Fillette martyrisée à Granby: la promesse de Carmant aux enfants de la DPJ

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, a confirmé avoir reçu les plans d’action des DPJ du Québec.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, a confirmé avoir reçu les plans d’action des DPJ du Québec.

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, s’apprête à remettre des millions de dollars au Directeur de la protection de la jeunesse (DPJ) pour l’embauche d’intervenants. Il en fera l’annonce à Montréal jeudi, au lendemain du dévoilement des conclusions de l’enquête interne du CIUSSS de l’Estrie sur la mort d’une fillette de sept ans survenue à la fin du mois d’avril à Granby.

Cet argent devrait permettre de réduire les listes d’attentes dans les DPJ un peu partout au Québec, a confirmé une source gouvernementale qui n’a toutefois pas voulu révéler le montant qui sera annoncé.

« C’est vraiment le manque de suivi, le manque de ressources qui est mis de l’avant », a affirmé le ministre Carmant mercredi en mêlée de presse, alors qu’il était appelé à se prononcer sur un autre cas d’enfant maltraité. « Nous, ce qu’on veut, c’est vraiment injecter des ressources et on va faire des annonces prochainement à ce sujet-là. »

Il a confirmé avoir reçu les plans d’action des DPJ du Québec. « On est en train de les analyser et on va venir avec des solutions bientôt », s’est-il limité à dire.

Le CIUSSS de la région de l’Estrie a évité de pointer qui que ce soit du doigt à l’issue de son enquête sur la mort de la fillette de sept ans, dont l’histoire, qui rappelait celle d’Aurore « l’enfant martyre », avait bouleversé tout le Québec et conduit le gouvernement à mettre sur pied la commission Laurent.

Actuellement, il y a des gestes cliniques que nos intervenants en protection de la jeunesse, ne posent pas parce qu’ils n’ont juste pas le temps et qu’il n’y a pas 48 heures dans une journée

 

« L’enquête démontre, dans un premier temps, que ce n’est pas une personne ou un service qui peut être pointé du doigt, mais bien un système complet qui a failli de plusieurs façons et à plusieurs moments, et ce, sur une période de sept ans », a déclaré le président-directeur général du CIUSSS de l’Estrie, le Dr Stéphane Tremblay, en conférence de presse.

C’est l’un des trois constats de l’enquête interne dévoilée mercredi. Le rapport d’enquête n’a pas été rendu public pour des raisons de confidentialité. Le CIUSSS a publié un communiqué reprenant ces constats ainsi qu’une fiche technique qui contient 14 recommandations.

L’enquête conclut à l’inefficacité du filet de protection sociale « qui n’aura pas été suffisamment efficace pour prévenir le décès de cette enfant. »

Deuxième constat : tous les intervenants et les gestionnaires qui ont offert des services à la famille lui avaient « démontré leur engagement ». La fillette a tout de même été placée dans une situation à haut risque en raison « d’une succession d’événements qui n’auraient pas dû se produire ».

La situation de la fillette était bien connue de la protection de la jeunesse, des milieux policier, scolaire, de la santé et des organismes de soutien. Un tribunal a tout de même jugé il y a un an que la « solution la moins dommageable » pour elle était de rester avec son père et sa belle-mère, qui aujourd’hui font face à plusieurs chefs d’accusation pour l’avoir maltraitée.

L’enquête interne du CIUSSS était circonscrite aux services offerts par son personnel, donc par le réseau de la santé et des services sociaux. Elle a été menée par un comité spécial de 19 personnes qui a analysé les interventions dont la fillette avait fait l’objet de sa naissance jusqu’à sa mort. Les recommandations portent à croire que le suivi de l’enfant a été déficient et qu’il y a eu un grave manque de coordination et de communication à l’intérieur du système.

« Actuellement, il y a des gestes cliniques que nos intervenants en protection de la jeunesse ne posent pas parce qu’ils n’ont juste pas le temps et qu’il n’y a pas 48 heures dans une journée », a imagé le Dr Tremblay en entrevue au Devoir.

Il identifie trois éléments importants qui ont contribué aux ratés des services sociaux de l’Estrie : la pénurie de personnel, la charge administrative trop lourde pour les travailleurs sociaux et la hausse des signalements qui ont fait un bond de 14 % lors de la dernière année, ce qui représente 150 nouveaux signalements par semaine. Un seul signalement équivaut à une semaine de travail par intervenant qui doit d’abord vérifier s’il est fondé, a signalé le Dr Tremblay.

L’un des manquements dans le cas de la fillette de Granby concerne son retrait de l’école. « Le père avait demandé un arrêt de la scolarisation, c’est connu, a-t-il cité en exemple. L’information, nous l’avons reçue. Comment a-t-elle été accueillie à l’interne ? Qu’est-ce qu’elle a changé dans le comportement de nos intervenants ? Ça semble être un élément qui a été jugé discutable par le comité. »

Un intervenant aurait alors dû faire une visite à la maison pour vérifier la situation de l’enfant. C’est d’ailleurs la première recommandation du comité d’enquête qui estime que les intervenants sociaux devraient se rendre « dans le milieu de vie des enfants le plus souvent possible ». Il propose également au gouvernement de modifier la Loi sur la protection de la jeunesse pour que les travailleurs sociaux puissent « intervenir auprès des conjoints qui ne sont ni les parents biologiques ni les parents d’adoption ».

La belle-mère de la fillette a été accusée le mois dernier de meurtre non prémédité. Cette accusation s’est ajoutée aux chefs d’accusation de séquestration et de voies de fait graves dont elle faisait déjà l’objet. Le père de 30 ans est accusé de négligence criminelle ayant causé la mort, un chef d’accusation qui s’est lui aussi ajouté à ceux de séquestration, d’avoir omis de fournir les choses essentielles à la vie et d’abandon d’enfant qui pesaient déjà contre lui.

Le comité d’enquête recommande aussi, entre autres, un transfert rapide des dossiers entre intervenants et d’« intensifier les démarches pour attirer et retenir le personnel en protection de l’enfance et de la jeunesse ».

Questionné sur l’absence de coupables, le ministre Carmant n’a pas voulu jeter la pierre à qui que ce soit mercredi. « Il faut attendre les autres enquêtes avant de blâmer quelqu’un, a-t-il affirmé. On a pris les recommandations et elles vont être appliquées. »

Quatre enquêtes devraient chacune donner un éclairage sur le drame de Granby, soit celle de la police, celle du coroner qui débutera après les procédures judiciaires, celle de la Commission des droits de la personne et de la protection de la jeunesse et celle de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse présidée par l’ex-syndicaliste Régine Laurent. Celle-ci n’a pas voulu commenter les conclusions du CIUSSS de l’Estrie, même si elles inspireront les travaux de la Commission.

11 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 4 juillet 2019 03 h 56

    Incroyable

    C'est quand même quelque chose d'incroyable que ses parents puissent être incapables à ce point là! Et 150 signalements par semaine? Le peuple québécois fait pas mal dur. Si on se reproduit si mal, on est aussi bien de tout donner tout de suite aux anglais!

    • Simon Grenier - Abonné 4 juillet 2019 11 h 49

      En tant qu'ex-para-fonctionnaire, je vous garantis que ce chiffre de 150 est une donnée de gestionnaire. On a fait biiiiiieeeeeeeeen des manipulations de données et on a trafiqué de nombreuses colonnes de chiffres - ou encore, on n'a considéré qu'une toute petite période pendant laquelle tout le monde était en vacances - pour parvenir à ce pourcentage de 14% d'augmentation, puis pour trouver un autre beau gros chiffre auquel appliquer cette fraction pour arriver à un impressionnant 150 signalements par semaine. Après tout, il fallait justifier d'avoir tué une énième enfant.

  • Daphnee Geoffrion - Inscrite 4 juillet 2019 07 h 59

    Ridicule!!!!!!!!!!!
    On protège des intervenants et un directeur spectaculairement incompétent et je suis vraiment polie.
    On a tous lu les détails de l’histoire, manque de volonté de changement, protection du droit du père avant le meilleur intérêt de l’enfant dans chaque prise de décision à chaque étape du dossier. On parle de témoin qui ont vu l’enfant manger dans les poubelles en cachette la nuit ect...
    Faut il répéter les faits horribles qui était noir sur blanc décrit dans le dossier?!
    Un foyer réconfortant et connu attendait cette fillette chez sa grand-mère en plus, aucun besoin de ressource d’acceuil.
    Juste un directeur compétent, une voiture et une valise voilà ce qui manquait.
    J’enrage, j’espère au nom de tout les enfants du qc que nous n’accepterons pas bêtement ses explications ridicules et que les enquêtes mènerons à des accusations de négligence .
    La seule victime c’est la petite, abandonnée de tous, je te préfére où tu es quand je lis ce genre de connerie.

  • Serge Grenier - Abonné 4 juillet 2019 10 h 41

    Pourquoi protéger les coupables et abandonner les victimes?

    Combien de fois a-t-on lu que l'on «évitait de pointer du doigt les coupables» parce que c'est «tout le système qui est en faute» ?

    Je n'y crois pas. Notre société ne cherche pas de coupables parce dans son ensemble, elle a plus de respect pour les agresseurs qui passent à l'acte que pour les victimes qui subissent impuissantes. À mon avis, tant que cela ne changera pas, rien ne changera.

  • Simon Grenier - Abonné 4 juillet 2019 11 h 45

    Y'en a marre, de l'absence de coupable parce que c'est le système qui est coupable. Les gestionnaires sont là pour que le système fonctionne bien. Alors des coupables, il y en a. Plein. Comment un "président-directeur général" - qui insiste pour conserver son petit "Dr", hein, c'est important, le prestige et la supériorité factice - peut-il dire sans rire que ce n'est de la faute de personne si "les intervenants sont surchargés et ils ne disposent pas de 48 heures par jour"? Il y a forcément quelqu'un, quelque part, qui a imposé ces conditions. Les budgets sont insuffisants? C'était votre responsabilité de les faire augmenter, M. Tremblay. Ce n'était pas votre "job", pas votre "tâche" mais votre responsabilité. Que vous avez si mal remplie que des enfants sont morts après de longues et lentes tortures, et combien d'autres malheureux ou psychologiquement maganés pour le reste de leur vie. De toute évidence, le laxisme et l'absence complète de compétence part du sommet de la pyramide et ruisselle sans doute bien bien bien bas - comme dans la plupart des organismes publics et para-publics, d'ailleurs. Les carriéristes sont légion mais les gestionnaires sont très, très, TRÈS rares. De toute façon, ils sont formés en médecine, en sciences infirmières et en nutrition. Comment ces gens peuvent-ils faire autrement que de reproduire les pratiques dans lesquels ils baignent depuis le début de leur carrière?

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 4 juillet 2019 13 h 42

    Un jour, peut-être ???

    « L’enquête démontre, dans un premier temps, que ce n’est pas une personne ou un service qui peut être pointé du doigt, mais bien un système complet qui a failli de plusieurs façons … . » (Dr Stéphane Tremblay, Président-directeur général, CIUSSS de l’Estrie) ; « Questionné sur l’absence de coupables, le ministre Carmant n’a pas voulu jeter la pierre à qui que ce soit mercredi. » (Mylène Crête, Le Devoir)

    De ces citations « sur-prenantes » (?!?), double douceur :

    A : Bien que, de cette enquête-maison (A), soit « révélé » le Comment le Système aurait, comme en-corps une autre fois (B), failli à sa mission-mandat, le »pourquoi », quant à lui, n’y apparaît ni au sein des Constats ni parmi les Recommandations, et ;

    B : De l’absence de « responsable », présumé « coupable », et compte tenu du départ, volontaire ?!?, du dg de la DPJ-Estrie ainsi que des multiples tergiversions entre les parties concernées, on-dirait que personne ne semble imputable, sauf le Système ou, faute de mieux, la présence « dérangeante » d’une fillette en quête de nourriture dans les poubelles ?!?

    De cette douceur double, ce relief :

    De cette Enquête interne et de la promesse (de $$$) du ministre délégué à la SSS, où le « Comment de choses » peut s’expliquer ou se comprendre, comment comprendre et expliquer l’absence du « pourquoi » (B) ???

    Un jour, peut-être ??? - 3 juillet 2019 -

    A : https://www.santeestrie.qc.ca/nouvelle/deces-dune-enfant-de-7-ans-a-granby-resultats-de-lenquete-interne/ .

    B : L’absence du “Pourquoi” pourrait comme expliquer qu’une remise en question de la culture-mentalité du milieu ne serait ni souhaitable ni pertinente, alors que ! De ce point (absence du pourquoi), il est à espérer que la Commission spéciale Laurent soit en mesure de « le » comprendre et dévoiler !

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 4 juillet 2019 17 h 18

      Note d’Auteur :

      Le « B » figurant dans cette expression « comme en-corps une autre fois (B) », se voulant énumérer d’autres situations similaires ou quasi-similaires à celle de la Tragédie de Granby, a, après une mûre réflexion méthodologique et compte tenu de l’évolution du dossier, maintenant socio-politisé à souhaits, été remplacé par l’autre « B » !