Le SPVM veut recruter des membres des communautés culturelles

L’événement de recrutement, intitulé «Diversité en uniforme», en est à sa deuxième année.
Photo: Annik MH de Carufel Archives Le Devoir L’événement de recrutement, intitulé «Diversité en uniforme», en est à sa deuxième année.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a tenu samedi une journée de recrutement à l’intention des citoyens issus des communautés culturelles, quelques mois après avoir été blâmé dans un rapport accablant faisant état de la « discrimination systémique » dont sont victimes les Noirs, les Autochtones et les Arabes par les policiers de la métropole.

L’événement de recrutement, intitulé « Diversité en uniforme », en est à sa deuxième année. Il se déroule dans un centre communautaire quartier Saint-Michel, à l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs.

Le SPVM dit vouloir « tout mettre en oeuvre » pour que ses policiers et autres employés soient davantage à l’image de la population montréalaise, a expliqué sur place l’inspecteur Miguël Alston, le responsable de l’attraction et de la rétention d’une main-d’oeuvre diversifiée.

« Montréal a environ 34 % d’immigrants, mais nous avons près de 13 % de policiers issus des minorités visibles ou ethniques », a-t-il noté en entrevue avec La Presse canadienne.

Prévenir le profilage racial et augmenter la diversité au sein des effectifs est « une priorité », a-t-il lancé.

Un rapport commandé par la Ville de Montréal à des chercheurs indépendants révélait au début octobre que les Autochtones, les Noirs et les jeunes Arabes avaient entre quatre et cinq fois plus de chances d’être interpellés par les policiers que les Blancs.

Dès la publication du rapport, le directeur du SPVM, Sylvain Caron, avait promis des gestes concrets et rapides pour corriger la situation. En décembre 2018, le chef de police avait admis qu’il y avait « peut-être » du profilage racial au sein de ses troupes.

Culture policière

Le recrutement de personnes appartenant à des minorités est « un pas dans la bonne direction », mais ce n’est pas « une solution magique », a insisté Victor Armony, l’un des coauteurs du rapport et professeur de sociologie à l’UQAM, en entrevue avec La Presse canadienne.

La « culture d’organisation dans la police » constitue le problème fondamental, a-t-il expliqué.

Selon le professeur Armony, les nouvelles recrues voudront « s’assimiler » à la culture de leurs camarades et « devenir comme les autres, plutôt que de tenir à sa différence ».

Le rapport qu’il a coécrit a pour première recommandation que le SPVM se dote d’une politique en matière d’interpellation afin que des balises plus précises soient mises en place, alors qu’en ce moment les policiers disposent d’une grande latitude pour procéder à ce type d’événement.

Une telle politique sera présentée à la fin mars, a réitéré l’inspecteur André Durocher du SPVM en entrevue sans toutefois pouvoir en préciser la teneur étant donné qu’elle est toujours en développement.

« On doit conjuguer la sécurité du public et [que notre travail] puisse se faire hors de tout biais, a-t-il soutenu. C’est très délicat. »

Bien que l’inspecteur reconnaisse que le rapport présente « des faits », il a indiqué que le SPVM a commandé un second rapport pour vérifier si c’est « vraiment dû à du profilage racial », expliquant que les policiers ne font « que leur travail » s’ils interpellent par exemple des adolescents issus de communautés culturelles à la suite d’un appel reçu au 911.

Plus d’une centaine de participants

Au moins une centaine de citoyens étaient présents à cette journée organisée par le SPVM et le Service de sécurité incendie Montréal, qui rassemblait également des représentants d’autres agences de sécurité publique.

L’Agence des services frontaliers du Canada, qui fait l’objet d’une série à la télévision, était de loin l’organisation qui attirait le plus. Une très longue file débordant jusque dans le couloir s’est formée devant son stand.

Emmanuel Monde, un Haïtien vivant à Montréal âgé de la trentaine, s’y est notamment arrêté. Partout, il s’est senti très courtisé. « Ils ont mis le paquet », a-t-il noté.

Bien qu’il ait « souvent » été interpellé par des policiers du SPVM, il aimerait bien joindre leurs rangs « parce que pour apporter du changement il faut s’investir ». Il croit qu’il pourrait ainsi aider à corriger le problème de discrimination.

À ses côtés, son ami Claude-Jules Guillaume, a dit estimer que cette activité « envoie un message clair » que c’est ouvert à tous. Tous deux estiment qu’une plus grande diversité dans les corps policiers permettrait aussi aux jeunes de se reconnaître.