Une radio pour ressouder la communauté

Mike Dubois
Photo: Valérian Mazataud/Hans Lucas Mike Dubois
Ils étaient bébés ou enfants durant la crise d’Oka. Même s’ils saisissent la pleine mesure de ce traumatisme collectif, ils se sont tournés vers l’action à l’échelle de leur communauté pour améliorer leur avenir. Par l’art, le sport, le journalisme, l’agriculture ou l’activisme, ces jeunes Mohawks revendiquent une nouvelle identité dans l’espace public : plus positive, plus engagée, plus inclusive.


Il n’y a pas de noms de rue affichés à Kanesatake. Pour arriver à la station de radio locale, CKHQ, James Nelson donne deux indications : « Il faut tourner sur Center Road, c’est facile. Nous sommes dans une cabane bleue. »

Sur place, l’ambiance est décontractée, les animateurs des émissions musicales fument des cigarettes sur le petit balcon du bâtiment, sur fond de musique country. James prépare son émission de rock’n’roll, qui commence « vers » 13 h.

Il a vécu la crise d’Oka à travers cette radio, où sa mère travaillait alors, comme jeune adolescent de 14 ans. Le studio était alors devenu le centre névralgique de l’information, et des médias de partout dans le monde téléphonaient.

Après un long silence d’une décennie, CKHQ a repris du service en 2013, d’abord comme « radio pirate », puis avec le permis du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC). James a aujourd’hui 39 ans et caresse le projet d’ouvrir une petite boutique informatique. En attendant, il passe une grande partie de ses journées derrière sa console et son micro.

La station est aussi au centre de la vie de Mike Dubois, 25 ans. « Ce qu’on fait ressoude la communauté. Les gens nous appellent pour nous donner de l’information sur ce qui se passe ou demandent des chansons. Ils passent chercher leurs cartes de bingo, surtout le mercredi quand c’est la soirée pour jouer », dit-il en pointant une voiture qui s’approche.

James aussi a l’impression que les ondes ont fait beaucoup pour rapprocher les Mohawks de Kanesatake : « Des familles ont été séparées durant la crise à cause des divergences d’opinions. Plusieurs personnes ont quitté Kanesatake et ceux qui sont restés leur reprochaient de les abandonner. Mais durant les activités qu’on organise et qu’on annonce à CKHQ, on voit [les membres de] ces familles dans la même pièce, et ils se parlent ! »