Des accusations toujours réclamées

Fredy Villanueva
Photo: La Presse canadienne Fredy Villanueva

Huit ans plus tard, il n’est pas oublié. La famille de Fredy Villanueva et des prochesse sont rassemblés mardi soir à proximité de l’endroit où le jeune homme est tombé sous les balles d’un policier, le 9 août 2008. En plus des sympathisants, trois autres femmes proches de personnes tuées par des policiers étaient sur place pour réclamer justice et critiquer le nouveau Bureau des enquêtes indépendantes (BEI).

« Ce sont encore des policiers qui enquêtent sur des policiers », a dénoncé Bridget Tolley, la gorge serrée, mais la voix forte. Sa mère, Gladys Tolley, est morte sous les roues d’une autopatrouille de la Sûreté du Québec (SQ) il y a 16 ans. « C’est son anniversaire aujourd’hui, elle aurait eu 76 ans. » Ayant demandé à maintes reprises qu’il y ait enquête sur la mort de sa mère, elle affirme n’avoir essuyé que des refus.

À ses côtés, des membres solidaires de la coalition Justice pour les victimes de bavures policières ont également témoigné. « Je suis là pour dire que des injustices comme celles-là, ça ne passe plus. On veut une enquête, on veut des policiers imputables, on a un deuil à faire », a déclaré Dominique Bernier. Elle est la mère de Brandon Maurice, mort en novembre 2015 à l’âge de 17 ans, après avoir été intercepté par des policiers. « Personne ne nous a encore confirmé qu’une enquête aurait lieu », a-t-elle ensuite confié au Devoir.

Les membres de cette coalition, en augmentation depuis sa création en 2010, reprochent au BEI d’avoir choisi des enquêteurs trop proches du milieu policier. « Sur 18 personnes, 14 ont soit déjà été des policiers, soit travaillé pour des corps policiers », a précisé Alexandre Popovic, proche de la famille Villanueva. Également porte-parole de la Coalition contre la répression et les abus policiers (CRAP), il dénonce cette surreprésentation. « Après une longue carrière dans la police, ce n’est pas vrai que tu changes de mentalité », ajoute-t-il.

Il a lui-même déposé une plainte criminelle contre l’agent Jean-Loup Lapointe en août 2013. « La greffe [du Palais de justice de Montréal] m’avait alors avisé que le délai maximum pour une pré-enquête serait d’un an. » Trois ans plus tard, il reste sans nouvelle.

« Je suis patient, mais il faut que je trouve quelqu’un prêt à intervenir », poursuit-il. M. Popovic a donc fait parvenir une lettre à la ministre de la Justice Stéphanie Vallée. Il souhaite qu’elle intervienne auprès du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) afin d’obtenir une révision de la décision de ne porter aucune accusation contre l’agent du Service de police de la Ville de Montréal qui a tiré sur Fredy Villanueva. Il considère que le DPCP a « instrumentalisé les propos d’un témoin civil pour blanchir un policier », et invoque l’affaire Nicholas Thorne-Belance, dans laquelle la ministre Vallée est intervenue.

4 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 10 août 2016 08 h 51

    S'agit-il d'une 'bavure' policière ?

    Lorsque quelqu'un est tué alors qu'il tentait d'empêcher un policier _au sol_ tentant de maitriser un suspect, est-ce bien une bavure policière ?

    Même en présumant que l'arrestation de Freddy était du harcèlement policier, le citoyen a-t-il le droit de s'opposer physiquement à l'arrestation qu'il juge inappropriée d'un autre citoyen ?

    • Marc Lacroix - Abonné 10 août 2016 20 h 35

      @ «JP Martel

      La réponse à votre question est : "Non"

      Le jeune Villanueva a voulu se montrer brave et jouer au dur; il est mort! Les policiers ne sont pas des surhommes, ils sont soumis au stress et doivent prendre des décisions sur-le-champ, pas tranquillement dans un bureau deux heures plus tard..., il peut en résulter des erreurs, mais au départ Freddy — aurait dû — rester tranquille.

      Je suis surpris qu'avec l'histoire douteuse du frère de Freddy, ce dernier n'ait pas été retourné dans son pays d'origine. Il ne faut pas trop charrier et exiger des policiers des comportements de robot et accepter n'importe quoi comme comportement de la part de "citoyens supposément ordinaires" comme les deux frères qui jouaient dans des milieux douteux comme les gangs de rue.

  • Pierre Fortin - Abonné 10 août 2016 10 h 22

    Responsabilité et imputabilité policières


    C'est clairement celui qui est armé qui détient l'autorité et le pouvoir. C'est donc à lui qu'incombe la plus lourde responsabilité, celle de protéger les vies, toutes les vies.

    La peur pour soi n'est pas une justification pour manquer à ces hautes responsabilités, surtout s'il y a mort d'homme. D'ailleurs, le coroner n'a pas cru la version du policier Lapointe qui a tiré sur trois personnes en affirmant avoir eu peur d’être désarmé : « Si chacune des personnes impliquées avait fait preuve d’autant de pondération que l’agente Pilotte [la partenaire de l'agent Lapointe] ce soir-là, Fredy Villanueva serait encore vivant ».

  • Johanne Fontaine - Inscrite 10 août 2016 10 h 28

    Similitude

    A Port-au-Prince en Haïti,
    sous Duvalier père-fils,
    le peuple a eu droit
    à une armée d'occupation;
    à Montréal, P.Q.,
    sous Trudeau père-fils,
    la populace a eu droit à l'armée
    and now, à la police
    qui se charge d'occuper
    l'espace public.

    Omnipotente et
    Omnisciente.

    Johanna Fontaine
    St-Alphonse Rodriquez