Sofiane Ghazi congédie ses avocats et veut retirer son plaidoyer de culpabilité

Sofiane Ghazi avait plaidé coupable le 5 septembre à des accusations réduites de meurtre au deuxième degré du garçon à naître et de voies de fait graves contre sa femme enceinte.
Photo: SPVM / La Presse canadienne Sofiane Ghazi avait plaidé coupable le 5 septembre à des accusations réduites de meurtre au deuxième degré du garçon à naître et de voies de fait graves contre sa femme enceinte.

Le Montréalais Sofiane Ghazi, qui avait plaidé coupable il y a 12 jours d’avoir poignardé mortellement son enfant à naître, a annoncé mardi au tribunal qu’il souhaitait maintenant retirer ce plaidoyer.

Sofiane Ghazi a indiqué au juge qu’il avait congédié les avocats qui le représentaient tout au long de l’affaire, parce qu’ils ne l’auraient pas correctement informé de ses droits. De leur côté, ses avocats ont déclaré qu’ils auraient eux-mêmes demandé de se retirer si M. Ghazi ne les avait pas renvoyés.

Cette décision a surpris la Couronne et le juge Jean-François Buffoni, de la Cour supérieure du Québec, mardi matin, lors de cette audience qui devait être consacrée à la détermination de la peine, à la suite du plaidoyer de culpabilité. La cause a été reportée au 8 octobre, afin de permettre à M. Ghazi de discuter de la question avec un nouvel avocat.

Au deuxième jour de son procès pour meurtre au premier degré et tentative de meurtre, le 5 septembre, Sofiane Ghazi, âgé de 39 ans, avait soudainement plaidé coupable à des accusations réduites de meurtre au deuxième degré du garçon à naître, et de voies de fait graves contre sa femme enceinte.

Le meurtre au deuxième degré est assorti d’une peine automatique de prison à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant 10 ans — c’est le juge au procès qui détermine ensuite la durée de cette période.

Dans un exposé conjoint des faits, M. Ghazi admettait avoir poignardé sa femme 19 fois avec une fourchette à viande — 12 fois du côté gauche du ventre et sept fois dans le haut de la cuisse gauche. De ce nombre, neuf coups avaient blessé le bébé qui se trouvait dans le ventre de sa mère ; les blessures ont pu être constatées à sa naissance.

La mère — et aujourd’hui ex-femme de l’accusé —, transportée d’urgence à l’hôpital, a survécu à l’agression du 24 juillet 2017. L’enfant, désigné « bébé Ghazi » au procès, était né par césarienne pratiquée d’urgence. Des battements de cœur ont été observés durant plusieurs minutes après sa naissance, mais le bébé a ensuite succombé aux blessures infligées.

Déjà un être humain

La cause de la mort du poupon a été attribuée à un traumatisme causé par un objet pointu dans l’utérus, mais M. Ghazi a admis au procès que « bébé Ghazi » était effectivement mort plus tard, alors qu’il était devenu un être humain.

En vertu du Code criminel, « un enfant devient un être humain au sens de la loi lorsqu’il est complètement sorti, vivant, du sein de sa mère — qu’il ait respiré ou non, qu’il ait ou non une circulation indépendante, que le cordon ombilical soit coupé ou non ».

Au moment de l’agression, le couple était marié depuis 12 ans et la femme était enceinte de 36 semaines. Son identité et celle des deux autres enfants du couple sont protégées par une ordonnance de non-publication du tribunal.

On a appris au procès que M. Ghazi était un consommateur de drogues dures et qu’un mois plus tôt, il avait été libéré sous caution et sous de nombreuses conditions, notamment de suivre un traitement contre la toxicomanie et de ne pas se présenter au domicile de son épouse sans son consentement.

Le 23 juillet 2017, la femme, croyant que M. Ghazi consommait toujours de la drogue, lui a ordonné de quitter leur appartement, selon l’exposé conjoint des faits. Devant son refus, elle a composé le 9-1-1 et le mari est parti, furieux, avant que la police n’arrive. Mais il est revenu quelques heures plus tard, toujours en furie, avant de la poignarder à plusieurs reprises.

À la fin de l’audience de mardi, qui a duré moins de 10 minutes, M. Ghazi a demandé au juge si ses plaidoyers étaient retirés. « Absolument pas », a répondu le juge Buffoni, qui lui a conseillé d’en discuter avec un nouvel avocat d’ici l’audience du 8 octobre.

Le procureur Louis Bouthillier a déclaré aux journalistes, à la sortie de la salle d’audience, qu’il existait des précédents pour de tels retraits de plaidoyer de culpabilité, prévus par la loi. « Il a laissé entendre que c’est ce qu’il désirait faire, mais on va attendre qu’il puisse recevoir les conseils d’un avocat pour la suite des choses », a indiqué le procureur.

Il a ajouté que la décision de M. Ghazi de renvoyer ses avocats était inattendue et que ni la Couronne ni le juge n’avaient été prévenus, notant le délai entre le plaidoyer initial de culpabilité et l’audience de détermination de la peine, mardi. « Qui sait ce qui s’est passé pendant ce temps », a déclaré Me Bouthillier.