Ces géantes en quête de vocation

Le bâtiment nécessite des travaux de 10 millions et l’entretien de base du bâtiment coûte 150 000 $ par an.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Le bâtiment nécessite des travaux de 10 millions et l’entretien de base du bâtiment coûte 150 000 $ par an.

Avec l’appel à l’aide de l’église Saint-Jean-Baptiste de la Vieille Capitale, c’est au tour des plus grandes églises du Québec d’être menacées de fermeture.

Ce n’est pas d’hier qu’on se creuse la tête pour trouver de nouvelles vocations à nos églises. Mais jusqu’à tout récemment, le problème ne touchait pas « ces immenses églises », note Denis Boucher du Conseil du patrimoine religieux. « On commence à voir la situation changer pour elles aussi. »

Mardi, l’abbé Pierre Gingras a confirmé la fermeture de l’église Saint-Jean-Baptiste de l’arrondissement La Cité-Limoilou le 24 mai prochain. La gigantesque église qui domine les faubourgs de la ville ne compte pas moins de 2400 places. Construite entre 1880 et 1883, elle est classée « incontournable ».

C’est l’une des plus belles et des plus grandes de Québec, note la directrice d’Action-Patrimoine, Émilie Vézina-Doré. « Elle fait partie des quatre monstres de Québec avec la basilique, Saint-Roch et Saint-Charles [de Limoilou], dit-elle. Avec ses dimensions exceptionnelles, ça devient tout un défi de l’entretenir. »

Le bâtiment nécessite des travaux de 10 millions et l’entretien de base du bâtiment coûte 150 000 $ par an. Étant donné qu’il s’agit d’un monument historique classé, les travaux peuvent être financés par le ministère de la Culture jusqu’à 80 %. Or malgré les nombreux appels à l’aide des dernières années, les 20 % manquants demeurent introuvables et la fabrique n’a plus les moyens de payer ne serait-ce que les frais de base.

Résigné, l’abbé Gingras explique qu’il n’avait pas le choix. Quand on lui demande s’il a besoin d’un sauveur, il rit malgré tout. « On l’a déjà, mais pas financièrement ! » Étant donné qu’il s’agit d’un monument historique, l’Église n’est pas menacée par les pics des démolisseurs, mais son sort n’en est pas moins incertain. Au-delà de l’aspect religieux, c’est un trésor, plaide le prêtre. « Ces églises-là, ce sont nos châteaux. Ce sont les témoins de notre histoire. »

Rimouski, Trois-Rivières, Montréal

Pendant ce temps, un débat similaire mobilise la communauté de Rimouski. Là-bas, c’est la cathédrale Saint-Germain qui est menacée. Le conseil de fabrique a accumulé un déficit de 700 000 $ et des travaux de 5 millions sont requis sur la structure. Un comité a été mis sur pied pour trouver une solution. On l’a baptisé Comité cathédrale 1862 en référence à son année de construction.

Saint-Jean-Baptiste aussi a un nouveau comité, qui compte des représentants de la Ville, du ministère de la Culture, du diocèse et du patrimoine. Une première rencontre a eu lieu ces dernières semaines. « C’est un dossier important pour nous, mais nous ne sommes pas porteurs du dossier, signale l’attaché de presse du maire Régis Labeaume, Paul-Christian Nolin. On n’a pas encore trouvé de solution, mais tout le monde travaille pour la trouver le plus rapidement possible. »

La décision devra assurément être collective, croit la directrice Émilie Vézina-Doré. « Il va falloir qu’il y ait une action concertée. Ça va prendre une alliance forte », dit-elle. En point de presse mardi, les représentants du diocèse et de la fabrique ont affirmé qu’il restait 10 ans pour agir avant que l’immeuble se dégrade trop.

Ça peut paraître beaucoup, mais ce n’est pas tant que ça, selon Denis Boucher du Conseil du patrimoine religieux. « Ça prend six-sept ans, parfois dix ans pour attacher toutes les ficelles d’un projet et mettre en marche le chantier », dit-il. L’une des conditions gagnantes selon lui est le milieu environnant. Saint-Jean-Baptiste comme Rimouski se trouvent dans des centres urbains et gagneraient à s’arrimer aux besoins du quartier environnant, selon lui.

Il donne l’exemple de l’église Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours à Montréal qui est devenue le théâtre Paradoxe. Une entreprise d’économie sociale l’a acquise pour offrir des services aux jeunes du secteur. « C’est une école des métiers des arts de la scène qui se déploie au sous-sol. Ils utilisent la nef comme salle de spectacle et lieu d’apprentissage. »

Autre exemple intéressant, celui de l’église Sainte-Brigide, toujours à Montréal. « Dans ce cas-là, ce qui est unique, c’est le régime de propriété de type condominium. L’église a été rachetée par un complexe communautaire et chaque organisme est propriétaire de sa partie de l’église. »

 

Opération dormance

Enfin, à Trois-Rivières, l’église Sainte-Cécile a été acquise par une corporation culturelle soutenue par la municipalité. « C’est un centre de diffusion. On peut louer l’espace pour des réceptions, mais c’est aussi un lieu de diffusion pour du spectacle par les gens du quartier. »

En attendant les solutions, l’église Saint-Jean-Baptiste de Québec se prépare à tomber en hibernation. Elle ne sera pas désacralisée, mais fermée au public. En misant sur un entretien minimal, la fabrique croit pouvoir limiter ses coûts à environ 50 000 $ par an, somme qu’elle est capable d’assumer.

Les quelque 200 paroissiens qui la fréquentaient ont été transférés à l’église des Saints-Martyrs-Canadiens dans le quartier Montcalm. « On la laisse en dormance », explique l’abbé Gingras, qui se dit prêt à laisser du temps au milieu pour élaborer un projet. « On va laisser quand même le temps, mais si le temps prend trop de temps, il y a une pancarte qui va apparaître de grande vente du proprio. »

Patrimoine menacé

2756 Nombre de lieux de culte au Québec

164 Nombre de lieux de culte classés

72 Nombre d’églises ayant fermé leurs portes en 2014

Source : Conseil du patrimoine religieux du Québec


À voir en vidéo