La réduction des seuils d’immigration injustifiée, selon l’IRIS

«On dit vouloir diminuer le nombre d’immigrants pour mieux les intégrer, mais en fait on constate qu’au Canada c’est dans les provinces où il y a le plus d’immigrants que leur situation est la meilleure», souligne Julia Posca, chercheuse à l’IRIS.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «On dit vouloir diminuer le nombre d’immigrants pour mieux les intégrer, mais en fait on constate qu’au Canada c’est dans les provinces où il y a le plus d’immigrants que leur situation est la meilleure», souligne Julia Posca, chercheuse à l’IRIS.

Les provinces canadiennes qui accueillent le plus d’immigrants sont celles où la rétention est la plus importante, révèle une analyse de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS), pour lequel la réduction des seuils d’immigrants du gouvernement caquiste est injustifiée.

Dans une analyse publiée mercredi, l’IRIS conclut que la réduction du seuil d’immigrants de 50 000 à 40 000 personnes qu’entend instaurer le gouvernement de François Legault ne contribuera pas nécessairement à faciliter leur intégration.

« On dit vouloir diminuer le nombre d’immigrants pour mieux les intégrer, mais en fait on constate qu’au Canada c’est dans les provinces où il y a le plus d’immigrants que leur situation est la meilleure, et ce sont celles qui retiennent davantage leurs immigrants », souligne Julia Posca, chercheuse à l’IRIS.

L’IRIS a tenu compte de la proportion de la population immigrante pour chaque province et a calculé le taux de rétention des immigrants admis au pays en 2010 et toujours présents cinq ans plus tard. Le Québec (14,5 %) se situe à la troisième place des provinces accueillant le plus d’immigrants, après l’Ontario (51,1 %) et la Colombie-Britannique (17,1 %). Il se hisse également parmi celles où la rétention est la plus importante. « Ce constat est aussi vrai à l’échelle mondiale, une récente étude de l’OCDE soulignait que c’est dans les pays qui accueillent le plus d’immigrants que leur situation est la meilleure », dit Mme Posca.

Au cabinet du ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, on rappelle que le projet de loi « vise un meilleur arrimage avec les besoins du marché du travail et les candidats à l’immigration ». « Nous avons reçu un mandat clair le 1er octobre dernier : réformer le système d’immigration […] Le rapport du Vérificateur général en 2017 souligne le bilan dévastateur du Parti libéral du Québec sur les enjeux d’immigration », indique le cabinet.

La chercheuse s’inquiète de cet objectif et craint qu’il aggrave la discrimination à l’embauche. « On pourrait se retrouver dans une situation où s’il y a un ralentissement économique, certaines personnes pourraient croire qu’on n’a pas besoin des immigrants [en dehors de leur rôle économique] et on viendrait alors les stigmatiser davantage », dit-elle.

Elle estime que le seuil de 50 000 immigrants devrait être maintenu, mais qu’il faudrait diversifier les critères motivant les choix des personnes immigrantes. Elle rappelle notamment l’enjeu de la reconnaissance des diplômes.