Les critiques sur le français de Trudeau cacheraient un rejet plus profond

Le premier ministre Justin Trudeau
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le premier ministre Justin Trudeau

Une professeure de français et de linguistique dans une université américaine estime que le français parlé de Justin Trudeau est injustement critiqué au Québec, parce qu’on voudrait l’exclure de la collectivité québécoise.

Dans une étude récente, la professeure Yulia Bosworth, de l’Université Binghamton, dans l’État de New York, suggère que lorsque les élites médiatiques au Québec s’en prennent aux compétences linguistiques de M. Trudeau, elles contestent en fait son appartenance à l’identité collective québécoise — elles veulent le considérer comme un « outsider ».

Son article, intitulé Le « mauvais » français de Justin Trudeau : quand la langue, l’idéologie et la politique s’entrechoquent, a été publié, en anglais, dans le dernier numéro de la Revue américaine d’études canadiennes.

Mme Bosworth a examiné 53 chroniques et billets publiés en ligne par les médias traditionnels, principalement entre avril 2013 et janvier 2017, qui traitaient des compétences linguistiques de M. Trudeau ou de celles d’autres politiciens fédéraux. La professeure de linguistique y a découvert un concert presque unanime de critiques sur la qualité du français de M. Trudeau, ce qui pourrait suggérer selon elle un parti pris contre le premier ministre.

L’auteure affirme aussi que le nom même de Trudeau évoque au Québec le souvenir du père, l’ex-premier ministre Pierre Elliott Trudeau, dont la vision d’un Canada bilingue, uni et multiculturel est rejetée par de nombreuses élites des médias québécois.

La professeure Bosworth ajoute que les journalistes québécois s’offusquent également de la façon dont M. Trudeau se considère comme bilingue et francophone, un carrefour culturel qui, selon elle, est perçu comme contradictoire et en opposition au Québec.

Yulia Bosworth est professeure adjointe de français et de linguistique au département de langues et littératures romanes de l’Université de Binghamton. Son domaine de recherche principal est la sociolinguistique du français nord-américain, avec un intérêt particulier pour les attitudes et les idéologies linguistiques au Québec.

Sa recherche a été financée en partie par le ministère québécois des Relations internationales et de la Francophonie.