Lune, le retour

«La Lune elle-même est intéressante d’un point de vue scientifique, ne serait-ce que pour en apprendre plus sur son origine et celle de la Terre», renchérit l’astrophysicien, Robert Lamontagne.
Photo: Johannes Eisele Associated Press «La Lune elle-même est intéressante d’un point de vue scientifique, ne serait-ce que pour en apprendre plus sur son origine et celle de la Terre», renchérit l’astrophysicien, Robert Lamontagne.

Cinquante ans après le « petit pas pour l’homme » de Neil Armstrong, ingénieurs et scientifiques ont toujours les yeux rivés sur la Lune. Le paysage de l’exploration spatiale a pourtant bien changé depuis Apollo 11, alors qu’une nouvelle course semble s’amorcer entre les États-Unis et la Chine.

Le 20 juillet 1969, Neil Armstrong et Edwin « Buzz » Aldrin font l’histoire en direct à la télévision : ils arpentent l’astre de la nuit pour la première fois dans l’histoire de l’humanité. Sur Terre, le tourisme lunaire fait déjà rêver, alors que le futur s’annonce comme celui de tous les possibles… Jusqu’à la fin de l’aventure humaine sur la Lune, trois ans plus tard.

« Les États-Unis n’y sont pas allés pour les bonnes raisons, dit Pierre Chastenay, astronome et vulgarisateur scientifique bien connu. Les missions Mercury, Gemini et Apollo avaient pour seul objectif de prouver la supériorité des Américains sur les Soviétiques. Le but n’était pas de mieux comprendre notre satellite naturel et de voir comment on pouvait y construire une base permanente. »

Pour preuve : l’abandon précoce du programme Apollo au tournant des années 1970, pointe M. Chastenay. Pour des raisons budgétaires, l’épopée s’est arrêtée en décembre 1972 avec le retour d’Apollo 17, malgré trois autres missions initialement prévues au calendrier. L’intérêt du public s’amenuisait et les Américains avaient « prouvé leur point ».

Une nouvelle course ?

En décembre 2017, le président Donald Trump a exigé de la NASA qu’elle envoie à nouveau des Américains sur la Lune d’ici 2028. « Cette fois, il ne s’agira pas seulement de planter notre drapeau et de laisser notre empreinte », avait-il assuré, évoquant la construction d’une base lunaire « pour une mission ultérieure vers Mars et peut-être un jour vers d’autres mondes ».

Or, en mars dernier, la Maison-Blanche a subitement devancé l’échéancier à 2024. Cette décision d’accélérer la cadence n’est pas étrangère aux ambitions spatiales de la Chine, analyse l’astrophysicien Robert Lamontagne. « Parce que les Chinois ont ouvert leur jeu, Trump montre ses gros bras pour [les] devancer », soutient-il.

La Chine a accompli en janvier l’exploit de faire atterrir pour la première fois un robot sur la face cachée de la Lune. Dans les prochaines années, le pays projette aussi d’y construire une base et d’envoyer un second robot dans l’espace, cette fois en direction de Mars.

Pékin compte par ailleurs amorcer dès 2020 l’assemblage d’une station spatiale en orbite autour de la Terre. Elle devrait devenir la seule station à évoluer dans l’espace après la retraite programmée, en 2024, de la Station spatiale internationale.

« Les Chinois sont aussi très intéressés à envoyer un de leurs compatriotes sur la Lune. Ce serait pour eux une démonstration à la face du monde qu’ils font maintenant partie des nations les plus puissantes et développées d’un point de vue technologique », note pour sa part Pierre Chastenay.

Et il n’y a pas que la Chine qui caresse des ambitions spatiales. L’Inde et Israël tentent tous deux d’envoyer un engin robotisé sur l’astre de la nuit.

Un tremplin

La NASA a dévoilé en mai le calendrier de son programme lunaire Artemis, nommé en l’honneur de la soeur jumelle d’Apollon dans la mythologie grecque. L’agence spatiale américaine prévoit l’envoi d’une première femme sur la lune et le déploiement de la station orbitale Gateway. Pour y parvenir, la NASA perfectionne actuellement sa capsule Orion et une nouvelle génération de lanceurs, la fusée SLS.

Contrairement au programme Apollo, les États-Unis font équipe cette fois-ci avec le secteur privé et d’autres pays, notamment le Canada. L’Agence spatiale canadienne doit d’ailleurs équiper le Gateway d’une nouvelle version autonome du bras canadien, le Canadarm3, doté d’une intelligence artificielle.

« Notre objectif à tous, c’est Mars », précise en entretien Gilles Leclerc, directeur général de l’exploration spatiale pour l’Agence spatiale canadienne. C’est que la Lune offre un terrain d’entraînement tout indiqué pour « apprendre à bénéficier des ressources sur place » et « développer les technologies nécessaires à de longs séjours dans l’espace », dit-il.

La Terre est séparée de la planète rouge par une distance moyenne de 225 millions de kilomètres. « Si on s’installe sur la Lune et que quelque chose va mal, c’est relativement facile de revenir. Si on est sur Mars, ça prend de 6 à 8 mois dans les meilleures conditions », expose l’astronome Pierre Chastenay. D’où l’intérêt de résoudre les problèmes soulevés par une expédition prolongée dans le cosmos, tels que l’exposition aux rayonnements cosmiques et les effets de l’apesanteur sur le corps des astronautes.

« La Lune elle-même est intéressante d’un point de vue scientifique, ne serait-ce que pour en apprendre plus sur son origine et celle de la Terre », renchérit Robert Lamontagne.

« Il y a quand même pas mal de science à faire, convient Pierre Chastenay. Est-ce que ça prend absolument des astronautes, dont on risque la vie à chaque fois ? Avec les récents progrès qu’on a faits en intelligence artificielle, en robotique, je pense qu’on pourrait envisager l’exploration spatiale par robots interposés et répondre à nos questions sans risquer la vie de qui que ce soit. »