Vie de couple : des contradictions à la pelle

Plusieurs données du volet «une vie de couple réussie» du sondage Léger Marketing-Le Devoir mettent en lumière d'apparentes contradictions. La plus flagrante? Pour plus de 68 % des Québécois, dont 74 % des femmes, la «vie amoureuse et familiale» demeure ce à quoi ils accordent le plus d'importance dans la vie. Or, parallèlement, 65 % des Québécois ne croient pas que la vie de couple soit indispensable à la réussite d'une vie. C'est comme si les Québécois établissaient une distinction claire entre «vie familiale et amoureuse» et «vie de couple».

Après tout, le mariage a longtemps été, rappelle la psychiatre et psychanalyste française Marie-France Hirigoyen, un contrat alliant deux familles afin d'assurer la descendance et la répartition du patrimoine, sans obligation de lien amoureux. «Aujourd'hui, ce n'est plus le mariage qui est l'institution, mais l'amour; les sentiments sont désormais au centre de la relation. L'amour est devenu la condition indispensable à la vie commune. Il n'est pas étonnant, dans ces conditions, qu'il soit devenu beaucoup plus difficile qu'autrefois de réussir sa vie de couple: l'exigence d'amour fragilise le couple, car si la relation n'est bâtie que sur des sentiments, il est difficile qu'elle tienne dans la durée. Il faudrait qu'elle soit toujours belle et magique, ce qui est rare. Du coup, si ça se dégrade, c'est souvent la rupture.»

Dans son essai Amours (Fayard) paru l'an dernier, l'intellectuel français Jacques Attali rappelle, après avoir retracé l'histoire des relations hommes-femmes, que le couple constitue, somme toute, un accident de l'Histoire. «Presque partout, aujourd'hui encore sur une large partie du globe, le mariage monogame n'est pas une histoire d'amour. Il est l'union de deux familles pour protéger des terres ou pour les réunir, et les époux n'ont pas leur mot à dire», soutient-il.

Par ailleurs, parmi les apparentes contradictions révélées par le volet «une vie de couple réussie» du sondage Léger Marketing-Le Devoir, il y a cette dichotomie entre le discours égalitaire des Québécois et la pratique. Ainsi, aux yeux de 19 % des hommes, la carrière de la femme constitue le principal obstacle empêchant les couples d'avoir les enfants qu'ils désirent. Ce n'est pas rien!

«Le message féministe est passé, il n'y a pas de doute. Mais un écart subsiste toujours entre le discours égalitaire et la réalité, note la sociologue québécoise Hélène Belleau. On demande au changement de se faire à vitesse grand V. Il se fait déjà en accéléré. C'est fou le progrès qui s'est fait depuis trois générations.»

Tout n'est pas parfait pour autant. Le sondage Léger Marketing-Le Devoir révèle par exemple que plus de la moitié des femmes, soit 51 %, estiment en faire plus que leur conjoint dans le partage des tâches ménagères. Si 55 % des hommes affirment que le partage est équitable, un autre 36 % reconnaît tout de même que leur conjointe en fait plus...

D'autres contradictions? Quatre Québécois sur dix (36 % des hommes, 43 % des femmes) voient dans «le manque d'argent» le principal obstacle empêchant les couples d'avoir les enfants qu'ils désirent. Or, quand on leur demande ce à quoi ils accordent le plus d'importance dans la vie, ces mêmes Québécois ne choisissent le travail que dans une proportion de 6 %. N'y a-t-il pas meilleur moyen d'accumuler de l'argent que de travailler?

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Collaboration spéciale
3 commentaires
  • Dominic Pageau - Inscrit 20 septembre 2008 03 h 57

    Le modèle vendu par les féministes est déficient

    Il considère que l'homme et la femme sont identique. Que la gestion des choses est plus efficace quand tout est fait à 50 - 50.

    Cette gestion, en plus d'être inneficace est conflictuelle. Plus ça va, moins les parents passent de temps avec les enfants, si je ne m'abuse c'est quelque chose comme 30 minutes par jour.


    Et pour les délires schizo, et bien c'est vouloir le beurre et l'argent.

    Avec un bon conditionnement, on fini par faire oublier les contradictions de ce qu'on prone.

    Il était évident que le sondage du Le Devoir n'était qu'un vulgaire exercice de relation publique qui ne visait pas à analyser la tendance, mais plutot à lui donner un coup de pouce.

  • Normand Chaput - Inscrit 20 septembre 2008 12 h 57

    @Pageau

    Le sujet, manifestement vous intéresse. Je vous encourage à persévérer. Un peu moins de hargne, cependant, aiderait votre propos.

  • Jacques Morissette - Inscrit 21 septembre 2008 00 h 41

    Manque d'argent ou trop de superflu?

    Manque-t-on vraiment d'argent ou dépense-t-on trop pour le superflu, plutôt que s'en tenir d'abord à l'essentiel? Beaucoup de facteurs influencent notre façon de dépenser. Ce qui fait que nos valeurs sont parfois laissées pour compte.

    On manque d'argent parce qu'on regarde uniquement ce qui reste. Petite suggestion, considérez plutôt l'argent qui rentre et de quelle façon on le dépense ensuite. C'est peut-être moins le manque d'argent que la façon qu'on le dépense qui fait qu'en bout de ligne on a l'impression qu'on en manque.

    JM