#MoiAussi: le tabou à briser chez les gais

«Depuis #MoiAussi, si une femme se fait pogner les fesses dans un bar par un homme, celui-ci va se faire mettre dehors. Si ça arrive à un homme dans un bar gai, les gens vont simplement partir à rire et ne pas se choquer pour ça», se désole Alexandre Dumont Blais, codirecteur général de REZO
Photo: Rich Legg Getty images «Depuis #MoiAussi, si une femme se fait pogner les fesses dans un bar par un homme, celui-ci va se faire mettre dehors. Si ça arrive à un homme dans un bar gai, les gens vont simplement partir à rire et ne pas se choquer pour ça», se désole Alexandre Dumont Blais, codirecteur général de REZO

Se faire toucher les fesses, être reluqué par un inconnu ou recevoir des photos non désirées de parties génitales : la notion de consentement laisse encore à désirer au sein de la communauté gaie, qui a pourtant été secouée par le mouvement #MoiAussi, estiment des experts et des hommes de la communauté.

« Il faut remettre en question cette culture-là, faire réfléchir la communauté sur cette façon de draguer avec des gestes en apparence banals, mais qui sont pourtant des miniagressions sans consentement », lance Alexandre Dumont Blais, codirecteur général de REZO, un organisme voué à la santé des hommes gais et bisexuels, cis et trans.

Pour faire passer le message, REZO lance dès mercredi une campagne publicitaire. « Tu veux pogner ? Pogne pas le cul d’un gars sans son consentement », ou encore « Transmettre des dickpics non sollicitées, ça pogne pas. Le consentement sexuel entre hommes ? Oui. », peut-on lire sur les affiches qui seront placardées dans les toilettes d’une quinzaine de bars du Village, le quartier gai de Montréal, et trouveront aussi une place dans le métro de la métropole et différents magazines québécois.

Pour Alexandre Dumont Blais, la communauté homosexuelle semble avoir quelques années de retard sur la notion de consentement comparativement à la communauté hétérosexuelle. « Depuis #MoiAussi, si une femme se fait pogner les fesses dans un bar par un homme, celui-ci va se faire mettre dehors. Si ça arrive à un homme dans un bar gai, les gens vont simplement partir à rire et ne pas se choquer pour ça », illustre-t-il.

Le mouvement de dénonciation des agressions sexuelles lancé à l’automne 2017 n’a pourtant pas épargné les homosexuels. Il suffit de penser à l’animateur Éric Salvail, accusé d’agression sexuelle, de harcèlement et de séquestration.

« #MoiAussi a eu un impact, plusieurs hommes sont venus nous voir pour remettre en question leurs gestes ou des gestes non consentis qu’ils avaient subis. Mais ça a pris plus de temps pour en arriver à cette réflexion-là », explique le codirecteur général de REZO.

Sujet tabou

Il faut dire que parler de consentement entre hommes semble encore un sujet tabou. « C’est pourtant une conversation nécessaire, mais on reste des hommes, alors c’est difficile d’aller admettre notre vulnérabilité en parlant de ça », explique Firmin. Le jeune homme a déjà subi son lot de situations embarrassantes et de microagressions. S’il ne fréquente que peu les bars du Village, il n’est pas pour autant à l’abri sur les applications de rencontres. Les fameuses « dickpics », des photos de parties génitales envoyées par l’interlocuteur sans même un bonjour, y sont de plus en plus fréquentes. « Ça ferme le dialogue et rend les rencontres essentiellement sexuelles. Je trouve ça ridicule, ça me décourage », confie-t-il.

N’importe quel homme (ou enfant, ou adolescent), du costaud au gringalet, peut aussi être victime d’agression sexuelle

Et difficile d’en parler autour de soi, sachant qu’on attend souvent d’un homme qu’il puisse se défendre tout seul. « Les attentes sociales reliées à l’expression du genre masculin rendent les gens insensibles au fait que n’importe quel homme (ou enfant, ou adolescent), du costaud au gringalet, peut aussi être victime d’agression sexuelle », note de son côté le sociologue de la sexualité Michel Dorais.

Préjugés tenaces

Celui qui est aussi professeur en travail social de l’Université Laval a codirigé avec le professeur Mathieu-Joël Gervais une recherche sur les violences sexuelles vécues par la communauté LGBT au Québec. Le fruit de leur travail — qui a été commandé et soutenu financièrement par le Secrétariat à la condition féminine — sera publié à la fin mars sous le titre Après le silence. Réagir aux agressions sexuelles envers les personnes LGBT.

Après une quarantaine d’entrevues, les chercheurs ont réalisé à quel point la limite entre consentement et non-consentement pouvait être floue dans la communauté homosexuelle, surtout dans les lieux de rencontres plus « susceptibles de conduire à une relation sexuelle », comme les saunas, parcs ou dark rooms de certains bars. « J’ai beau aller dans une soirée fétichiste parce que j’ai le goût de me sentir sexy, je n’ai pas nécessairement le goût de me faire pogner le cul par tout le monde. Tu sais, dans le milieu anglophone, ça se parle plus, puis les gars qui nomment et qui critiquent ça se font traiter de petites natures », témoigne anonymement l’un des hommes interrogés pour l’étude.

« Il y a encore cette idée, ce mythe que les hommes gais sont plus portés sur le sexe que les hétéros et qu’ils ont plus de partenaires sexuels. Ils seraient aussi prêts à accepter tous les comportements sexuels, sans exception. Mais non, il faut s’enlever ça de la tête », insiste Michel Dorais.

Pour Alexandre Dumont Blais de REZO, il est grand temps de briser ces préjugés sur la communauté gaie en commençant par changer cette culture de la drague. « Les jeunes hommes qui commencent à dater d’autres hommes pensent que ça se passe comme ça, la drague entre hommes, et qu’ils doivent accepter ces gestes déplacés. Mais veut-on vraiment que ça aille aussi loin ? Est-ce qu’on veut tolérer ces gestes-là ? Non ! » laisse-t-il tomber d’un ton ferme.

5 commentaires
  • Christiane Gervais - Inscrite 20 février 2019 10 h 11

    Tabou

    Ce n'est pas un tabou à briser chez les gais, c'est un comportement irrespectueux, dérangeant, voire violent qu'ont certains hommes, toutes identités et orientations sexuelles confondues.

    C'est long, chez certains, à les sortir de la caverne et, en général, les hommes ont envie, tout comme les femmes, que l'on distingue flirt, charme et invasion.

  • Mikhael Said - Abonné 20 février 2019 11 h 51

    Intéressant

    Merci pour cet article intéresssant, qui montre qu'il y a un vraie problème d'éducation des garçons dans nos sociétés et ce, quelquesoit l'orientation sexuelle.

  • Michel Belley - Abonné 20 février 2019 13 h 47

    Et qu'en pensent les gais?

    Ceux qui vont dans les bars pour rencontrer sont fort possiblement au courant de la façon dont les approches se font. S'ils acceptent de se faire pogner les fesses, et que seule une minorité n'aime pas ça, doit-on imposer à la majorité une morale sexuelle? Ou doit-on respecter leur différence?
    Pourquoi, dans notre société, est-on en train de considérer comme de graves péchés le fait de siffler, dévisager une personne, lui toucher le bras sans son consentement, etc? Avez-vous pensé que pour poser une question à une personne branchée sur son cellulaire, on doit souvent la toucher pour attirer son attention, et que ce geste est maintenant vu comme une agression?
    Dans quel monde de fous est-ce qu'on s'en va?

  • Tst Etreg - Inscrit 20 février 2019 15 h 09

    @Michel Belley

    Je ne peux pas parler au nom de tous les gays mais je trouve cette campagne extrêmement rétrograde. Le consentement quand on parle d'agression sexuelle et de viol, bien sûr qu'il faut en parler. Mais pour une main aux fesses ou une dick pic, je pense que les gens sont suffisamment adultes pour repousser les avances ou tout simplement ignorer ces photos. Et ce n'est pas un grand homme fort qui s'exprime ici...

  • Jean-FRANCOIS VERMETTE - Inscrit 20 février 2019 18 h 38

    Protégeons les gais d`une quelconque conspiration

    Il y a quelques années s`est tenu un congrès islamiste contre l`homosexualité, ici même à Québec. Monsieur Mihai Claudiu Kristea, directeur du journal Les immigrants de la Capitale avait couvert l`événement...je trouve qu`il est important de le rappeler, la haine ne mène nulle part.