Loger chez un hôte Airbnb sans frais

Environ 200 particuliers inscrits comme « hôtes » sur Airbnb mettront dès le 4 mai leur logis gratuitement à la disposition de sinistrés touchés par les inondations qui frappent les régions de Montréal, de Gatineau et du Nouveau-Brunswick.

Dimanche dernier, la plateforme californienne de réservation de logements en ligne a envoyé un message interne à tous ses membres inscrits dans l’est du Canada près des zones inondées pour les inviter à adhérer au programme « Open Homes ».

Le programme, déployé un peu partout dans le monde depuis 2012, permet à des hôtes déjà inscrits d’utiliser la plateforme de location pour offrir sans frais leur maison à des personnes éprouvées par des désastres naturels, des conflits ou des difficultés personnelles.

Dès dimanche soir, les offres venues surtout de la région de Montréal, d’Ottawa et Gatineau ont commencé à affluer, plusieurs hôtes se disant prêts à ouvrir leurs portes sans frais aux familles et individus chassés de leur maison pour plusieurs jours. Le service sera offert jusqu’au 19 mai pour loger également des bénévoles venus prêter main-forte.

« Nous avions fait la même chose en 2017 lors des inondations et fournirons les services offerts par la plateforme pour mettre en contact des hôtes avec des personnes à la recherche d’un toit », a fait valoir mardi Alex Dagg, directrice des politiques publiques pour Airbnb au Canada.

La plateforme de location a pris contact avec la Croix-Rouge, le gouvernement du Québec et les maires des principales municipalités touchées pour faire connaître son offre et celles de ses membres. « Dès dimanche soir, des hôtes ont commencé à répondre à l’appel », ajoute la porte-parole de la plateforme, qui ignore combien de sinistrés ont pris contact avec des hôtes participants.

C’est à l’occasion de feux de forêt majeurs à Fort McMurray que Airbnb a activé pour la première fois ce dispositif d’entraide, en 2016. L’opération avait été répétée l’année suivante pour d’autres feux de forêt et lors des inondations de 2017 au Québec. Des résidents évincés d’un vaste immeuble résidentiel en flammes au centre-ville de Toronto ont aussi pu bénéficier de ce programme.

24 000 personnes depuis 2012

C’est après le passage de l’ouragan Sandy en Nouvelle-Angleterre en 2012 qu’Airbnb a créé ce dispositif pour mettre sa plateforme au service de populations lors d’urgences humanitaires. Depuis, plus de 24 000 personnes s’en sont prévalues, tant des sinistrés, des migrants que des personnes forcées de s’éloigner pour recevoir des soins de santé.

Interdite dans certaines villes d’Europe en raison de son impact négatif sur l’industrie hôtelière et sur la hausse des loyers, Airbnb concède travailler fort pour améliorer son image auprès des municipalités. « C’est vrai qu’il y a parfois des divergences », affirme Mme Dagg. « Mais à Montréal, nous payons la taxe d’hébergement, comme le reste de l’industrie, et avons versé depuis 2017 plus de 3,8 millions à la métropole. Nous sommes contents d’offrir notre aide, et les hôtes qui veulent participer n’ont qu’à répondre au message envoyé dimanche et cliquer sur le lien prévu à cet effet. »

La patience plus que jamais une vertu

Il faudra beaucoup de temps pour que la situation revienne à la normale dans les zones sinistrées par les inondations, et la sécurité civile s’apprête à ouvrir un nouveau front sur la rivière Richelieu cette semaine.

Les dernières prévisions d’Environnement Canada laissent entrevoir quelque 40 millimètres de pluie dans le sud du Québec, une quantité qui ne sera probablement pas aussi importante dans le corridor de la rivière des Outaouais et du fleuve Saint-Laurent, mais qui n’épargnera pas le lac Champlain.

Selon Éric Houde, de la sécurité civile, « la rivière Richelieu va se mettre à monter aussi. On va tomber en inondation moyenne », a-t-il confié à La Presse canadienne.

On s’attend ainsi à des débordements dans la baie Missisquoi et le long de la rivière Richelieu entre le lac Champlain et le barrage de Chambly, soit dans les mêmes secteurs qui avaient été durement touchés en 2011, notamment la ville de Saint-Jean-sur-Richelieu. Bilan cumulatif impressionnant.

Un tel dénouement viendrait encore gonfler des chiffres déjà impressionnants. Les bilans fournis quotidiennement par la sécurité civile, faut-il le préciser, ne comprennent que les maisons inondées et les sinistrés évacués au moment où ils sont publiés.

Ainsi, alors que le bilan de mardi fait état de 6704 résidences inondées et de 10 264 personnes évacuées, le bilan cumulatif obtenu par La Presse canadienne démontre que, depuis le début des inondations, 182 municipalités ont été touchées, 9070 résidences et 273 commerces ont été inondés et pas moins de 12 034 citoyens ont été évacués.

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, faisait preuve d’un optimisme modéré, mardi matin, en affirmant que l’on pouvait voir « la lumière au bout du tunnel », mais tout indique que ce tunnel sera encore très long.
La Presse canadienne