Le bas niveau des services sociaux se fait criant sur la Côte-Nord

La directrice du programme jeunesse CISSS de la Côte-Nord, Anne Tremblay, a souligné la rareté des services spécialisés offerts aux enfants de sa région, mardi, aux audiences de la Commission Laurent à Sept-Iles.
Photo: Capture d'écran Commission Laurent La directrice du programme jeunesse CISSS de la Côte-Nord, Anne Tremblay, a souligné la rareté des services spécialisés offerts aux enfants de sa région, mardi, aux audiences de la Commission Laurent à Sept-Iles.

Les signalements d’enfants sont en augmentation constante sur la Côte-Nord, la région qui affiche le plus haut taux de maltraitance au Québec. La Sûreté du Québec y constate notamment trois fois plus de signalements pour violence conjugale qu’ailleurs, rapporte le maire de Sept-Îles, même si les policiers ne sont pourtant pas présents dans toutes les communautés, faute de routes. Selon Anne Tremblay, directrice du programme jeunesse CISSS de la région, le taux d’occupation des services sociaux pour les jeunes y est de 150 %. De plus, les spécialistes manquent.

Une salle du vieil Hôtel Sept-Îles, planté au bord du fleuve, accueille pendant trois jours les commissaires de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse.

Mardi, à l’occasion d’un témoignage livré dans les profondes ornières d’un vocabulaire technocratique, la directrice du programme jeunesse CISSS, Anne Tremblay, a noté que le personnel spécialisé, pour répondre à « l’offre de service », fait tout spécialement défaut dans son coin de pays.

En réponse aux questions des commissaires, Mme Tremblay observe que les services offerts aux enfants manquent. Les psychopédiatres, les orthophonistes et les psychologues sont par exemple extrêmement rares dans la région.

Mme Tremblay affirme que, dans le cadre de son « offre de service », elle ne bénéficie que de deux pédopsychiatres qui ne travaillent par ailleurs qu’en itinérance, à raison de quelques semaines par année seulement. Questionnée à ce sujet, elle constate en outre un déficit d’une vingtaine de places d’hébergement dans la région. « On a ouvert des lieux de débordement. […] Ce sont en ce moment 28 jeunes de l’est du territoire qui se trouvent déplacés à Baie-Comeau. »

Excédée

Pour la première fois depuis les débuts des travaux, la présidente de la commission, Régine Laurent, a paru tout à fait excédée à la suite du témoignage de directrice de ce CISSS.

Mme Laurent lui a fait remarquer qu’elle ne parlait qu’au futur, comme si les solutions se trouvaient sans cesse reportées dans le temps. « Êtes-vous capable de dire aux familles quand ça va aller mieux ? », a demandé Mme Laurent, en se montrant au final fort peu impressionnée par les réponses fournies.

La commissaire Lorraine Richard a fait remarquer qu’elle préfère pour sa part utiliser le terme « nos enfants » plutôt que le vocable « usagers partenaires » que Mme Tremblay avait sans cesse à la bouche.

La commissaire Richard a aussi observé que, dans l’état actuel des services sur la Côte-Nord, il lui apparaît plutôt curieux qu’on veuille maintenant construire un nouveau bâtiment, comme l’a affirmé Mme Tremblay, plutôt que de voir à d’abord travailler de façon renouvelée à la prévention et à la recherche urgente de spécialistes.

Gestion à distance

En avant-midi, la mairesse de Blanc-Sablon, Wanda Beaudoin, une ancienne intervenante sociale, parlait du manque de collaboration avec les services de la DPJ et soulignait des effets néfastes engendrés sur le terrain par la réforme des services sociaux opérés par l’ancien ministre Barrette.

Tandis que tous les témoignages ont pointé du doigt des problèmes sérieux consécutifs à cette réforme, la directrice du CISSS, Mme Tremblay, a pour sa part minimisé ces aspects.

« Depuis la réforme, on a mis les structures à zéro et on a rebâti », a-t-elle dit. « Oui, on fait de la gestion à distance. […] Oui, il y a eu une réforme qui a provoqué le chaos pendant un bout de temps. » Mais selon elle, il existe « plusieurs facteurs d’explication ».

Mais cinq ans plus tard, pourquoi de tels problèmes perdurent ?, a demandé la présidente Régine Laurent.

« Je ne pensais pas que, dans notre cour, on avait la situation qu’on nous met au visage », a dit Réjean Porlier, maire de Sept-Îles et préfet de la MRC. Pour lui, la solution passe par une prise en charge régionale, en trouvant quelqu’un capable de « porter le problème ».

Le maire Porlier a abordé la question des logements à prix modique qui font défaut. Il constate aussi les problèmes profonds, dans sa région, pour maintenir en place du personnel de qualité capable d’assurer des services sociaux. Il s’inquiète par exemple du projet de maternelle quatre ans du gouvernement Legault, sans pour autant aller jusqu’à affirmer être contre.

« Si la maternelle quatre ans fait fermer un service de garde, je ne suis pas plus avancé. » Ce n’est pas simple, dit-il, en affirmant qu’il fallait désormais plancher sur un plan d’action.
 



Une version précédente de ce texte, dans laquelle la commissaire Lorraine Richard était nommée Lorraine Simard, a été modifiée.