Éviction - Les lofts Moreau seraient rénovés en ateliers d’artistes

Des artistes habitent déjà les lofts de la rue Moreau - qui coûtent autour de 1000 $ par mois -, mais l’immeuble a besoin de rénovations majeures après avoir été négligé pendant plusieurs années.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Des artistes habitent déjà les lofts de la rue Moreau - qui coûtent autour de 1000 $ par mois -, mais l’immeuble a besoin de rénovations majeures après avoir été négligé pendant plusieurs années.

Le maire de l’arrondissement d’Hochelaga-Maisonneuve, Réal Ménard, étudie le projet du propriétaire Vito Papasodaro de rénover les lofts du 2019 de la rue Moreau, dont l’évacuation est prévue le 3 septembre.

 

Dans le cadre de ce projet, les 38 lofts, présentement occupés à majorité par des artistes, seront convertis en 70 unités, sous forme d’ateliers semblables, sans doute, à ceux qu’on trouve présentement dans l’autre ancien immeuble Grover, rue Parthenais, une autre propriété de Vito Papasodaro. Pour la communauté d’artistes qui vit présentement sur les lieux, cette perspective, si elle a la qualité de maintenir la vocation artistique des lieux, vient confirmer le processus d’embourgeoisement du quartier, puisqu’une majorité d’entre eux ne pourront pas se payer de tels ateliers.

 

Les lofts seront évidemment moins spacieux, et leur prix, qui tourne déjà autour de 1000 dollars par mois, risque de grimper, puisqu’ils devront sans doute se conformer cette fois aux normes de la Ville de Montréal.

 

L’ancien édifice de l’usine Grover, sur la rue Moreau, dans Hochelaga-Maisonneuve, a été négligé pendant plusieurs années par son propriétaire. Le 20 juin dernier, le Service de sécurité incendie de Montréal a relevé, après avoir visité l’édifice, que les systèmes de protection contre le feu, les systèmes d’alarme ainsi que les issues de secours étaient déficients.

 

« Lors d’un incendie, il sera difficile d’évacuer tous les occupants et il pourrait même en résulter des pertes de vie », écrivait Pierre Gaudreau, le chef de section à la prévention.

 

Hors de la juridiction de la Régie du logement

 

Rappelons que l’édifice est situé en territoire zoné « industriel », ce qui implique que tous les baux sont commerciaux. Les locataires ne sont donc pas protégés par la Régie du logement. Ce zonage permet que certains lofts soient habités au tiers par leurs occupants, à condition qu’il ne se pratique par exemple aucune menuiserie ou aucune soudure dans l’édifice, ce qui n’est pas le cas présentement.

 

De leur côté, le Comité BAILS d’Hochelaga-Maisonneuve et les locataires actuels mènent une campagne pour la conversion de l’immeuble en coopérative d’habitation.

 

« Les problèmes étaient connus depuis longtemps, dit Jonathan Aspireault-Massé, du Comité BAILS. Pourquoi maintenant ? Pourquoi la Ville n’a-t-elle pas pris des moyens plus sévères contre les différents propriétaires ? Ce sont, encore une fois, les locataires qui en font les frais aujourd’hui. »

 

Le Comité BAILS et les locataires ont déjà annoncé leur intention d’occuper les terrains adjacents à l’immeuble à partir du 1er septembre prochain.