Montréal se souvient du féminicide

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, son homologue québécois, François Legault, se sont tour à tour adressés à la foule.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La mairesse de Montréal, Valérie Plante, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, son homologue québécois, François Legault, se sont tour à tour adressés à la foule.

Les familles des victimes du féminicide de masse de Polytechnique Montréal, survenu il y a trois décennies jour pour jour, ont eu droit à une émouvante cérémonie sur le mont Royal, vendredi en fin d’après-midi.

« Il y a 30 ans ce soir, 14 femmes ont été tuées par un homme parce qu’elles étaient femmes, a déclaré le premier ministre du Canada, Justin Trudeau. Trente ans plus tard, on a encore beaucoup de travail à faire pour lutter contre la misogynie, la violence fondée sur le sexe, la haine et la discrimination. »

Quelques centaines de personnes s’étaient rassemblées sur le belvédère Kondiaronk, devant le chalet du Mont-Royal, pour assister à l’hommage. Deux étudiants — un gars et une fille — actuels de l’école de génie ont lu, en toute sobriété, le nom de chacune des jeunes femmes tuées. À chaque mention, un faisceau de lumière s’est allumé, transperçant le ciel neigeux et noir.

Le 6 décembre 1989, nous avons vécu une très grande peine d’amour

Le premier ministre Trudeau a profité de l’occasion pour rappeler l’une des promesses de sa formation : « Nous allons renforcer le contrôle des armes à feu en éliminant et en interdisant les armes d’assaut de style militaire, a-t-il répété. Nous avons un consensus clair à la Chambre des communes. Nous avons un consensus clair à travers le pays. »

À ces mots, une vague de cris et d’applaudissements — provenant particulièrement des familles des victimes — a brisé le silence régnant autrement dans l’auditoire. Ce ne fut toutefois que la seule allusion au contrôle des armes à feu parmi des allocutions portant largement sur la violence faite aux femmes.

La gouverneure générale du pays, Julie Payette, était aussi de la cérémonie. Il y a 30 ans, elle étudiait le génie, comme la plupart des victimes. Selon elle, le contexte ayant mené à la tragédie existe encore aujourd’hui.

« [La] vie [des victimes], si horriblement écourtée, et la vie des 14 autres blessés, mérite — exige — que nous discutions franchement du contexte plus large dans lequel cette tragédie s’inscrit, a-t-elle déclaré. Un meurtrier, seul, muni d’un fusil d’assaut. Mais derrière ses actes se profile un tissu de préjugés, de sexisme qui enveloppe encore aujourd’hui notre culture. »

« Il y a 30 ans, le Québec a été attaqué dans l’une de ses valeurs les plus fondamentales : l’égalité entre les hommes et les femmes, a pour sa part déclaré le premier ministre du Québec, François Legault. Et ce soir, tous ensemble, […] on a un devoir de mémoire, on a un devoir d’être unis pour ne jamais baisser la garde. »

« Cette tragédie nous rappelle que bien des communautés marginalisées, dont les femmes, sont beaucoup sujettes à la violence », a rappelé la mairesse de Montréal, Valérie Plante, accompagnée de l’un de ses fils sur la scène.

Aucun des dignitaires n’a fait mention de l’arrestation par le Service de police de la Ville de Montréal, jeudi, d’un blogueur faisant l’apologie de Marc Lépine. Ce dernier avait renouvelé ses menaces en ligne envers les femmes à l’occasion des 30 ans de la tragédie.

Une « grande peine d’amour »

Solennellement, les dignitaires ont déposé des roses blanches sous une mosaïque rassemblant les portraits des femmes assassinées. Derrière le micro, un choeur de 150 voix a entonné Aimons-nous, d’Yvon Deschamps, et Hallelujah, de Leonard Cohen, au sortir d’un moment de silence.

La cérémonie était animée par la comédienne Karine Vanasse, qui a tenu le rôle-titre du film Polytechnique, de Denis Villeneuve, relatant la fusillade. Mme Vanasse a dit avoir décidé de s’impliquer dans l’oeuvre, il y a plus de 10 ans, parce qu’elle « avait peur du mot féministe ». Maintenant, elle n’a pas hésité à qualifier la tuerie de « féminicide ».

La présidente du Comité Mémoire, Catherine Bergeron, dont la soeur Geneviève Bergeron a péri sous les balles de Marc Lépine, a également dit quelques mots.

« Le 6 décembre 1989, nous avons vécu une très grande peine d’amour : la perte de 14 femmes extraordinaires », a dit Mme Bergeron.

« Ce soir devant vous, avec vous, j’ai l’âme à la tendresse. »