Hydro-Québec multiplie les fautes à Saint-Adolphe-d’Howard

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La construction de la ligne Grand-Brûlé–Saint-Sauveur ne s’est pas faite sans dommages pour l’environnement.

Les blâmes du ministère de l’Environnement contre Hydro-Québec sur le chantier de la ligne de haute tension dans les Laurentides se multiplient. En plus des problèmes révélés cet été, la société d’État a reçu au moins quatre avis de non-conformité à Saint-Adolphe-d’Howard, mais aussi à la hauteur de Montcalm et Mont-Tremblant.

L’été dernier, les lacs des Trois-Frères et Massie avaient fait les manchettes quand leur eau est devenue complètement opaque à la suite des dynamitages d’Hydro-Québec en zone escarpée. Les dégâts s’étaient produits dans le secteur de Saint-Adolphe-d’Howard, municipalité déjà très mobilisée contre le projet.

Or Le Devoir a appris que les travaux avaient causé des dégâts un peu partout le long du chantier, ce qui a valu à Hydro-Québec et à ses sous-traitants un total de huit avis de non-conformité du ministère du Développement durable pour atteinte à la Loi sur la qualité de l’environnement (quatre visaient Hydro-Québec, quatre ses sous-traitants).

Le projet Grand-Brûlé–Saint-Sauveur vise à mieux fournir en électricité la couronne nord, où le réseau peine à répondre à la demande.

Les avis de non-conformité portent sur le détournement et l’enrochement d’un cours d’eau sans autorisation à Montcalm et une intervention non autorisée dans un marécage à Mont-Tremblant. Le ministère reproche en outre à Hydro-Québec — et à son sous-traitant GLR — d’avoir rejeté des sédiments dans l’environnement à onze endroits différents sur les territoires de Montcalm et Saint-Adolphe-d’Howard. Autre objet de blâme : Hydro-Québec n’a pas suffisamment protégé les milieux humides des effets de son chantier comme il s’y était engagé dans sa demande d’autorisation, et ce, tant à Montcalm qu’à Mont-Tremblant.

Dans un avis transmis le 2 octobre, le ministère ajoute qu’Hydro-Québec devait « appliquer toutes les mesures nécessaires pour contenir ou détourner les sédiments » en prévision des effets du drainage du sol ou de la fonte des neiges, ce qui n’avait pas été fait à au moins huit endroits différents lors d’une visite au début août.

Enfin, à la mi-septembre, Hydro-Québec a également dû payer une amende de 5000 $ au ministère pour des travaux de dynamitage non autorisés près d’un cours d’eau.

Cinq autres avis contre le sous-traitant

Invitée à s’expliquer, l’équipe d’Hydro-Québec rétorque que ce n’est pas tant que ça par rapport à l’échelle du projet. « C’est quand même un projet de 42 kilomètres », fait valoir le porte-parole Maxence Huard-Lefebvre.

Le chef de chantier, Nicolas Tremblay, ajoute que c’est pour mieux faire accepter son projet et préserver les paysages des Laurentides qu’Hydro-Québec s’est tourné vers ce tracé qui n’est pas « très facilitant ». Hydro-Québec a aussi mandaté une firme indépendante pour mesurer les effets des déversements de sédiments sur la qualité de l’eau et l’habitat du poisson dans les lacs Massie et des Trois-Frères. Ses résultats devraient être connus en juin prochain, soit environ en même temps que la fin du chantier.

 

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Or pour Alain Saladzius, cofondateur de la Fondation Rivières, c’est « du jamais vu ». « C’est vraiment inacceptable que ça ruisselle comme ça dans les cours d’eau », a-t-il dit après avoir consulté les avis de non-conformité rendus par le ministère. « Il y a des lacunes importantes du côté de la surveillance. »

En plus des huit blâmes du ministère, Hydro-Québec en a transmis cinq autres à son sous-traitant, GLR, un entrepreneur en construction spécialisé dans les lignes à haute tension.

Joint au téléphone, le président de GLR, Martin Chagnon, a expliqué que le site était particulièrement « accidenté » et qu’il y avait eu « énormément de pluie » pendant les travaux. Son entreprise, a-t-il ajouté, a pris des moyens « extraordinaires » pour freiner la « sédimentation ». « On n’a pas lésiné sur les moyens », dit-il en mentionnant l’ajout de membranes géotextiles, l’empierrement et l’installation de bassins de sédimentation. Quant à savoir comment cela aurait pu être évité, M. Chagnon rétorque que « normalement, on construit l’hiver ».

Relancé à ce sujet, le chef de chantier d’Hydro-Québec, Nicolas Tremblay, rétorque que ça n’aurait pas vraiment été possible. « Effectivement [travailler l’hiver] est une des mesures qu’on peut utiliser pour minimiser les risques. Cela dit, pour un chantier de cette ampleur-là, on ne peut pas faire ça à l’intérieur de trois, quatre mois. […] Si on voulait s’en tenir à ça, il faudrait peut-être revenir pendant trois années pour faire la même ligne. »

Chose certaine, les moyens pris ces derniers mois pour réparer et prévenir les dégâts environnementaux ont coûté très cher. « Ce n’est pas encore établi qui va payer », a dit à ce sujet M. Chagnon. Hydro-Québec n’a pas voulu dévoiler les coûts, mais affirme qu’ils sont « significatifs ».

Plaintes à Val-David et craintes pour le printemps

La société d’État n’est peut-être pas non plus au bout de ses peines dans ce dossier, puisque d’autres avis de non-conformité pourraient s’ajouter à la liste. Le dernier avis obtenu par Le Devoir en vertu de la loi d’accès à l’information découle d’une inspection menée le 29 août. Or plusieurs autres inspections ont été menées en septembre et en octobre à d’autres endroits du parcours. Enfin, au moins une plainte a été déposée au ministère concernant l’aménagement d’un remblai dans un milieu humide à la hauteur de Val-David.

Reste maintenant à savoir quels seront les effets de la fonte des neiges sur les lacs au printemps. Chez Hydro-Québec, on dit avoir fait le maximum pour protéger le site. Le porte-parole, Maxence Huard-Lefebvre, précise en outre que la firme embauchée pour mesurer les impacts environnementaux a eu le temps de prendre les prélèvements dont elle avait besoin avant le gel.

Avant que surviennent ces problèmes environnementaux, le projet avait déjà fait la controverse en raison de l’opposition de la MRC des Pays-d’en-Haut, qui réclamait qu’on fasse passer la ligne ailleurs ou qu’on enfouisse les fils. Une demande systématiquement rejetée par Hydro-Québec et le gouvernement.

Pendant la campagne électorale, la Coalition avenir Québec avait promis qu’elle suspendrait le projet si elle était élue. Or les caquistes sont revenus sur cet engagement depuis les élections en prétextant ne plus pouvoir reculer parce que les travaux sont trop avancés.

8 commentaires
  • Mathieu Lacoste - Inscrit 14 novembre 2018 05 h 58

    CAQ: ligne Grand-Brûlé–St-Sauveur, une autre promesse non-tenue...

    C'est qu'il s'agit d'un enjeu sensible parmi la population de la région.

    Ainsi, pour s'attirer des votes, la CAQ a trompé les électeurs qui s'opposent au tracé de cette ligne à haute tension...

  • Sarah Perreault - Inscrite 14 novembre 2018 09 h 37

    Une bête qui saccage dans les «normes de l'illégalité»

    Il est consternant de voir à quel point les représentants d'HQ banalisent la situation, comme si la pollution causée par ce projet était faite dans les normes de l'illégalité. C'est illégal, point final ! Et ce tracé passe sur des versants exposés de collines, directement sur des sommets de montagnes et parfois à moins de 50 mètres de la rive de lacs et cours d'eau. Peut-on vraiment parler d'un tracé choisi pour ménager le paysage ? Certainement pas ! Hydro-Québec dispose de critères, qui figurent dans la Méthode paysages d'HQ, pour localiser ses lignes avec le moins d'impacts possible. Or, comme cela a été clairement démontré dans une analyse réalisée par l'auteur de cette Méthode, bon nombre de ces critères ne sont pas respectés dans le cadre du projet du Grand-Brûlé. D'où les forts impacts sur le plan paysager, mais aussi sur le plan environnemental. Autrement dit, selon les propres critères d'HQ, cette ligne ne passe pas au bon endroit. Il est certain que l'enfouissement sur 10 km dans des chemins existants, comme le demandent la MRC et St-Adolphe, aurait réduit considérablement les impacts paysagers en plus de créer des risques d'érosion beaucoup plus faciles à gérer qu'en sommet de montagnes, sur des flancs escarpés de collines et dans un secteur comptant de nombreux lacs. Aujourd'hui, le projet a été autorisé, la bête est libérée, et le ministère de l'environnement ne disposque que de ridicules amendes et avis de non-conformités pour tenter de la contenir. Que fait la bête ? Elle s'en moque et saccage à qui mieux-mieux. Quel gâchis ! Quel honte pour le Québec ! Honte aussi de voir un gouvernement qui ne respecte pas les engagements pris pendant la campagne électorale et visant à corriger le grand préjudice causé par ce projet à St-Adolphe, à ses citoyens et à son environnement.

  • Denise Payette - Abonnée 14 novembre 2018 09 h 47

    Un gâchis annoncé !

    Ce qui arrive aujourd'hui était prévisible. En 2013 et à nouveau en 2017, les citoyens du Lac des Trois Frères ont communiqué avec Hydro-Québec pour partager leurs inquiétudes quant aux risques de pollution par déversements de sédiments. Le territoire très accidenté était mal choisi pour recevoir ce type de projet. La propositon d'enfouissement dans un chemin existant aurait permis de diminuer de façon importante ces risques en limitant au minimum le déboisement. Les coûts invoqués étaient somme toute négligeable (une augmentation de 18 cents par année sur une facture annuelle de 1200$). Le gouvernement précédent a permis que ce gâchis se réalise mais le gouvernement actuel a la responsabilité de le stopper et de le corriger. Un mauvais projet pour l'environnement, les citoyens, le développement durable demeurera toujours un mauvais projet. Des lignes ont été démantelées dans le passé (ex.: Grondines) et reconstruites. De nouveaux importants épisodes de déversements sont annoncés pour le printemps. La CAQ, comme promis, se tiendra-t-elle debout devant Hydro-Québec pour exiger que ce projet soit repensé ?

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 14 novembre 2018 10 h 13

    Sommes-nous en Amazonie?

    Je ne comprends pas qu'on puisse faire autant de dégâts. Hydro-Québec n'est est pas à ses premiers pylônes et à ses premières caractérisations environnementales de lots. Les travaux doivent être rapidement interrompus et les dégâts réparés. L'on ne moque des avis d'infractions et des amendes. Encore une fois, l'une des agences gouvernementales se moque des lois.

  • Sarah Perreault - Inscrite 14 novembre 2018 10 h 35

    Une bête qui saccage dans les «normes de l'illégalité»

    Il est consternant de voir à quel point les représentants d'HQ banalisent la situation, comme s'ils polluaient l'environnement de St-Adolphe et de la région, dans les normes de l'illégalité. C'est illégal, point final ! Quant au tracé, HQ dispose de critères pour localiser se lignes avec le moins d'impacts possible sur le plan environnemental et paysager. Ceux-ci figurent dans la Méthode paysages d'HQ. Or, une analyse réalisée par l'auteur de cette méthode a démontré clairement que bon nombre de ces critères ne sont pas respectés dans le projet du Grand-Brûlé. Autrement dit, selon les propres critères d'HQ, cette ligne ne passe pas au bon endroit, soit sur des sommets de montagnes, des versants exposés de collines et à moins de 50 mètres de certains lacs et cours d'eau. Et tout cela, en zone habitée et récréotouristique. L'enfouissement sur 10 km dans des chemins existants, tel que demandé par St-Adolph et la MRC, aurait certainement permis de réduire considérablement les impacts paysagers de ce projet en plus de générer des risques d'érosion beaucoup plus faciles à gérer pour HQ. Quel gâchis ! Et quelle honte de voir un gouvernement ne pas respecter des engagements pris auprès de la population pendant la campagne électorale. Aujourd'hui, le projet est autorisé, la bête est lâchée en liberté. Et le ministère de l'Environnement ne dispose que de mingres amendes et avis de non-conformités pour tenter de la contenir. Que fait la bête ? Elle semble bien s'en moquer et continue de saccager le territoire.