Montréal devrait se doter d'un inspecteur à la diversité

Le comité consultatif sur la diversité espère que ses recommandations ne resteront pas lettre morte.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le comité consultatif sur la diversité espère que ses recommandations ne resteront pas lettre morte.

La Ville de Montréal devrait se doter d’un commissaire-inspecteur de la diversité avec de réels pouvoirs coercitifs, un peu à l’image du poste d’inspecteur général que l’ex-maire Denis Coderre avait créé pour surveiller les contrats. C’est ce que recommandent les membres de la Table sur la diversité, l’inclusion et la lutte contre les discriminations, mise sur pied par l’administration municipale en mars dernier.

Selon les informations obtenues par Le Devoir, Montréal devrait aussi procéder à l’évaluation annuelle du Programme d’accès à l’égalité (PAE) en emploi, rendre plus inclusif son processus de recrutement et d’embauche et se doter d’un slogan sur la diversité, un peu comme l’a fait Londres avec son « London is open ». Ce ne sont là que quelques « actions structurantes » qui ont été présentées au directeur général de la Ville, Serge Lamontagne, nouvellement entré en poste cet été.

« Ça peut être regarder comment la Ville s’emploie à diffuser et faire connaître les opportunités d’emplois et voir si on rejoint suffisamment les personnes racisées. Ne faudrait-il pas revoir la façon d’ouvrir les postes ? » demande la sociologue Myrlande Pierre, présidente de la Table sur la diversité. Elle aimerait par exemple voir plus de minorités visibles atteindre les plus hautes sphères de l’administration, notamment chez les cadres et les gestionnaires. « Plus on monte en hiérarchie et plus ça devient homogène », déplore-t-elle.

Également membre de la Table sur la diversité, l’avocate Mai Chiu, qui parle au nom de la communauté chinoise qu’elle représente, constate qu’il y a encore peu de diversité dans les campagnes de recrutement en emploi. « J’ai vu la publicité pour embaucher des pompiers et je n’ai pas vu beaucoup de diversité là-dedans, a-t-elle dit. Et là, il y a une campagne de recrutement pour des techniciens de la STM et je n’ai pas vu non plus de phrase clé ou de message spécifique aux gens de la diversité. »

La Table sur la diversité recommande également la création d’une direction exclusive à la diversité et aux droits de la personne « qui veillerait à la transversalité de ces enjeux dans toute l’administration municipale ». Cette dernière a déjà été réalisée en partie puisque les « sports » sont désormais séparés de « la diversité sociale », selon ce qu’a annoncé la Ville la semaine dernière. Le nouveau Service de la diversité sociale et de l’inclusion intégrera le Bureau d’intégration des nouveaux arrivants (BINAM). Certains membres de la Table ont toutefois tenu à rappeler que la diversité ne rime pas uniquement avec immigration, mais également avec autochtones, personnes handicapées et LGBTQ.

En attente de « concret »

Les membres de la Table sur la diversité, qui n’ont qu’un pouvoir de recommandation, insistent pour que leurs idées mènent à des résultats « concrets et tangibles ». « On veut vraiment faire des propositions concrètes pour que l’égalité soit réelle et qui vont mener à certains changements de paradigmes. Ce sont des changements en profondeur que la Table veut apporter », a dit Myrlande Pierre.

L’avocate Mai Chiu, qui représente la communauté chinoise à cette même table, assure qu’il y a un consensus de la part des membres sur ce point. « On ne veut pas que faire des recommandations qui seront tablettées et qui vont accumuler la poussière. On veut qu’elles soient réellement implantées. »

Mais déjà, elle constate que la bureaucratie est lourde et déplore le rôle de simple conseiller du comité. Qu’en est-il du centre culturel pour la communauté chinoise ? De la construction d’une toilette publique sur une petite place du Quartier chinois ? « La communauté chinoise me demande ce qu’on fait et ce qui arrive avec certains dossiers et on ne peut pas leur répondre parce qu’on ne sait rien. Elle pense que j’ai un pouvoir, mais ce n’est pas nous qui décidons. »

Myrlande Pierre croit toutefois toujours avoir l’écoute de l’administration Plante. « L’importance de notre Table m’a été réitérée plusieurs fois par la mairesse elle-même et par la présidente du Comité exécutif et responsable du dossier de la diversité. Nos recommandations sont prises au sérieux », estime-t-elle. Mais les moyens financiers devront suivre dans le prochain budget.

La Table sur la diversité a le mandat de travailler en sous-comité sur quatre priorités, soit la formation des employés aux enjeux de la diversité, le développement économique et entrepreneurial, le profilage racial et social et la représentation de la diversité. Une annonce publique au sujet de l’une de ces priorités est attendue fin novembre. Le rapport synthèse définitif devrait être déposé en juin 2019.

7 commentaires
  • Léonce Naud - Abonné 1 novembre 2018 06 h 20

    Qu’est-ce au juste que la « diversité » ?

    Maintenant que le concept ethno-racial de « communautés culturelles » a été mis en pièces y compris dans sa mère-patrie l'Angleterre, les esprits qui trouvent convenable l’apparition ou le maintien au Québec de ghettos ethniques, raciaux, religieux, linguistiques, voire néo-tribaux se replient maintenant sur le concept de « diversité » et s’en font les thuriféraires. L'Ethnie ou la Race plutôt que la Citoyenneté, la Croyance plutôt que la Raison, l'Anglais plutôt que le Français, la Génétique ou le Sang sacralisé prévalant sur le métissage et l’Égalité citoyenne au sein d'une même communauté nationale.

    Cette défense et illustration d'une « diversité » de races ou d'ethnies est tout aussi annonciatrice de conflits futurs que les autres qui l’ont précédée. D'ailleurs, en dehors de ces pays qui ont fait autrefois partie de l'Empire britannique, existe-t-il une seule juridiction sur la planète qui ne soit ni anglophone ni protestante et où l’État lui-même soutient de quelque façon que ce soit une telle philosophie porteuse de divisions puis de querelles sans fin, et éventuellement de bien pire.

    Au Québec, l’immense majorité de la population – y compris les néo-Québécois – partage plutôt le message solennel du Premier ministre Jean Charest lors du Discours inaugural à l’Assemblée nationale, le 9 mai 2007 : « Il n'y a qu'un seul Québec, une seule nation ».

    • Christiane Gervais - Abonnée 1 novembre 2018 11 h 14

      Un seul Québec, une seule nation, une seule citoyenneté, non pas un regroupement de tribus, et de représentants auto-proclamés de ces tribus, qui crient plus fort les unes que les autres...

  • Gilles Bonin - Abonné 1 novembre 2018 08 h 06

    Si.

    Peut-être ou pas judicieux... Mais à voir les choses aller dans nos chères démocraties, il apparaît «nécessaire» - trop souvent nécessaire?, de nommer (remarqué, pas élire mais nommer et heu... par qui? Souvent par les élus ou quelques élus???. Il faut un directeur du budget pour avoir l'heure juste sur l'état des finances gouvernementales, un inspecteur pour contrôler les élus ou fonctionnaires qui ont justement pour fonction de faire un «job» honnête et professionnel. Il faut de plus en plus un grand frère pour contrôler tout et n'importe quoi (souvent tout et n'importe quoi «à la mode») pour pallier aux déficiences des élus et fonctionnaires ou dirigeants - UPAC, Protecteur du citoyen, Directeur du budget, un nouvel inspecteur ici de la diversité, et on a le (me souviens plus de son appellation) sur le racisme, la toxicomanie, les itinérants, etc, etc, etc. Ça ne commence pas à vous interpeller un tout petit peu?

  • Marc Davignon - Abonné 1 novembre 2018 08 h 29

    C'est beau la diversité.

    Tous sont très instruits. Beaucoup d'avocat, de «PHD», de maitrise, de bac, de directeur d'entreprise. Tous de très honorable personne ayant un parcourt extraordinaire.

    Où est la plèbe? Non! Non! L'intégration ne se fait pas selon la pauvreté ou la richesse (quoique!), elle se fait selon le «niveau de racisation» (spontanément, comme ça).

    N'oublions pas la lutte contre la discrimination (car, il est long ce titre). Cette lutte se fait aussi avec ce même critère? La «racisation» de l'être?

    Il y a, ici, une dérive idéologique : « Plus on monte en hiérarchie et plus ça devient homogène » (Mme Pierre).

    Il y a peut-être une explication «mathématique» dans cette révélation, à vous de la découvrir.

    Soulignons le terme «monte» qui nous renvoie à une notion d'être au-dessus de quelque chose, au-dessus des autres! Au-dessus de la plèbe!

    Cette personne a oublié «l'homogénéité» de la pensée. Plus on monte, plus on pense comme il faut que l'on pense pour monter.

    Enfin, ce n'est pas une table de «concertation», ça devient un «lobby» : [...]l’avocate Mai Chiu, qui parle au nom de la communauté chinoise qu’elle représente[...].

    On fait quoi là?

  • Dominique Vadeboncoeur - Inscrit 1 novembre 2018 11 h 39

    Quand tu ne veux pas

    Quanfd tu ne veux pas cotoyer ce qu'on appelle les Québécois, tant politiquement que socialement, quand , outre t'isoler en communautés, tu vote de front à l'inverse de tout ce qui n'est pas de Mtl, faut se poser la question. Car s'il y avait un désir sincère et réel d'intégration, on ne discuterait pas d'un inspecteur de la diversité.

  • Loyola Leroux - Abonné 2 novembre 2018 14 h 26

    Une autre patente pour récompenser les petits amis.


    Dans un an, imaginez quoi, ils demanderont des adjoints, une extension de mandat, plus de fonds, etc. C'est du lamarkisme a l'envers. Pour lui, le transformisme explique l’évolution des etres vivants, comme la sélection naturelle pour Darwin. Pour le transformisme ‘’la fonction crée l’organe’’, c’est a force de s’étirer le cou pour manger que le cou de la girafe a grandi.

    Dans une société bureaucratique c’est l’inverse. C’est ‘’l’organe qui crée la fonction’’. Il suffit de créer un poste de sexologue ou de responsable du harcèlement dans un cégep et après une année, la responsable demandera une secrétaire, une professionnel etc.

    • Serge Pelletier - Abonné 2 novembre 2018 17 h 02

      En plein cela... Des postes pour les petits amis des petits amis. Une fois que la table est dressée, impossible d'annuler le souper. Pire, le nombre de convives grossit, grossit...
      Combien en avons nous qu QC de ces bébelles bureaucratiques... Toutes avec une structure qui frise le ridicule...
      MAIS TOUJOURS AUX FRAIS DU CONTRIBUABLE.