Le PQ veut une enquête indépendante sur les policiers de la SQ

Plusieurs femmes autochtones ont raconté à Radio-Canada que des policiers de la SQ du secteur de Val-d’Or ont réclamé des faveurs sexuelles, parfois en échange d’argent ou de bière.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Plusieurs femmes autochtones ont raconté à Radio-Canada que des policiers de la SQ du secteur de Val-d’Or ont réclamé des faveurs sexuelles, parfois en échange d’argent ou de bière.

Des policiers de la Sûreté du Québec (SQ) ont enquêté sur leurs propres collègues éclaboussés par des allégations de sévices contre des femmes autochtones en Abitibi.

Les enquêtes sont pratiquement terminées et les dossiers seront transmis sous peu au bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales, a fait savoir le gouvernement jeudi.

Plusieurs femmes autochtones ont rapporté avoir été victimes d’actes de brutalité et même d’agressions sexuelles commis par des agents de la SQ dans le secteur de Val-d’Or, selon ce qu’a rapporté Radio-Canada.

L’émission Enquête diffusée jeudi soir a donné la parole à des femmes autochtones bouleversées. Elles y racontent que des policiers de la SQ ont réclamé des faveurs sexuelles, parfois en échange d’argent ou de bière. Certaines disent avoir été agressées physiquement ou sexuellement dans un boisé, ou même dans un poste de police.

Les allégations ont été signalées au cabinet dès la mi-mai, a indiqué la ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, quand elle a été questionnée en Chambre par l’opposition officielle jeudi matin.

Le chef péquiste, Pierre Karl Péladeau, a réclamé une enquête indépendante pour faire la lumière sur cette histoire. Selon lui, il en va de la confiance de la population à l’égard de la justice et des autorités policières.

« Est-ce que le premier ministre considère que des enquêtes de la Sûreté du Québec sur ses propres policiers seront de nature à rassurer la population ? […] Une enquête indépendante est la seule chose à faire pour rétablir la confiance du public », a dit le chef péquiste.

Lise Thériault a répondu que des enquêtes indépendantes ont été menées, tout en ajoutant qu’elles ont été menées par la Sûreté du Québec, ce qui peut sembler contradictoire.

« À compter de la mi-mai, c’est les enquêtes indépendantes de la Sûreté du Québec qui ont mené… Mais je veux rassurer la population : ce ne sont pas des policiers de Val-d’Or. […] Au ministère de la Sécurité publique, j’ai demandé à mon sous-ministre de demander à quelqu’un de la vérification de nos enquêtes internes », a-t-elle dit.

Le premier ministre Philippe Couillard est aussi venu à sa rescousse. « L’enquête a été rapidement commencée par des personnes qui sont dans les corps policiers, mais indépendants du poste ou du territoire où les éléments ou les incidents se seraient produits », a-t-il dit.

M. Péladeau a réclamé que les enquêtes soient confiées au Bureau des enquêtes indépendantes, la nouvelle instance qui a pour mission de mener des enquêtes sur tout événement impliquant un agent de la paix ainsi que sur des allégations relatives à une infraction criminelle commise par un tel agent.

M. Couillard a toutefois écarté cette requête de l’opposition. Selon lui, cela aurait étiré indûment les délais. « Le Bureau d’enquêtes indépendantes n’est pas encore en place, n’est pas encore fonctionnel. Je pense qu’on aurait été blâmés si on avait dit à cette Assemblée : bien, on va attendre que le bureau soit en place pour commencer l’enquête », a-t-il dit.

Couillard condamne

Le premier ministre a par ailleurs condamné avec fermeté les actes rapportés, même si aucune accusation n’a encore été déposée. Il présume que l’enquête confirmera que des actes répréhensibles ont été commis. « On doit tous non seulement déplorer, mais condamner fortement ces actes — si tant est qu’ils soient corroborés par l’enquête, et on peut présumer qu’ils le seront — et il n’y a aucune tolérance possible dans notre société pour quelque acte d’oppression que ce soit, et particulièrement de la part de personnes qui exercent des fonctions d’autorité», a dit M. Couillard.

Avec Le Devoir

Il n’y a aucune tolérance dans notre société pour des actes [de ce genre]

7 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 22 octobre 2015 17 h 07

    Faire toute la lumière!

    Le Bureau d'enquêtes indépendantes semble avoir de la difficulté à être mis en place. Peu importe, une enquête indépendante de la Surêté doit faire toute la lumière sur une affaire fort troublante. Les choses ne doivent pas traîner.

    M.L.

  • Colette Pagé - Inscrite 22 octobre 2015 17 h 38

    L'omerta de la police ignoré de la Ministre de la sécurité publique !

    Se pourrait-il qu'il soit difficile voire impossible pour les policiers enquêteurs d'enquêter en toute liberté et sérénité sur leurs confrères ?

    Pourquoi les placer dans une telle situation ? Et le bureau des enquêtes indépendantes qui est dans le paysage politique depuis longtemps ? Comment la Ministre de la sécurité publique peut-elle expliquer ce retard ? L'omerta de la police étant bien documenté se pourrait-il que la Sûreté du Québec en retarde l'adoption ?

  • Pierre Schneider - Abonné 23 octobre 2015 06 h 37

    Les grands moyens

    Face à des accusations aussi graves et troublantes, la Sûreté du Québec ne oeut objectivement enquêter sur le comportement de ses membres, la collusion entre policiers risquant de discréditer toute cette enquête qui s'impose.

    Je suggère qu'on fasse appel à un corps policier étranger, pourquoi pas Français ?- pour aller au fond des choses.

  • Gilles Théberge - Abonné 23 octobre 2015 09 h 59

    Comment ça ?

    Le rapport à été déposé en mai au bureau de là ministre!

    Comment se fait-il qu'hier interrogé à la télévision elle semblait surprise?

  • Pierre Beaulieu - Abonné 23 octobre 2015 09 h 59

    En même temps...

    Le reportage de Radio-Canada m'inquiète bien sûr par les conclusions qu'on en tire à première vue, mais aussi à cause du volet qu'on n’a pas couvert: est-ce qu'il y a d'autres gens que les policiers qui font preuve de violence envers les femmes autochtones de la rue? Si oui, qui sont-ils?
    Si l'on enlève les policiers de leurs fonctions de tous les jours en Abitibi, ne serait-ce que le temps d'une enquête, quelles seront les conséquences pour ces pauvres femmes victimes de leurs origines?
    Oui il faut les aider et bien le faire.