L’écrasement d’un avion en Iran a tué au moins 63 Canadiens

Une vigile a été organisée à Toronto dans le quartier de North York jeudi soir, à la mémoire des victimes du vol PS752.
Photo: Codie McLachlan La Presse canadienne Une vigile a été organisée à Toronto dans le quartier de North York jeudi soir, à la mémoire des victimes du vol PS752.

Le Canada et sa communauté iranienne sont en deuil, alors qu’au moins 63 Canadiens ont trouvé la mort dans l’écrasement à Téhéran d’un appareil de la compagnie Ukraine International Airlines (UIA) qui venait de décoller pour Kiev, tôt mercredi. Aucun des 176 occupants de l’avion n’a survécu. L’onde de choc a eu des répercussions jusqu’au Québec, où vivaient au moins cinq des victimes.

« C’était un choc complet quand je l’ai appris, et c’est encore un choc. Quand je vois son visage dans les bulletins de nouvelles, je ne peux pas y croire », dit Hamad Rezaei, un bon ami de Siavash Ghafouri Azar, l’une des victimes vivant dans la région de Montréal.

Juste après son décollage de l’aéroport Imam-Khomeini de Téhéran, le Boeing 737-800 aurait cessé de transmettre toute donnée de vol, avant de rapidement prendre feu. Selon les autorités iraniennes et ukrainiennes, un problème mécanique pourrait être à l’origine de l’écrasement de l’avion à Shahedshahr, dans une zone agricole à l’extérieur de la capitale.

L’Organisation de l’aviation civile iranienne a indiqué dans la nuit de mercredi à jeudi que l'appareil a fait demi-tour après un « problème ». « L’avion, qui se dirigeait initialement vers l’ouest pour sortir de la zone [aérienne] de l’aéroport, a tourné à droite après [la survenue d’un] problème et était sur le chemin du retour à l’aéroport au moment de l’écrasement », précise-t-elle sur son site internet.

   

D’après l’UIA, l’avion était l’un des meilleurs de la flotte et son équipage était très fiable. L’appareil ne volait que depuis trois ans et demi.

L’écrasement a ainsi enlevé la vie à M. Ghafouri Azar, né en 1984, ainsi qu’à sa femme, Sara Mamani, née en 1983. Les deux amoureux, qui s’étaient rencontrés à Montréal lorsqu’ils étudiaient à l’Université Concordia, revenaient d’Iran où ils avaient célébré leur mariage pendant le congé des Fêtes.

Lui travaillait chez Pratt & Whitney, elle chez Bombardier. Ils avaient acheté une maison à Brossard il y a quelques mois. « Les deux avaient trouvé de bons emplois, ils entamaient avec enthousiasme ce nouveau chapitre de leur vie », ajoute un ami navré, Navid Shafiri.

 
Photo: La Presse canadienne Un couple de Montréalais, Siavash Ghafouri-Azar et Sara Mamani, revenait d’Iran où il avait célébré son mariage pendant le congé des Fêtes. Les deux mariés s’étaient rencontrés pendant leurs études à l’Université Concordia.

« Siavash était un homme intelligent, humble, très travaillant. Il va beaucoup me manquer », confie Ali Dolatabadi, le professeur d’ingénierie à l’Université Concordia qui a dirigé M. Ghafouri Azar pendant sa maîtrise.

Le couple composé d’Aida Farzaneh, née en 1986, et d’Arvin Morattab, né en 1984, a également péri dans l’accident. Venus ensemble d’Iran il y a quelques années, les deux étaient établis au Québec avec l’intention d’y rester.

Mme Farzaneh avait terminé récemment un doctorat à l’École de technologie supérieure (ETS). Elle travaillait depuis octobre à la firme Lemay comme spécialiste en énergie du bâtiment. Son mari avait lui aussi un diplôme doctoral de l’ETS et travaillait chez CYME International, à Saint-Bruno, depuis septembre.

« Arvin était quelqu’un qui voulait s’intégrer à la vie canadienne, à la vie québécoise, explique la professeure Ouassima Akhrif », sa superviseuse. Elle se souvient de lui comme de quelqu’un de très jovial. « Il avait toujours le sourire, on rigolait beaucoup », dit Mme Akhrif.

« Je n’arrive toujours pas à croire qu’il est décédé », ajoute-t-elle, bouleversée.

Parmi les victimes, on compte aussi le Sherbrookois Mohammad Moeini, né en 1984, qui travaillait chez Bombardier produits récréatifs (BRP) à Valcourt.

Une vigile à Toronto

La responsable du département des politiques du Congrès irano-canadien, Saman Tabasinejad, s’est dite bouleversée par ce tragique événement. « Mon coeur est avec les proches des victimes », a dit la jeune femme, qui organise d’ailleurs une vigile à Toronto dans le quartier de North York jeudi soir, à la mémoire des victimes du vol PS752.

La communauté iranienne du Canada ayant déjà les yeux rivés sur l’écran pour suivre l’escalade de violence entre les États-Unis et l’Iran, il était impossible pour elle de rater la tragédie aérienne à Téhéran. Et le stress était d’autant plus grand que les services consulaires sont rompus entre le Canada et l’Iran, souligne Mme Tabasinejad.

 
Photo: Agence France-Presse Le Boeing 737 s’est désintégré au sol, quelques minutes après avoir décollé de l’aéroport international de Téhéran.

Même si les conjectures vont bon train sur ce qui a causé l’explosion de l’appareil, cette ex-candidate du Parti néodémocrate en Ontario ne croit toutefois pas qu’on puisse relier l’écrasement de l’avion aux frappes iraniennes sur une base abritant des Américains à Bagdad. « Faute de preuve, ce n’est pas utile de faire des hypothèses. Je pense que c’est une coïncidence, mais une terrible coïncidence quand on pense à tous ces jeunes, des étudiants, des couples récemment mariés et des enfants qui ont perdu la vie. »

Réaction fédérale

La majorité des victimes canadiennes étaient de l’ouest du pays. Le « bilan provisoire » qui fait état de 63 morts pourrait cependant augmenter, a prévenu le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne. En effet, puisque l’Iran ne reconnaît pas la double nationalité, les voyageurs qui s’y rendent doivent utiliser un passeport iranien.

Il pourrait donc s’avérer que, parmi les victimes identifiées comme étant iraniennes, certaines soient en fait des ressortissants canadiens qui détenaient une double citoyenneté. 138 passagers à bord de l’avion avaient le Canada pour destination finale.

Le premier ministre Justin Trudeau a dit partager la peine et le choc vécus par les Canadiens et a offert ses condoléances aux proches des victimes. Le drapeau a été mis en berne au sommet du parlement à Ottawa.

 
Photo: Mark Spowart La Presse Canadienne Des étudiants, des professeurs et des employés de l’Université Western, à London, en Ontario, étaient submergés par les émotions à l’annonce de la mort de quatre étudiants dans l’écrasement à Téhéran.

« Notre gouvernement va continuer de travailler étroitement avec ses partenaires pour s’assurer que cet écrasement fasse l’objet d’une enquête approfondie. Les Canadiens ont des questions et ils méritent des réponses », a affirmé M. Trudeau en conférence de presse à Ottawa.

Le ministre Champagne devait s’entretenir en soirée avec son homologue iranien, notamment pour lui faire valoir que le Canada s’attend à participer à cette enquête puisque plus du tiers des victimes sont canadiennes. M. Champagne a également discuté avec son homologue ukrainien afin de discuter de la nature de l’enquête qui suivra.

Ni le premier ministre ni son ministre des Transports, Marc Garneau, ne se sont aventurés quant à la cause possible de l’écrasement du vol PS752. Invité à dire s’il avait écarté la possibilité que l’appareil ait été abattu, M. Trudeau a répondu qu’il ne le pouvait pas. « Il est trop tôt pour faire des hypothèses », a-t-il dit.

Le ministre Garneau, en point de presse aux côtés du premier ministre, a ajouté que les données satellites indiquaient que le décollage de l’appareil s’est fait normalement. « Cependant, nous avons perdu contact [avec l’appareil], ce qui laisse entendre que quelque chose de très inhabituel s’est produit », a indiqué l’ancien astronaute. « Mais on ne peut pas faire d’hypothèses, a-t-il affirmé à son tour. Il y a plusieurs possibilités et nous devons attendre d’obtenir plus d’informations, par le biais des boîtes noires ou d’autres sources de renseignement. » L’Iran a cependant averti qu’il avait récupéré les boîtes noires et qu’il ne les partagerait pas pour l’instant.

Mercredi matin, le ministère canadien des Affaires étrangères a mis à jour ses recommandations à l’endroit des voyageurs canadiens, en les sommant d’éviter « tout voyage non essentiel en Iran ».

Air Canada a aussi modifié ses itinéraires à destination du Moyen-Orient et ceux qui survolent l’espace aérien de la région « pour assurer la sécurité de ses vols ».

Avec Marie Vastel, La Presse canadienne et l'Agence France-Presse