Un rapport d’enquête accablant sur les familles d’accueil de la Mauricie

Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir

Il existe des « lacunes majeures » quant aux services offerts aux enfants hébergés en famille d’accueil par le CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec et par le Conseil des Atikamekw d’Opitciwan, confirme une enquête de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse dévoilée vendredi (CDPDJ).

Cette enquête avait débuté en janvier 2017, dans la foulée d’une décision judiciaire qui témoignait de « lacunes majeures dans les services offerts à un enfant hébergé en famille d’accueil ».

La CDPDJ a notamment constaté que 23 % des dossiers des familles d’accueil témoignent d’un pairage inadéquat des enfants avec la famille d’accueil ; que cinq familles d’accueil ont été accréditées même si le CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec disposait d’informations claires qu’elles pouvaient présenter un risque pour les enfants ; et que 32 % des enfants hébergés en famille d’accueil ont été l’objet d’un signalement retenu pour abus sexuel ou physique.

De plus, dénonce le rapport, 16 % des enfants hébergés en famille d’accueil ont été indûment privés de contacts avec leurs parents en raison du manque de superviseurs et 12 % des enfants hébergés en famille d’accueil n’ont pas vécu dans un milieu de vie leur offrant la stabilité de leurs conditions de vie et ont vécu des déplacements multiples.

Du côté du Conseil atikamekw d’Opitciwan, la CDPDJ constate que 62 % des enfants hébergés en famille d’accueil au sein de la communauté d’Opitciwan ont connu au moins trois lieux d’hébergement et que sept familles d’accueil sur treize n’ont pas offert des conditions d’hébergement adéquates et des conditions de vie appropriées aux enfants qu’elles ont hébergés.

Au terme de son enquête, indique le document, « la Commission déclare que les droits des enfants hébergés en famille d’accueil de la région de la Mauricie et du Centre-du-Québec pour la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2016 ont été lésés ».

Le rapport contient 64 recommandations adressées au président-directeur général et à la DPJ du CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec, à la Directrice de la protection sociale et au Directeur des services sociaux du Conseil des Atikamekw d’Opitciwan, au ministre délégué à la Santé et aux services sociaux ainsi qu’à la ministre de la Justice.

La CDPDJ recommande entre autres de rencontrer l’enfant seul au minimum six fois l’an ; de prendre des moyens concrets pour s’assurer que les plans d’intervention des enfants hébergés jusqu’à majorité comprennent des mesures visant à prévenir la récurrence de traumatismes passés ; et d’évaluer les conditions de vie des enfants actuellement hébergés dans les familles d’accueil dont la Commission a fait part à la DPJ et au p.-d.g. du CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec en cours d’enquête.

Le rapport constate enfin que « le choix du lieu d’hébergement n’est pas réalisé en fonction d’une évaluation des besoins de l’enfant, seule la disponibilité de la ressource est considérée » et que « les droits de ces enfants ont été lésés dans leur droit à ce que toute décision soit prise dans leur intérêt et à ce que tout soit mis en oeuvre pour mettre fin à la situation de compromission ».