Lac-Mégantic en mal de mobilisation

Le fondateur du mouvement Carré bleu, lancé afin d’exiger plus de transparence dans la reconstruction de Lac-Mégantic, constate que le mouvement semble incapable de mobiliser la population.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le fondateur du mouvement Carré bleu, lancé afin d’exiger plus de transparence dans la reconstruction de Lac-Mégantic, constate que le mouvement semble incapable de mobiliser la population.

Le fondateur du mouvement Carré bleu, Jonathan Santerre, est déçu de l’apathie de la population de Lac-Mégantic sur les enjeux de la reconstruction.

 

Une quarantaine de personnes seulement ont manifesté dimanche dans les rues du centre-ville, afin d’exiger une voie de contournement pour le transport ferroviaire.

 

Les manifestants étaient armés de trompettes et de casseroles afin de faire entendre leur voix discordante dans le cadre de ce « grand tintamarre ».

 

Tout ce bruit était toutefois insuffisant pour masquer le silence des Méganticois.

 

« C’est un peu décevant. J’ai l’impression que c’est très difficile de mobiliser les gens en région. Je me demande s’ils n’ont pas baissé les bras », a confié Jonathan Santerre.

 

Le designer se demande s’il ne va pas transformer le mouvement Carré bleu, lancé afin d’exiger plus de transparence dans la reconstruction de Lac-Mégantic.

 

La page Facebook du groupe est un succès, avec quelque 3000 visites par jour. Le Carré bleu est une source d’information sur les enjeux relatifs à la reconstruction (aménagement de la voie ferrée, décontamination, reconstruction du centre-ville, etc.)

 

Mais, pour des raisons qui échappent à M. Santerre, le mouvement semble incapable de mobiliser la population. « Les gens ont peur de se mobiliser, ils ont peur des représailles. J’ai l’impression que les médias s’intéressent plus au Carré bleu que la population. C’est assez décourageant », dit-il.

 

Questions de reconstruction

 

Le mouvement Carré bleu de Lac-Mégantic n’a pourtant rien d’un groupuscule révolutionnaire. Apolitique et pacifiste, il bénéficie du soutien discret de la mairesse Colette Roy-Laroche.

 

La principale revendication des carrés bleus est d’empêcher que la voie ferrée emprunte à nouveau le centre-ville.

 

L’acheteur des actifs de la MMA, la Railroad Acquisition Holding (une filiale de Fortress Investment Group) a l’intention de maintenir le trajet actuel de la voie ferrée, malgré les risques humains et environnementaux.

 

« Je ne comprends pas qu’on puisse reconstruire au centre-ville avec le risque de courir à une nouvelle catastrophe », explique M. Santerre.

 

Le Carré bleu veut éviter la répétition d’un scénario catastrophe comme celui du 6 juillet dernier. Quarante-sept personnes ont été tuées, et le centre-ville de Lac-Mégantic a été rasé à la suite du déraillement et de l’explosion d’un convoi pétrolier de la MMA.

 

Jonathan Santerre estime nécessaire la présence d’un « chien de garde » qui veillera aux intérêts des citoyens dans la reconstruction de Lac-Mégantic. Il craint que les citoyens ne soient mis devant le fait accompli pour des décisions importantes.

 

Lac-Mégantic retrouvera-t-il ses petits commerces d’antan, ou succombera-t-il à la mode des grandes surfaces ? Le centre-ville retrouvera-t-il sa vocation locale, ou deviendra-t-il une destination touristique prisée l’été, et boudée l’hiver ? Autant de questions qui tenaillent Jonathan Santerre, un militant qui se sentait bien seul dimanche.

 

Des investissements

 

La manifestation coïncidait avec le lancement de la semaine de la sécurité ferroviaire.

 

Pour l’occasion, Transports Canada a annoncé la création d’un programme d’aide de 9,2 millions de dollars pour améliorer plus de 600 passages à niveau au Canada. Le gouvernement fédéral financera 50 % du coût des travaux admissibles, jusqu’à concurrence de 550 000 $ par projet.

 

La semaine dernière, la ministre fédérale des Transports, Lisa Raitt, a ordonné l’interdiction immédiate de quelque 5000 wagons-citernes les plus anciens de la classe DOT-111 pour le transport de marchandises dangereuses.

 

Les wagons DOT-111 fabriqués avant janvier 2014 devront également être retirés des rails ou modernisés dans un délai de trois ans.

 

Les wagons DOT-111, peu résistants aux chocs, faisaient partie du convoi de la MMA qui a dévasté Lac-Mégantic.

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