Qui prend femme prend pays

Yanick Charbonneau, son épouse, Zhao Dong, et leurs deux enfants, Élisa et Gabriel: «Mes beaux-parents sont fiers que je me débrouille en Chine.»
Photo: Yanick Charbonneau, son épouse, Zhao Dong, et leurs deux enfants, Élisa et Gabriel: «Mes beaux-parents sont fiers que je me débrouille en Chine.»

La Chine est un géant économique émergent dont la population vit sous la férule d'un régime autoritaire qui enferme ses dissidents et écrase le peuple tibétain. Voilà pour les perceptions entendues — qui ne sont pas, du reste, sans fondements. Mais encore. En cet été olympique, Le Devoir vous propose donc huit portraits de Chinois qui ont pris racine ici et de Québécois qui sont allés, là-bas, plonger dans la réalité chinoise. À lire tous les lundis.

La maxime est bien connue: «Qui prend mari prend pays». Mais pour le Montréalais Yanick Charbonneau, 38 ans, c'est exactement le contraire qui s'est produit. Tombé amoureux d'une Chinoise il y a sept ans, c'est finalement lui qui a déménagé ses pénates dans l'Empire du milieu, un coin de la planète qui l'attirait depuis longtemps.

«La Chine est un monde aux possibilités sans pareilles, dit-il lorsque joint à Pékin. Tout, vraiment tout, est possible. Pour le meilleur et pour le pire! On a le tournis, tellement ça bouge.»

Dans son aventure, Yanick Charbonneau a eu de la chance. Son employeur, la firme d'avocats Robinson, Sheppard, Shapiro (RSS), qui a son siège social aux derniers étages de la Tour de la Bourse, à Montréal, possède des bureaux à Hong Kong et à Pékin. Il a donc fait ses valises et pris le chemin du pays natal de sa femme, où il est maintenant avocat en droit de l'immigration.

Depuis 2006, il voyage constamment entre Hong Kong, Shanghai et Pékin. Sa femme, Zhao Dong, et ses deux enfants, Élisa et Gabriel, se sont installés en permanence dans la capitale, là où la famille de Zhao Dong a ses racines.

La Chine du boom économique, celle des hommes d'affaires qui s'enrichissent à vue d'oeil, Yanick Charbonneau est aux premières loges pour l'observer. Chaque jour, il permet aux Chinois investisseurs qui veulent émigrer au Canada de se démêler dans nos règles d'immigration. Il aide les riches à faire le saut chez nous en douceur.

«Je rencontre les Chinois privilégiés», convient-il, bien conscient que la Chine renferme 130 millions de personnes qui vivent avec moins de un dollar par jour.

N'empêche, à l'autre extrême, la Chine est maintenant un pays où les millionnaires abondent. Selon la firme américaine Merrill Lynch, plus de 415 000 Chinois avaient une fortune supérieure à un million de dollars en 2007, une hausse de 20 % par rapport à 2005. L'an dernier, la Chine a vu naître 130 millionnaires par jour!

«Plusieurs Chinois ont investi leur capital dans l'immobilier ou les actions à la Bourse de Shanghai, explique Yanick Charbonneau. Et le marché s'est emballé. Par exemple, mon appartement de quatre pièces, près du quartier des affaires, a pris 100 % de valeur en trois ans! Il y a des gens qui deviennent riches du jour au lendemain.»

Et pourquoi les Chinois veulent-ils venir au Canada et au Québec, eux qui ont pourtant toutes les raisons de voir l'avenir en rose dans leur pays? «Plusieurs Chinois apprécient notre système d'éducation et notre qualité de vie», affirme Yanick Charbonneau, qui émet toutefois un bémol. «Un grand nombre de Chinois qui ont émigré au Canada finissent malheureusement par revenir en Chine après quelques années. Il faudra trouver un moyen de les retenir.»

La vie de quartier

À Pékin, Yanick Charbonneau et sa famille se sont installés dans le quartier CBD, 15 kilomètres à l'est de la place Tiananmen et du centre de la ville. Son fils Gabriel, trois ans et demi, fréquente la garderie du coin, où il est le seul étranger de sa classe.

Étant donné qu'il parle le mandarin, fiston parvient tout de même à se faire beaucoup d'amis, assure son père. «Quand je prends le train avec mon garçon, qui me ressemble comme deux gouttes d'eau, et qu'il me parle en mandarin, on se fait regarder bizarre!», dit-il. Sa fille de 15 mois, Élisa, commence elle aussi à parler.

Yanick et sa famille sont plongés dans la réalité chinoise. «C'est un quartier en plein développement. Dans le train, le matin, je rencontre des hommes d'affaires de la classe moyenne, mais aussi des étudiants et des paysans, les fameux travailleurs migrants venus de la campagne», explique-t-il.

Très pratique, car situé à mi-chemin entre l'aéroport et le secteur des affaires, son quartier est toutefois victime de la croissance effrénée de la ville. «On aime moins le fait que tout soit en perpétuelle construction. De ma fenêtre, au 29e étage de notre tour, je vois six grues. Imaginez le bruit, la poussière et le désordre que cela entraîne», dit-il.

La belle-famille

Si les Chinois s'habituent de plus en plus à côtoyer des étrangers dans la rue et au travail, surtout dans les villes, il en va autrement dans les familles, qui sont tissées serré. «Des couples mixtes [Chinois-étranger] avec des enfants, ça ne court pas les rues pour l'instant», affirme Yanick Charbonneau.

Mais sa belle-famille, probablement parce qu'elle est originaire de la capitale et que ses beaux-parents ont travaillé à l'Université de Pékin toute leur vie, est très ouverte d'esprit.

«Mes beaux-parents sont charmants et m'ont traité rapidement comme un membre de la famille. Ils sont fiers que je me débrouille en Chine. Je suis privilégié, car ça ne se passe pas aussi bien pour tout le monde», dit-il. Le plus jeune frère de sa femme n'a pas hésité à briser la glace lors du premier voyage de Yanick en Chine.

«Je l'ai complimenté sur ses chaussures, et le lendemain il m'en avait acheté des pareilles!»

Tranquillement, il s'est habitué aux coutumes familiales chinoises. «On ne s'embrasse pas en Chine. Tout est dans les yeux pour transmettre nos sentiments. C'est franchement très discret et délicat», dit-il. Le premier Noël a aussi été un apprentissage. «Quand on offre un cadeau, il est de mise de ne pas l'ouvrir. Pour eux, ce n'est pas approprié, car ça dénote de l'avidité ou de la gourmandise. Il faut que j'insiste chaque fois pour qu'ils l'ouvrent!»

A-t-il l'intention de revenir vivre à Montréal bientôt? «Je ne suis jamais loin longtemps de la Chine, car la vie trépidante me manquerait. Je ne prévois pas revenir au Canada pour le moment», dit-il. Visiblement, il a pris femme et pays.
 
2 commentaires
  • Alain Poudrette - Abonné 14 juillet 2008 10 h 47

    Toujours aussi intéressant.

    Bonjour!
    Encore une fois, je me suis délecté à la lecture de cet article. L'idée de rencontrer un Montréalais, marié à une Chinoise, vivant à Pékin par amour, m'apparaît excellente et émouvante. J'ai adoré la section où le père raconte le regard des Chinois face à sa conversation en mandarin avec son fils. Aussi, le choc culturel devant le rôle traditionnel de la famille devait être mentionné.
    Le plus important demeure que le couple soit heureux. Il n'y a pas de frontières à l'amour.
    En vour remerciant de cet article rafraîchissant!
    À la semaine prochaine!

  • Nathalie Beauregard - Abonnée 14 juillet 2008 10 h 55

    très intéressant

    Un texte très intéressant. Merci!

    Nathalie B.