Laval: l’UPAC ne s’intéressait pas au Commodore, selon un témoin

Claude Asselin, qui avait quitté la Ville de Laval en 2005, a travaillé sur le projet Le Commodore à titre de consultant en urbanisme auprès du promoteur immobilier.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Claude Asselin, qui avait quitté la Ville de Laval en 2005, a travaillé sur le projet Le Commodore à titre de consultant en urbanisme auprès du promoteur immobilier.

À l’instar du maire Gilles Vaillancourt, l’ancien directeur général de la Ville de Laval Claude Asselin a été arrêté en mai 2013 par l’Unité permanente anticorruption (UPAC). Mais jamais les policiers ne l’ont interrogé au sujet du projet immobilier Le Commodore, a dit l’ex-fonctionnaire, qui témoignait mercredi dans le cadre de la poursuite intentée par un promoteur contre la Ville de Laval.

Le Commodore est un projet immobilier qui devait se réaliser aux abords de la rivière des Prairies sur le site de la marina Commodore. Avec l’arrivée au pouvoir de Marc Demers à la mairie de Laval, le projet a été relégué aux oubliettes à la suite d’un changement de zonage.

Le promoteur Construction Aldo poursuit maintenant la Ville de Laval pour près de 67 millions de dollars, l’accusant d’avoir bloqué la réalisation du projet immobilier et d’avoir procédé à une expropriation déguisée.

Claude Asselin, qui avait quitté la Ville de Laval en 2005, a travaillé sur le projet Le Commodore à titre de consultant en urbanisme auprès du promoteur immobilier.

Après son arrestation par l’UPAC, il a plaidé coupable à des accusations de complot et de fraude dans la foulée de l’enquête Honorer sur le stratagème de partage des contrats à Laval. Il a été condamné à une peine de prison de deux ans moins un jour.

Il soutient que, lorsqu’il a été interrogé par l’UPAC, le dossier du Commodore n’a jamais été mentionné.

« J’ai rencontré l’UPAC, mais jamais ils ne m’ont parlé du Commodore. Ça n’avait pas rapport », a-t-il expliqué lors de son témoignage jeudi devant le juge Daniel W Payette.

En septembre 2014, le maire Marc Demers avait pourtant transmis le dossier du projet Le Commodore à l’UPAC, affirmant qu’une enquête administrative avait révélé des « faits graves » dans cette affaire.

Rencontres avec Vaillancourt

Claude Asselin a dit avoir rencontré le maire Gilles Vaillancourt une première fois en février 2008 afin de lui présenter les esquisses du projet immobilier. La rencontre s’est déroulée à l’hôtel de ville en compagnie du directeur de cabinet du maire. « C’est une chose normale de rencontrer le maire », a-t-il souligné.

Gilles Vaillancourt lui aurait alors conseillé de réduire à deux, au lieu de trois, le nombre de bâtiments du projet et de déplacer les immeubles vers l’ouest afin de dégager une vue sur les berges. Le promoteur Aldo Coviello a suivi ces recommandations.

Claude Asselin a aussi indiqué avoir présenté le projet devant un auditoire composé de fonctionnaires et d’élus, parmi lesquels le maire Vaillancourt, en juin 2010. Il soutient que le projet a reçu un « accueil très favorable ».

En 2012, un différend est toutefois survenu concernant l’endroit où un passage devait être aménagé pour relier le parc riverain au boulevard Lévesque Est. Les fonctionnaires exigeaient que ce passage soit situé dans la section ouest du site alors que le promoteur Aldo Coviello plaidait plutôt pour le secteur est.

Le cas a été soumis au maire Vaillancourt, qui aurait conseillé à Claude Asselin de se plier au souhait des fonctionnaires. « C’est ce qu’on a fait », a dit M. Asselin.

Le contre-interrogatoire de Claude Asselin débutera jeudi au palais de justice de Laval.

Le projet Le Commodore devait comporter deux immeubles de 28 et 30 étages comptant 329 appartements en plus d’un parc, de deux restaurants et d’une marina publique.