La fête aux accents latinos des travailleurs agricoles de Saint-Rémi

Photo: Renaud Philippe Le Devoir Mariachis, stands à churros, tacos, tournois de soccer et de lutte mexicaine, les références à l’Amérique latine sont partout.

En Montérégie, les travailleurs agricoles latino-américains sont si nombreux qu’on leur consacre un festival chaque été. Le Devoir s’est rendu à la Fiesta des cultures de Saint-Rémi, qui se déroulait en fin de semaine.

Dimanche 14 h. La petite ville de 7000 habitants est bondée. Des travailleurs mexicains et guatémaltèques en provenance de toutes les directions convergent vers le parc d’où provient la musique.

Jonatan, Gabimo et d’autres ont fait une petite pause à la station-service avant d’entrer sur le site. « Parce que la bière est moins chère ici », de dire l’un d’eux en riant. Comme beaucoup d’autres, ils ont fait le chemin à vélo depuis leur ferme. « C’est à 8 kilomètres », expliquent-ils en espagnol. « On vient à la Fiesta chaque année. »

Derrière eux, un autre groupe d’hommes sont venus du village de Sainte-Clothilde. « Nous sommes du Guatemala », explique l’un d’eux. Eux sont venus dans des bus loués par le patron. Ils sont plus de 200 de leur ferme à participer à la Fiesta. « On vient ici pour la danse, la nourriture et la tequila. »

Photo: Renaud Philippe Le Devoir

Méconnu à l’extérieur de la région, l’événement en est déjà à sa 12e année. « C’est parti de l’idée de vouloir faire connaître à nos citoyens la culture des Latinos, leur mentalité, leur musique », explique la mairesse de Saint-Rémi, Sylvie Gagnon-Breton.

Mariachis, stands à churros, tacos, tournoi de soccer, de lutte mexicaine, les références à l’Amérique latine sont partout. « On est à 95 % agricole à Saint-Rémi, et nos agriculteurs emploient beaucoup de travailleurs étrangers. […] Au conseil municipal, on se rendait compte que les travailleurs venaient en ville, utilisaient les commerces, l’épicerie, les services financiers, mais qu’on ne les connaissait pas. »

Avec les années, l’événement a pris de l’ampleur passant de deux jours à trois. Des manèges avec une grande roue et tous les atouts d’une foire sont venus s’ajouter aux kiosques. Cette année, on avait aussi invité des représentants de la communauté autochtone de Kahnawake au nom de la diversité culturelle.

Photo: Renaud Philippe Le Devoir

Comme chez eux

Juan Carlos Duran et son groupe de mariachis se produisent à la Fiesta depuis la première année. « Avant, c’était tout petit. C’était juste des Mexicains. Depuis, ça s’est commercialisé. Les gens d’ici ont commencé à venir et, maintenant, je dirais que c’est moitié-moitié. Je dirais même que, des fois, on a plus de Québécois. »

Pas moins de 40 000 personnes étaient attendues cette année sur les trois jours. « C’est aussi pour qu’ils se sentent bien chez nous et qu’ils connaissent notre culture québécoise », poursuit la mairesse.

Près de l’entrée du site, un petit groupe de travailleurs est assis tranquille. « La Fiesta, ça nous change les idées », explique Ignacio, 24 ans, en espagnol. Le jeune Mexicain en est à son premier été dans les champs de la Montérégie.

Photo: Renaud Philippe Le Devoir

D’autres viennent combler les besoins en main-d’oeuvre depuis 20 ans, explique Bernard Leblanc, un retraité qui a fait beaucoup de bénévolat pour les travailleurs agricoles. « J’ai commencé en 1998, et il y en a qui sont encore là », dit-il. Le festival leur permet de « se sentir chez eux pendant une couple de soirées », explique-t-il.

Sur les quelque 20 000 travailleurs étrangers venus au Québec cette année, pas moins de 13 % travaillent dans les fermes de la MRC où se trouve Saint-Rémi (MRC Des-Jardins-de-Napierville).

La venue des premiers travailleurs agricoles étrangers remonte au moins au milieu des années 1980. « Au début, c’était surtout des Mexicains. Depuis 2003-2004, il y a des Guatémaltèques et, depuis 2011, des gens du Honduras », explique-t-il.

La plupart travaillent pour des producteurs de légumes : laitue, oignons, pommes de terre, betteraves, brocolis, kale… Ce sont tous des hommes. D’ailleurs lorsqu’on demande à Ignacio et à ses amis ce qu’ils préfèrent à la fiesta, l’un d’eux lance en riant « las chicas ! » (les filles en espagnol) ».

Les échanges sont quand même limités à cause de la barrière linguistique, mais aussi du temps. Les travailleurs agricoles travaillent pratiquement tout le temps. « De six à sept jours par semaine », explique Bernard Leblanc.

Photo: Renaud Philippe Le Devoir

Comme en voyage

D’ailleurs, avec les récoltes, ils ne peuvent pas tous venir, explique Melvin Mendez, du Réseau d’aide aux travailleuses et travailleurs migrants agricoles du Québec (RATTMAQ), qui tenait un stand à la Fiesta pour informer les travailleurs de leurs droits. « Il y a des travailleurs qui sont en train de travailler. J’en ai même rencontré qui ne savaient pas que la Fiesta existait, alors que ça fait cinq ans qu’ils viennent ici, dans la région. »

Or bien des employeurs jugent que ce petit congé en vaut la peine, note M. Leblanc. « Quand ils reviennent, les gars ont plus le coeur à l’ouvrage. Ils ont eu du fun. »

Mais au-delà du divertissement, cela permet-il ce rapprochement des cultures évoqué par la mairesse ? « Les relations avec la population locale sont bonnes », poursuit M. Mendez. « Maintenant, la plupart des commerces ont au moins un employé qui parle espagnol », a-t-il noté.

L’impact de la Fiesta se ressent en outre au-delà du milieu agricole, notent Judy Angelina Sanchez et Mirna Benitez Manzilla, des commerçantes de Châteauguay d’origine latino-américaine. Samedi les deux femmes vendaient des vêtements traditionnels dans un stand. « Ce ne sont pas juste des latinos qui viennent nous visiter. Il y a aussi des Québécois qui aiment la couleur, la culture, les mariachis, tous les spectacles », fait remarquer Judy.

À quelques pas de là, un résident natif de Saint-Rémi ne tarissait pas d’éloges sur l’expérience.

« J’aime tout : j’aime le marché; quand je viens trois jours ici, c’est comme si j’étais parti en voyage, a expliqué Simon Pominville. C’est comme si j’étais en voyage pour un moindre prix. »


* Ces données correspondent au nombre de personnes qui ont été embauchées en vertu du Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) et pour qui il a été prouvé que leur poste ne pouvait être rempli par un travailleur québécois. Certains travailleurs ne sont pas comptabilisés dans la base de données d'Emploi et Développement social Canada par souci de préservation de la vie privée de certains employeurs.

3 commentaires
  • François Beaulne - Abonné 19 août 2019 09 h 15

    Un bel effort d'intégration

    Merci de nous avoir fait connaître l'existence de cette Fiesta. Voilà un bel exemple d'effort de communication réciproque entre des travailleurs étrangers et les Québécois d'acceuil.
    Il semblerait, selon l'article, que la majorité de ces travailleurs saisonniers latinos n'en sont pas à leur premier séjour chez nous. Ce serait là une excellente source d'immigration économique qui réponde aux besoins des entreprises agricoles et qui, de plus, partagent au départ des affinités culturelles avec nous.
    L'événment aurait intérêt à être davantage publicisé. Pour ma part, j'ai certaienement l'intention d'y participer l'an prochain

  • Gilles Théberge - Abonné 19 août 2019 11 h 30

    Faut le faire. Ça prend des canadiens français pour ça... Ils vont devenir bilingue...

    Qui ça? Les hispanofones? Non, les Canadiens français. Ha ha ha ha !

    Ça c'est du respect. Et du voyage à bon compte.

    Oui monsieur.

  • Liliana G Perez - Abonnée 20 août 2019 07 h 36

    Des travailleurs temporaires.

    Que belle inclusion et interaccion . Félicitations pour le courage de quitter sa famille pour leurs donner du soutien économique à distance.
    Quelle merveille la population francophone de Saint-Rémi!!
    Le festival réchauffe le coeur des travailleurs et des commerce qui font des petites économies.