Des retraités de Capitales Médias iront en Cour d’appel

Les retraités des quotidiens régionaux de GCM ont convergé vers Montréal le 11 décembre dernier pour manifester devant les bureaux de Power Corporation.
Photo: Charles-Frédérick Ouellet Le Devoir Les retraités des quotidiens régionaux de GCM ont convergé vers Montréal le 11 décembre dernier pour manifester devant les bureaux de Power Corporation.

Des retraités de Groupe Capitales Médias (GCM) qui perdront le tiers de leur rente refusent de payer le prix de la relance des six quotidiens qui étaient menacés de faillite. Ils porteront en appel la décision de la Cour supérieure qui a refusé lundi d’amender le plan de sauvetage afin d’assurer aux journaux de poursuivre leurs opérations sous forme de coopératives de travailleurs.

« On n’abandonnera pas la partie comme ça », lance Pierre Pelchat, porte-parole de l’Association des retraités du Soleil. En entrevue avec Le Devoir, l’homme confie que de nombreux retraités sont dévastés par la décision rendue lundi par le juge Daniel Dumais. Celui-ci a donné le feu vert à la transformation de GCM en coopératives d’employés.

Or, dans son jugement, le magistrat a lui-même souligné que cette opération ne se ferait pas sans heurts. C’est que le plan de relance prévoit la fin des régimes de retraite en place, ce qui signifie que tant les retraités que les employés actifs perdront jusqu’à 30 % de leurs droits accumulés.

De plus, des quittances ont été prévues et placent notamment l’ex-propriétaire de GCM, Martin Cauchon, à l’abri de poursuites. Elles protègent aussi les syndicats, contre qui les retraités se sont déjà retournés en envoyant une centaine de plaintes individuelles pour défaut de représentation.

« Notre préoccupation première, ce sont les droits des retraités. La seule chose qu’on demande, c’est qu’on ne limite pas nos droits de recours et de poursuites. C’est là-dessus qu’on intervient, mais le reste du plan, on est favorables. On n’a aucune objection à ce que les coopératives, avec les bailleurs de fonds, aillent de l’avant avec la formule qu’ils ont établie », fait valoir M. Pelchat.

Fautes de droit

Après consultation avec leur avocate, des erreurs de droit ont été relevées, explique M. Pelchat. La période des Fêtes ne sera donc pas de tout repos pour ces ex-employés du Soleil de Québec, du Nouvelliste de Trois-Rivières, du Quotidien de Saguenay et de La Voix de l’Est de Granby, qui comptent déposer leur demande d’appel dès le début de l’année. Les associations de retraités de La Tribune de Sherbrooke et du journal Le Droit d’Ottawa n’ont pas encore indiqué si elles emboîteraient le pas.

« Une décision mitoyenne aurait été possible. Le juge aurait pu accepter presque la totalité du plan, mais amender ce qui concernait les quittances afin que les parties essaient de s’entendre entre elles », dit M. Pelchat.

Dans sa décision, le juge Dumais a souligné que le rejet du plan ou une modification de celui-ci aurait pour conséquence de faire échouer l’opération et de compromettre la relance des six quotidiens et le maintien de 350 emplois. À l’inverse, « que le plan réussisse ou échoue, les pertes des retraités devraient être les mêmes », a-t-il écrit.

« On dit qu’il y avait 350 emplois qui dépendaient de ce plan, mais en même temps, on sait qu’il y avait un autre repreneur [Québecor] », fait valoir M. Pelchat. Les retraités estiment avoir été sacrifiés par la Fédération nationale des communications (FNC) et la Confédération des syndicats nationaux (CSN). Ils les soupçonnent d’être à l’origine des clauses qui mettent fin à leur régime de retraite et les empêchent d’exercer leur droit de poursuite.

« Je pense qu’on a été trompés depuis le début avec le projet de coopérative. Malheureusement, on nous a toujours fait miroiter la possibilité d’une entente, mais ça n’a jamais été le cas », déplore M. Pelchat. « On a toujours été prêts à négocier et à céder une partie même de nos rentes pour éviter le pire, mais pas 30 % », ajoute-t-il.

Mystère

La CSN a réfuté la semaine dernière les accusations voulant que des informations aient été cachées aux retraités. « La CSN n’acceptera pas de prendre le blâme pour la terminaison des régimes de retraite, une catastrophe dont les seuls responsables sont des entreprises ayant procédé à des transactions complètement immorales lors du transfert des quotidiens de Power Corporation à Martin Cauchon », avait réagi Jacques Létourneau, président de la CSN.

Les retraités espèrent également résoudre ce mystère. « On n’a jamais su pourquoi on n’a pas pu en arriver à une formule comme celle de La Presse où il n’y a pas eu de terminaison des régimes de retraite », souligne M. Pelchat.

Malgré l’appel, la coopérative ira de l’avant, a confirmé Jean-François Néron, président de la coopérative du Soleil et vice-président de la Coopérative nationale de l’information indépendante, qui vient d’être créée. « Nous n’avons pas à juger de leur démarche. Ils font ce qu’ils jugent utile s’ils estiment que des fautes de droit ont été commises », a-t-il indiqué.

Malgré leur motivation, les retraités sont conscients que le combat est loin d’être gagné. « On ne se fait pas d’illusion. Nos chances d’obtenir satisfaction sont très minces, mais elles ne sont pas nulles ; alors, tant qu’on aura les moyens de moyenner, on va tenter de faire respecter nos droits. C’est difficile, mais on n’ira pas larguer nos retraités comme la FNC-CSN, le gouvernement ou d’autres l’ont fait », dit M. Pelchat.