Le Québec multiplie ses tentatives de séduction auprès des touristes chinois

Le Québec multiplie les offensives pour attirer une part des 75 millions de Chinois qui voyagent désormais outre-frontières. Toute l’industrie touristique tente de se mettre au diapason de ces nouveaux voyageurs, dont le nombre est appelé à bondir, été comme hiver.

Meilleure desserte aérienne, boom économique au pays de Confucius et montée en flèche de Chinois assez nantis pour voir le monde… En cette année qui se termine par « 8 », chiffre chanceux pour les Chinois, les astres semblent parfaitement alignés pour démontrer qu’Ottawa et Pékin ne s’y sont pas trompés en la décrétant Année du tourisme Canada-Chine.

À la faveur du Nouvel An chinois, on prévoit d’ailleurs cette semaine un pic de fréquentation des touristes venus de l’Empire du Milieu, et le Québec déploie le tapis rouge pour attirer cette manne, espérant lui vendre ses quelques arpents de neige. Fin janvier, 65 voyagistes chinois ont d’ailleurs été reçus en grande pompe au Québec par les principaux acteurs de l’industrie touristique, dans le cadre d’une vaste opération destinée à dévoiler les charmes nordiques de la Belle Province.

Lors du Sommet touristique Canada-Chine, tenu en présence de l’ambassadeur de Chine au Canada, du consul général de Chine à Montréal et d’autres dignitaires, 250 représentants de l’industrie ont joué leur va-tout auprès de ses invités, à la faveur de quelques dim sum, en cette année de rapprochement touristique entre les deux pays Selon Yves Lalumière, président-directeur général de Tourisme Montréal, le marché chinois représente « une manne » pour les 25, voire les 50 prochaines années. 

La Chine est le pays qui voyage le plus, qui connaît la plus grande croissance, et c’est le premier pays au monde pour ses dépenses touristiques : 292 milliards $US, presque le double de celles des États-Unis. Et nous, on veut une part de ça.

 

Car contrairement aux touristes français, les Chinois ne logent pas chez des parents ou des amis. « Ils vont à l’hôtel, mangent au restaurant, et le magasinage représente 62 % de leurs dépenses », dit le p.-d.g. En 2016, les retombées globales de ces visiteurs convoités dans l’économie canadienne étaient estimées à 1,5 milliard.

Les icônes touristiques, comme l’oratoire Saint-Joseph et la basilique Notre-Dame, ont la faveur de ces voyageurs, mais aussi les paysages naturels. « Ils passent d’ailleurs autant de temps à Montréal qu’en région, à Québec qu’aux baleines », ajoute Yves Lalumière.

La ville de Québec, elle, profite du mégarayonnement de la télésérie-culte sud-coréenne Goblin: The Lonelyand Great God (vue par environ 250 millions de téléspectateurs en Asie), où elle fut tournée. Touristes chinois et nord-coréens convergent vers la fameuse « porte rouge », un des sites phares de la série, située à deux pas du Théâtre du Petit Champlain. « Oui, depuis un an, il y a une croissance majeure des marchés de la Chine et de la Corée, qui n’ont pas peur de notre hiver », explique Robert Mercure, directeur général du Fairmont Le Château Frontenac, l’hôtel qui a hébergé l’équipe de tournage et offre depuis un «forfait Goblin» aux touristes asiatiques.

Séduire l’honorable visiteur

Se faire connaître des voyageurs potentiels chinois, courtisés à qui mieux mieux par plusieurs pays du globe, n’est toutefois pas une mince affaire… Tourisme Montréal et l’Alliance de l’industrie touristique du Québec (AITQ) travaillent avec Destination Canada pour multiplier les missions de promotion en Chine. Une offensive pour « vendre » les expériences touristiques propres au Québec a été déployée sur Sina Weibo, le numéro un des réseaux sociaux chinois, qui compte 400 millions d’abonnés.

Photo: Francis Vachon Le Devoir Bientôt sur Weibo, un «selfie» à la tire d’érable dans une cabane à sucre près de Trois-Rivières. 

« Nous sommes en concurrence avec les pays d’Asie, première destination des Chinois, puis l’Europe. On a repositionné la mise en marché pour faire valoir plus que nos icônes et pour nous distinguer des autres grandes villes américaines », affirme François G. Chevrier, vice-président de l’AITQ.

« Notre but, c’est d’établir un pont entre les deux pays. Ils sont capables de voyager et nous sommes prêts [à les recevoir] », affirme Martine Jing, directrice de Sinorama.

Pousses de bambou

Deux ans après l’ouverture de liaisons aériennes directes entre Montréal et Pékin et un an jour pour jour après le lancement du vol Shanghai-Montréal, le nombre de Chinois qui débarquent au Québec s’est multiplié comme des pousses de bambou, dirait-on en Chine. De 83 000 en 2015, le nombre d’arrivées en provenance de Chine à l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau est passé à plus de 170 000 en 2018. Avant ces vols directs, elles n’étaient pas plus de 15 000 par année.

Mais pour attirer davantage de Chinois au Québec et au Canada, il faudra faire encore plus. « Il faut permettre aux deux peuples de mieux se connaître et augmenter les flux de touristes — en fait les doubler d’ici 2025. Il faut notamment améliorer les capacités d’accueil, la formation du personnel, etc. », insiste Wenting Yang, directrice de l’Office national du tourisme de la Chine (CNTO) à Toronto.

Un avis partagé par Jean-François Lépine, directeur des représentations internationales du Bureau du Québec à Shanghai, qui affirme que même si on commence à récolter les fruits des millions investis pour draguer la clientèle chinoise, il faudra redoubler d’énergie pour maintenir cette vague. Les Chinois, dit-il, sont des consommateurs très convoités par le monde entier.

Cette année, pour le congé du Nouvel An lunaire, la destination numéro un des consommateurs chinois est le nord du Japon, notamment l’île enneigée d’Hokkaido. L’an dernier, les vacanciers chinois ont plutôt mis le cap sur Moscou grâce aux campagnes soutenues menées par la Russie, affirme le représentant du Québec.

« En plus des vols quotidiens, des hasards comme la série Goblin ont amené beaucoup de Chinois à s’intéresser au Québec. Mais nous restons peu connus d’eux en général », affirme le délégué, qui a travaillé d’arrache-pied à l’ouverture de la liaison Shanghai-Montréal. Une troisième liaison pourrait voir le jour, dit-il, et on a bon espoir qu’une autre télésérie fantastique, cette fois chinoise, tournée ici et financée en partie par le Québec, puisse créer un autre « effet Goblin » dans les années à venir.

Un grain de riz dans le soulier

Reste que l’ambassadeur de Chine au Canada, Lu Shaye, et le consul général de Chine à Montréal, Peng Jintao, ne ratent pas l’occasion de souligner, poliment, que des irritants dans l’émission des visas limitent toujours la venue de Chinois au Canada et au Québec. « Le monde est grand. Or, l’obtention de visas canadiens pour les Chinois est toujours difficile », insiste le Consul général. En coulisse, des tensions diplomatiques viennent encore teinter la politique d’ouverture officielle prônée par les deux pays.

Plus de 1,8 million de Canadiens ont des origines chinoises, et le mandarin et le cantonais sont les langues les plus parlées ici après l’anglais et le français. La Chine est aussi est le deuxième partenaire commercial du Canada et le troisième pays émetteur de touristes au Canada. C’est pourquoi Tourisme Montréal vise l’accueil de 125 000 touristes chinois en 2018. Pour l’instant, la fréquence actuelle des vols n’en permet pas plus. « Maximiser le nombre de fréquences au Canada et à Montréal sera l’enjeu de 2018-2019 », estime M. Lalumière.

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