50 millions pour attirer l’immigration francophone dans le ROC

Au cabinet du ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, on assure que le Québec continuera de déployer des efforts pour attirer les francophones, mais on souligne qu’il est déjà bien outillé.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Au cabinet du ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, on assure que le Québec continuera de déployer des efforts pour attirer les francophones, mais on souligne qu’il est déjà bien outillé.

L’offensive d’Ottawa pour attirer des immigrants francophones dans le reste du Canada pourrait forcer le Québec à faire de même s’il ne veut pas se faire damer le pion par les autres provinces.

Mercredi, le gouvernement fédéral a annoncé qu’il allait consacrer près de 50 millions de dollars, déjà prévus au budget, à la création d’un guichet unique de services « pré-arrivée » pour les futurs immigrants francophones et au soutien des organismes de francisation et d’intégration dans les provinces autres que le Québec. L’objectif est d’atteindre la cible de 4,4 % d’immigrants parlant français d’ici 2023, selon le Plan d’action visant à accroître l’immigration francophone au Canada. Le nombre annuel d’immigrants économiques d’expression française dans le reste du pays augmente en effet à pas de tortue. En 15 ans, il est passé de 850 à 2400.

42%
C’est la proportion de francophones que le Québec a attirés en 2017.

« Le gouvernement [Legault] devrait faire davantage, non pas uniquement pour la sélection mais pour l’intégration de l’immigration francophone », a soutenu Marie-Thérèse Chicha, professeure à l’École des relations industrielles de l’Université de Montréal et spécialiste des questions d’immigration et d’emploi. « Si on va chercher et sélectionner ces immigrants et qu’on ne les intègre pas bien au marché du travail, c’est là qu’ils vont vouloir aller dans les autres provinces. » Mme Chicha rappelle qu’à l’heure actuelle, les pires taux de chômage chez les immigrants sont ceux des personnes venues d’Afrique francophone et du Maghreb, qui parlent pourtant français à leur arrivée.

Problème d’attraction

Le Québec a de plus en plus de difficulté à attirer les immigrants francophones. Au cours des cinq dernières années, leur proportion est passée de 62 % à 42 %, une diminution qui peut néanmoins s’expliquer par l’arrivée en grand nombre de réfugiés syriens en 2016 et en 2017. Mais même en s’intéressant à la catégorie des immigrants économiques, sélectionnés sur la base de leur connaissance du français, on constate qu’ils sont de moins en moins nombreux à parler la langue de Molière en arrivant au Québec, soit 67 % en 2012, en baisse à 53 % en 2016. On est loin de la cible de 85 % que le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion s’était fixée.

53%
C’est la proportion d’immigrants économiques d’expression française arrivés au Québec en 2016.

Pour Mia Homsy, directrice de l’Institut du Québec, le Québec devra faire mieux, notamment en améliorant sa nouvelle déclaration d’intérêt, un système de sélection qui remplace celui du « premier arrivé premier servi » pour les travailleurs qualifiés qui veulent immigrer. « On essaie de faire comme le fédéral, mais on a de la misère à mettre [la déclaration] en oeuvre en raison de problèmes techniques. Tout le monde le sait au gouvernement. Va falloir régler ça », souligne-t-elle.

Le gouvernement [Legault] devrait faire davantage, non pas uniquement pour la sélection mais pour l’intégration de l’immigration francophone. [...] Si on va chercher et sélectionner ces immigrants et qu’on ne les intègre pas bien au marché du travail, c’est là qu’ils vont vouloir aller dans les autres provinces.

 

Si l’offensive du fédéral est certainement « un incitatif » pour le Québec à mettre des structures en place pour mieux intégrer les immigrants, Martin Pâquet, historien et titulaire de la Chaire pour le développement de la recherche sur la culture d’expression française en Amérique du Nord, se demande toutefois à quel point cela est une priorité pour le nouveau gouvernement caquiste. « Ce sont des gens qui s’intéressent à la dimension économique, mais on dirait que pour ce qui est de la culture, de l’éducation, l’intérêt est un peu moins présent. J’espère que je me trompe. »

85%
C’est la proportion d’immigrants d’expression française que cible le gouvernement du Québec.

Au cabinet du ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, on assure que le Québec continuera de déployer des efforts pour attirer les francophones, mais on souligne qu’il est déjà bien outillé. « Le Québec dispose déjà d’un vaste réseau de partenaires en francisation et en intégration qui font le travail dont il est question dans l’annonce du fédéral. Nous avons aussi un réseau de partenaires à l’étranger et des services en ligne », a indiqué Marc-André Gosselin, attaché de presse du ministre Simon Jolin-Barrette. Ce dernier est d’ailleurs déjà entré en contact mardi avec son homologue fédéral, Ahmed Hussen, et le ministre des Affaires intergouvernementales, Dominic LeBlanc, pour travailler sur certains dossiers.

15 commentaires
  • Julian Reid - Inscrit 12 novembre 2018 03 h 21

    Une bataille?

    Le Québec et l'ROC, enemies
    ? Fatigant AF.

  • Léonce Naud - Abonné 12 novembre 2018 03 h 47

    Québec : pour un Ministère de l'Intégration

    Le Québec se ridiculise d'emblée avec le nom même du « Ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion », honteuse profession de foi à la vision multiculturaliste Canadian pourtant exécrée par la majorité des Québécois.

    Puisque Jean Charest lui-même a déclaré solennellement le 9 mai 2007 dans son Discours inaugural à l’Assemblée nationale : « Il n’y a qu’un seul Québec, une seule nation », le nouveau gouvernement devrait s'en trouver dédouané et faire preuve de franchise avec les néo-Québécois en prenant exemple sur Israël dont le « Ministère de l’Intégration » (auparavant Ministère de l'Absorption) établit clairement la destinée de tout un chacun.

    • Serge Lamarche - Abonné 12 novembre 2018 14 h 29

      Israël est un pays fasciste.

  • Denis Paquette - Abonné 12 novembre 2018 04 h 26

    ne sommes nous pas en train de vivre une pseudo démocratie

    n'est il pas dangereux pour le fédérale de se servir de l'émigration pour arriver a ses fins , sous le couvert d'une pseudo démocratie, n'est ce pas tout a fait faciste, enfin je pose la question

  • Gilles Bousquet - Abonné 12 novembre 2018 06 h 29

    Oui, ça prend plus de francophones dans le ROC...

    Autrement, nos Canadiens anglophones qui apprennent le français, sont en danger de le perdre, faute de le pratiquer avec des Francophones..

    • Serge Lamarche - Abonné 12 novembre 2018 14 h 30

      C'est ironique mais il semble qu'une tranche anglaise vient à la rescousse du français malgré le chiâlage de certains québécois racistes.

    • Christiane Gervais - Abonnée 13 novembre 2018 05 h 41

      Respecter la langue française et ceux qui la parlent n'est pas du racisme, ni refuser que le Québec s'anglicise davantage Serge Lamarche.

      L'anglais est une langue, tout comme les religions, ce n'est pas une race.

  • Yvon Montoya - Inscrit 12 novembre 2018 06 h 55

    Excellente nouvelle.

    À cela on ajoute la recherche de nombreux infirmiers français pour le Québec. L’immigration pour une Amérique issue de l’immigration (après le colonialisme occidental qui a pris tous les territoires américains aux peuple premiers) est toujours une très bonne nouvelle.