Éloge du pape écolo

Pleine de poésie, de philosophie et de ferveur, cette lettre encyclique «sur la sauvegarde de la maison commune» s’avère un plaidoyer écologiste d’inspiration catholique sans concession.
Photo: Vincenzo Pinto Agence France-Presse Pleine de poésie, de philosophie et de ferveur, cette lettre encyclique «sur la sauvegarde de la maison commune» s’avère un plaidoyer écologiste d’inspiration catholique sans concession.

Les gens qui ne lisent pas les exhortations apostoliques ou les lettres encycliques des papes imaginent souvent que ces documents ne sont que des recueils un peu assommants de considérations théologiques abstraites ou d’envolées pastorales convenues. Ils ont tort, surtout depuis que le pape François est aux commandes.

Dans La joie de l’Évangile, publiée à la fin de l’année 2013, le pape se livrait à une charge à fond de train contre le capitalisme débridé, « l’économie [qui] tue » et la « mondialisation de l’indifférence », toutes tendances qui blessent la dignité humaine, écrivait-il en appelant à « la nécessité de résoudre les causes structurelles de la pauvreté ». Le pape, qui soutenait qu’un « évangélisateur ne devrait pas avoir constamment une tête d’enterrement », frappait fort en incitant les catholiques à s’engager pour la justice sociale dans la joie.

Loué sois-tu, qui vient de paraître, s’inscrit dans la même logique. Pleine de poésie, de philosophie et de ferveur, cette lettre encyclique « sur la sauvegarde de la maison commune » s’avère un plaidoyer écologiste d’inspiration catholique sans concession. Le réchauffement climatique, principalement dû à l’activité humaine, ne fait pas de doute, écrit François en déplorant du même souffle les autres formes de pollution, dont les pauvres sont les principales victimes.

La sobriété comme programme

Dénonciation tranchante du « consumérisme obsessif », qui nourrit une destructrice culture du déchet, et du « paradigme techno-économique », qui fait en sorte que « la vie est en train d’être abandonnée aux circonstances conditionnées par la technique, comprise comme le principal moyen d’interpréter l’existence », cette lettre encyclique, qui rappelle que « la nature est pleine de mots d’amour » à accueillir avec délicatesse et modestie, attribue l’inconscience humaine envers l’environnement « à l’idée qu’il n’existe pas de vérités indiscutables qui guident nos vies, et donc que la liberté humaine n’a pas de limites ».

Ce que propose François, dans ce texte solidement argumenté et d’une réjouissante ardeur, c’est une anthropologie à la hauteur de la dignité humaine, à rebours des dérives contemporaines. « Nous ne sommes pas Dieu, clame-t-il. La terre nous précède et nous a été donnée » pour que nous la cultivions et la gardions. Les choses et les espèces qu’elle contient ne sont pas que des ressources à exploiter pour notre bénéfice et ont leur valeur propre.

« Le monde, écrit François à la manière d’Heidegger, est plus qu’un problème à résoudre, il est un mystère joyeux que nous contemplons dans la joie et dans la louange. » En une époque qui a fait du pragmatisme sans conscience et du consumérisme ses codes, une telle formule, bien comprise, a une portée révolutionnaire.

Hymne à la beauté du monde donné, exhortation à une sobriété heureuse et à une solidarité universelle qui écoute « tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres », cette encyclique, magnifique, nous appelle à une exigeante et pressante conversion écologiste.

3 commentaires
  • Jean-Luc Malo - Abonné 13 juillet 2015 09 h 57

    Des bé-mols

    Monsieur,
    Je ne partage pas complètement votre enthousiasme.
    D'abord, on peut reprocher à l'Église son retard d'intervention en la matière. Comme dans plusieurs autres exemples, l'Église est maintenant à la remorque du progrès social alors qu'avant le 20ième siècle, c'était l'Église catholique qui le précédait: les oeuvres sociales, éducatives et hospitalières ont été créées alors par l'Église et la société en a pris charge par après.
    Aussi, on sent des relans d'hostilité à l'égard de la science. En plusieurs endroits, on parle de technique et de science. La meilleure façon d'abaisser le rayonnement de la science, c'est en effet d'y coller des réalisations techniques, terre à terre en quelque sorte, moins prestigieuses car non du ressort du pur esprit inventif.
    Finalement, un des problèmes écologiques est la surpopulation de la planète, un problème que la Chine n'a pas manqué d'affronter courageusement il y a plusieurs décennies. Or, le bon pape François et la hiérarchie ne sauraient en parler, ils ne veulent pas parler assurément de limitation des naissances, une autre question qu'ils n'ont jamais compris puisque l'Église est dirigée par des hommes et non des femmes et non des couples chrétiens.
    Donc, plein de bonnes intentions dans cette encyclique mais aussi des intentions cachées.

    Jean-Luc Malo
    abonné

  • Yvon Bureau - Abonné 13 juillet 2015 14 h 52

    De quoi s'émerveiller

    devant de si belles citations ! De quoi réfléchir et méditer et de quoi se laisser inspirer pour une action plus humaine.

    Merci, Louis, pour ce texte.

    Une utopie me revient souvent : 1e concile écologique...