La méthode de Québec a biaisé les résultats, déplore un groupe d’experts

Les méthodes utilisées pour mesurer le plomb dans l’eau potable de tous les Québécois camouflent des résultats élevés et potentiellement dangereux pour la santé.
Photo: Michaël Monnier Archives Le Devoir Les méthodes utilisées pour mesurer le plomb dans l’eau potable de tous les Québécois camouflent des résultats élevés et potentiellement dangereux pour la santé.

Les Québécois n’ont plus la preuve que l’eau du robinet est sécuritaire, déplore le regroupement Réseau Environnement, qui a demandé mardi au gouvernement d’adopter un plan d’action à la suite des récentes révélations concernant les méthodes d’échantillonnage pour tester la teneur en plomb dans l’eau des Québécois.

« Au Québec, on dit que l’eau est potable jusqu’à preuve du contraire, eh bien, on a eu la preuve du contraire », a lancé Christiane Pelchat, présidente-directrice générale de Réseau Environnement, un regroupement québécois de spécialistes en eau.

La semaine dernière, Le Devoir, les étudiants de l’Institut du journalisme d’enquête de l’Université Concordia et Global News ont révélé que les méthodes utilisées pour mesurer le plomb dans l’eau potable de tous les Québécois camouflent des résultats élevés et potentiellement dangereux pour la santé.

Mardi, alors que s’ouvrait le 42e Symposium sur la gestion de l’eau au Québec, Mme Pelchat a annoncé qu’une lettre a été envoyée mardi au ministre de l’Environnement, Benoît Charette.

« Il faut agir immédiatement pour nous protéger », a-t-elle soutenu. « Il en va de la santé publique, et particulièrement de la santé des enfants », a-t-elle ajouté.

Mme Pelchat a rappelé que le Québec est la seule province qui exige l’utilisation de la méthode du 5 minutes d’écoulement pour mesurer les niveaux de plomb dans l’eau du robinet.

D’ailleurs, en mars dernier, Santé Canada a recommandé des méthodes d’échantillonnage plus strictes et a conseillé de réduire la concentration maximale acceptable de plomb dans l’eau de 10 parties par milliard (ppb) à 5 ppb, après avoir consulté les provinces en 2016 à ce sujet.

Confiance 

Le Réseau Environnement presse Québec d’agir avant que la confiance des Québécois envers l’eau du robinet ne s’effrite et fasse place aux inquiétudes. 

« Les Québécois ont confiance dans l’eau du robinet. On ne voudrait pas que cette situation avec le plomb nuise au niveau de confiance qu’ils ont par rapport à l’eau, parce qu’on a tellement travaillé pour ne pas avoir d’eau embouteillée et à faire la promotion d’excellence de l’eau du robinet, qu’on ne veut pas reculer », souligne Alain Lalumière, chargé de projet chez Réseau Environnement. 

L’organisation estime qu’une des solutions réside dans la transparence. 

« L’eau du robinet est bonne. [Le plomb dans l’eau] ce n’est pas généralisé, ça concerne les établissements ayant des entrées de service en plomb. L’idée c’est d’être transparents », dit M. Lalumière. 

Réseau Environnement exige du gouvernement québécois qu’il modernise le Règlement sur la qualité de l’eau potable dès maintenant et qu’il mette en place un plan d’action en collaboration avec les municipalités afin de réduire l’exposition au plomb dans l’eau potable des résidences.

« On demande au gouvernement […] de changer sa méthode d’échantillonnage parce que ça serait dire que les échantillons [prélevés jusqu’à présent] sont un peu biaisés […] Probablement que si on n’avait pas laissé l’eau couler autant, on aurait bien vu qu’elle était contaminée au plomb », a-t-elle souligné.

L’organisation estime qu’il faudra y intégrer quatre éléments, soit l’exigence d’un inventaire d’entrées de service de plomb, l’exigence de remplacement des entrées de service en plomb ou l’ajout de contrôle de corrosion, l’exigence de communication des résultats au grand public, ainsi que la mise en place d’un comité de suivi de ce plan d’action avec les partenaires, dont les municipalités.

Au cabinet du ministre de l’Environnement on indique le dossier concernant la présence de plomb dans l’eau progressera dans les prochains jours. 

« Nous sommes présentement à réévaluer l’ensemble de la situation et nous annoncerons les mesures appropriées sous peu », indique Louis-Julien Dufresne, attaché de presse du ministre Charette. 

Rappelons que le premier ministre François Legault s’est engagé à adopter la méthode de Santé Canada le 17 octobre dernier. Le gouvernement Legault attendra toutefois le printemps prochain pour changer la réglementation.