Les Autochtones toujours «préoccupés» par les services de la DPJ

«La rencontre nous a permis d’informer les commissaires sur la réalité des Premières Nations et des Inuits», dit Ghislain Picard, chef de l’APNQL.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «La rencontre nous a permis d’informer les commissaires sur la réalité des Premières Nations et des Inuits», dit Ghislain Picard, chef de l’APNQL.

La Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse s’arrête trois jours à Sept-Îles, mais ne recevra aucun témoignage des Innus de la Côte-Nord : la commissaire, Régine Laurent, a eu le mandat de s’appuyer sur les travaux de son prédécesseur, Jacques Viens, qui vient de dresser un portrait exhaustif de la « discrimination systémique » envers les Autochtones.

La commission Laurent a entrepris de consulter les représentants autochtones sur les conclusions de la commission Viens, qui a déposé en septembre son rapport sur les relations entre les Premières Nations et les services publics. On a notamment appris que le taux d’enfants autochtones pris en charge par la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) est presque huit fois plus élevé que dans le reste de la population.

Ces enfants se retrouvent souvent dans des familles d’accueil loin de leurs communautés, ce qui leur fait perdre le contact avec leur culture.

Le gouvernement Legault « nous demande de [nous] appuyer sur les travaux qui ont déjà été faits par la commission Viens. On ne repartira pas de zéro », dit Laura-Emmanuelle Gagné, porte-parole de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse.

Ententes

Une rencontre a eu lieu à la fin du mois d’octobre entre la Commission et l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL).

« La rencontre nous a permis d’informer les commissaires sur la réalité des Premières Nations et des Inuits, dit Ghislain Picard, chef de l’APNQL. C’est clair que la question de la DPJ au sein des communautés innues et d’autres nations est une source de préoccupation pour nous. »

La communication reste ouverte entre les Autochtones et la commission Laurent. Les deux parties ont eu une série d’échanges au cours des dernières semaines. Il n’est pas exclu que des représentants autochtones soient invités en audience au cours des prochaines semaines, indique la Commission.

Le commissaire Viens, en tout cas, encourage le gouvernement à conclure des ententes qui accordent aux Premières Nations la gestion de la protection de la jeunesse.

Des ententes conclues avec deux communautés attikameks ont permis à 80 % des enfants pris en charge par les services sociaux d’être maintenus dans un milieu de vie attikamek.

Ghislain Picard rappelle qu’une loi fédérale, adoptée en juin avant la dissolution du Parlement, reconnaît l’autonomie des Autochtones en matière de services à l’enfance et à la famille. Cette loi, qui doit entrer en vigueur le 1er janvier 2020, « prévoit une collaboration entre le gouvernement fédéral, les provinces et les Premières Nations », souligne-t-il.

Lacunes pour les jeunes

La Dre Marie-Andrée Deschênes, médecin de famille à Baie-Comeau, a rappelé lundi certaines lacunes en matière de services à la jeunesse sur la Côte-Nord : pénurie de personnel, délais pour obtenir un diagnostic et des traitements, manque de communication entre les écoles et les services de santé, difficultés d’approvisionnement en médicaments à cause des règles de prescription, et ainsi de suite.

Des jeunes ayant fait une tentative de suicide ou souffrant d’un trouble anxieux, par exemple, peuvent être hospitalisés dans une unité pour adultes ou en pédiatrie s’ils se présentent à l’urgence, faute de spécialistes en pédopsychiatrie, a témoigné le médecin devant la commission Laurent.

Un pédopsychiatre vient environ deux fois par mois à l’hôpital de Baie-Comeau, selon elle.