où serait survenu l’événement avec Éric Salvail. Les faits remontent à octobre 1993.

M. Massicotte a ainsi suggéré à Donald Duguay qu’il a eu plusieurs occasions de s’extirper de la situation dans laquelle il se trouvait. Il a remis en question plusieurs choix faits par M. Duguay, notamment celui de se tourner contre un mur à un moment critique de l’agression. 

« Je vous suggère que la meilleure façon d’éviter un viol, ce n’est pas de se tourner de côté pour ne pas voir ce qui se passe, mais c’est plutôt de tout faire pour sortir » de la pièce où l’on se trouve, a lancé l’avocat. 

Évoquant un autre moment précis des événements, M. Massicotte a fait valoir que Donald Duguay était « dans la position idéale pour donner [à Éric Salvail] un bon coup de genou dans les parties génitales. Vous ne l’avez pas fait. Pourquoi ? »

« Bonne question, a répondu M. Duguay. Mais dans le feu de l’action on ne pense pas à tout. J’essayais [à ce moment] de protéger mon pantalon pour éviter d’être violé ». Lors de cette agression, Donald Duguay portait un costume d’Halloween « très moulant » qu’il avait confectionné lui-même. Il craignait que la dernière agrafe qui retenait le pantalon ne cède. 

« Mais vous avez les genoux libres et vous ne profitez pas de l’opportunité pour lui donner un coup de genou dans les parties génitales, a insisté l’avocat. Ce n’était pas une idée saugrenue de faire ça, puisque vous l’aviez essayé avant. »

Pas de trace

À un autre moment, Donald Duguay a raconté avoir résisté à l’envie de frapper Éric Salvail parce qu’il avait « peur du knocker et que ça se retourne contre » lui. Or, a souligné Michel Massicotte, il aurait pu le frapper ailleurs qu’au visage. « Si vous le knockez au plexus, ça ne laissera pas de trace. Ou dans les testicules. » 

Au fil du contre-interrogatoire, l’avocat Massicotte a repris plusieurs affirmations faites lundi par Donald Duguay pour mettre en lumière le maximum de contradictions possibles. 

Mais les divergences entre les différentes versions des événements faites par M. Duguay — il y a eu une déclaration à la police, un témoignage vidéo et celui de l’enquête préliminaire — concernent des détails : à quel distance se trouvait le lavabo de la porte dans la salle où aurait eu lieu l’agression ; M. Duguay s’est-il lavé les mains pendant 20 ou 30 secondes ; Éric Salvail était-il à gauche ou à droite à tel ou tel moment ; où était situé l’urinoir ; Donald Duguay a-t-il tenté de donner des coups de genou à Éric Salvail, ou de lui tordre un doigt, ou de lui cracher au visage ? 

Comme la veille, Donald Duguay est resté constant dans ses réponses tout au long de la journée. Il associe au choc post-traumatique certaines incohérences de sa mémoire, et soutient que c’est son travail avec son psychiatre qui lui a permis de recoller tous les morceaux. 

Il a de nouveau donné plusieurs détails graphiques de l’agression qu’il aurait subie, et qui faisait suite à ce qu’il appelle un « crescendo » de harcèlement de la part d’Éric Salvail pendant l’été 1993. Les deux travaillaient alors au service du courrier de Radio-Canada. 

Quatre autres témoins doivent venir à la barre mercredi.