Chacun cherche son yoga

Tout comme le Bikram, le yoga Moksha donne chaud. Le Moksha est enseigné dans une pièce maintenue entre 38 et 41 degrés Celsius.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Tout comme le Bikram, le yoga Moksha donne chaud. Le Moksha est enseigné dans une pièce maintenue entre 38 et 41 degrés Celsius.

L’envie de tenter du yoga vous tenaille ? Vous voulez joindre la cohorte qui se promène de-ci de-là tapis sous le bras ? Le ooooom vous fait envie, mais vous ne savez par où commencer ? Quelques pistes, en bonne compagnie, pour trouver quel yoga vous va.

Hervé Blondon a découvert le yoga il y a plus de quinze ans. Maintenant directeur de l’école Satyam de Hatha Yoga du Vieux-Montréal, il forme des professeurs, et enseigne lui-même depuis une dizaine d’années. Son premier conseil ? Chercher d’abord le contact humain. « Avant de s’attarder à un style, il est bon de trouver son professeur, propose-t-il. Le yoga est aussi un rapport de connexion, de communication. Les deux maîtres qui m’ont formé m’ont plus convaincu par leur aisance personnelle, leurs manières d’être et de voir la vie. Je ne me suis intéressé qu’ensuite à la tradition de leur yoga. »


Le professeur invite ainsi à visiter plusieurs écoles, et même plusieurs cours, « car une même école ne donne pas toujours la même finalité dans toutes ses classes ». Plusieurs écoles proposent un cours d’essai gratuit, certaines offrent une semaine d’introduction au rabais. Un ami passionné conseille, pour ne pas se ruiner dans ce tri, d’acheter pour 20 $ Le guide conscience verte, un livret de bons rabais qui inclut plusieurs écoles de yoga (prochaine édition disponible en juin).


« La pratique doit pouvoir s’adapter à chacun, plutôt que de répondre à une tradition qui implique que tous fassent la même chose en même temps, précise Hervé Blondon. Je conseille de commencer par une forme classique qui respecte l’alignement et l’utilisation et l’accès à des accessoires. Les débutants devraient passer beaucoup de temps debout, pour renforcer le dos, développer les jambes et stabiliser les articulations des chevilles, des genoux, des hanches. »

 

Essentiels accessoires


Iyengar, c’est le maître qui a pensé à utiliser les accessoires pour aider les Occidentaux - issus « d’une culture plus assise » - et proposer une approche en douceur. Pour Hervé Blondon, les accessoires sont essentiels, surtout aux débutants, « pour récupérer une posture, ramener l’intention ou la direction, dégager la respiration, créer l’alignement qui va permettre la future flexibilité et surtout, surtout, ne pas batailler sur une mauvaise posture. Notre éducation occidentale est axée sur la performance, et on sent que, lorsqu’on donne un accessoire à un élève, c’est comme si on le punissait. Alors que c’est souvent la meilleure manière d’accéder mieux, et peut-être plus rapidement, à la posture. »


Apprendre à commencer


Tout yoga peut être bon. « Ça dépend qui le pratique et comment, précise toutefois Blondon. Je ne comprends toujours pas pourquoi le yoga ici se présente sous une forme définitive. Dans un club de karaté ou de tennis, on aurait d’abord des cours sur les katas ou sur la façon de tenir la raquette. Ici les gens se lancent comme s’ils étaient déjà aguerris. » Le professeur suggère, si vous avez la piqûre et passez vite à trois cours semaine, d’oser le cours privé. Pour 60 et 100 $ l’heure, vous saurez vos forces et faiblesses, et sortirez « avec une recette personnelle. » Car même si ce sport est doux, « bien sûr qu’on peut se blesser ! Comme dans tout exercice et dans tout mouvement »…


Petit rappel : « La forme classique du yoga fait partie de la médecine ayurveda, où on considère la constitution de l’individu avant de choisir son yoga. Si on est dans une constitution de feu, avec un caractère de leadership, par exemple, on propose une forme de yoga qui va calmer l’énergie, l’équilibrer. » Et vice-versa. Exemple : les gens intenses vont choisir le yoga chaud, alors que la forme est surtout bénéfique, selon Hervé Blondon, aux gens en surpoids qui ont du mal à se mettre en mouvement, physiquement ou mentalement.


« Dans la tradition classique, on dit qu’on est toujours attiré par ce qui nous ressemble. Que notre premier réflexe est de choisir ce qui aggrave nos maux. L’ayurvéda disait que l’humain est conditionné par son mal-être, et que pour se sentir mieux il va vers ce qui cause le problème. Qu’on parle de yoga chaud, de Vinyasa ou d’une forme statique, aucun yoga n’est mauvais. Mais il est souvent utilisé par la mauvaise personne. »

 

Le hatha yoga est la grande catégorie qui inclut tous les yogas qu’on trouve ici. Il se déploie en plusieurs variations. Cette discipline orientale est à la base une philosophie qui inclut la respiration, la méditation, les chants, une éthique personnelle, sociale et spirituelle en plus du travail du corps. En bons Occidentaux, on favorise souvent l’aspect purement physique. « On peut y aller comme on le ressent, indique le professeur, graduellement ou en touchant un peu à tout. L’essentiel est que ça soit diversifié dans l’approche, sans se perdre dans différents types de yoga, qui peuvent se contredire. » Mieux vaut, une fois qu’on a trouvé un style, rester dans celui-ci ? « Ah oui. Le plus longtemps possible. »


Pour s’y mettre, le tapis est nécessaire, mais la plupart des écoles vous proposent d’en louer un. Pas besoin d’un petit kit à la mode : des vêtements amples qui vous permettent de bouger suffisent pour un essai.


Le yoga chaud est une forme moderne de pratique, et le nom le dit, il se fait dans un studio chauffé. En Moksha, la température est maintenue entre 38 et 41 °C. Le Bikram mise sur une série de 26 postures dans un environnement à 42 °C. La chaleur augmente la flexibilité, la pulsation cardiaque, l’élimination de toxines et la sudation. Les fans en aiment l’intensité. À déconseiller aux cardiaques et à ceux qui ont des problèmes de pression. Et notez qu’il est parfois impossible de se faire parler en français aux deux studios Moksha de Montréal. Prévoyez, impérativement, une bouteille d’eau.


Vinyasa, aussi nommé flow ou power flow : les postures y sont tenues moins longtemps, on y passe sans y rester, les transitions sont plus rapides et liées. Le Vinyasa ressemble davantage à une danse. On répète la salutation au soleil plusieurs fois entre les poses, afin d’augmenter le rythme cardiaque. « Je ne le conseille pas aux débutants : la connexion avec son propre corps est plus difficile à établir parce que ça va plus vite, indique Hervé Blondon. Il y a beaucoup de répétitions qui peuvent jouer sur les mêmes faiblesses du corps en cas de mauvais alignement. »


Ashtanga est une variation du Vinyasa née en 1930 du même inventeur et inspirée par les exercices militaires de l’Inde. On le présente parfois comme du power yoga. Le niveau d’intensité est aussi élevé, comme le nombre de salutations au soleil.


À l’inverse de l’Ashtanga, le Yin yoga garde les postures beaucoup plus longtemps, « jusqu’à 5 à 10 minutes, pour atteindre les fascias, qui demandent un temps d’étirement plus long. Ainsi, le yoga trop rapide n’implique pas d’étirement profond ». Cette longue tenue n’en fait pas pour autant un exercice moins intense : cinq minutes en position du guerrier, par exemple, se révèlent d’une rare exigence.


Des formes hybrides se développent avec la popularité du yoga. Le Kundalini, né dans les années 1960, travaille davantage la respiration, l’énergie et l’émotion, et n’est pas conseillé aux cardiaques. Encore plus récent, on peut nommer l’AcroYoga (avec de l’acrobatie), du YogaDanga (avec de la