Le Canada déshabillera-t-il l'Afrique pour habiller l'Amérique latine?

Il y a des signes qui ne mentent pas, affirme Denis Tougas, de l'ONG montréalaise Entraide missionnaire. Aussi les organisations de coopération internationale (OCI) craignent-elles vivement que le continent africain ne fasse les frais du virage en aide étrangère auquel le gouvernement Harper est en train de procéder à la faveur de l'Amérique latine.

Le Canada a bien rempli la promesse faite par l'ancien premier ministre Jean Chrétien de doubler son aide à l'Afrique. À l'ACDI, on affirme aux OCI que les ressources destinées aux Africains sont assurées jusqu'en 2011. Il reste que M. Harper, de passage à New York début octobre, n'a pas une seule fois mentionné l'Afrique pendant les 90 minutes qu'il a passées à discuter de la politique étrangère canadienne devant le Council on Foreign Relations.

Vingt ans de présence

La lutte contre la pauvreté en Afrique est au coeur de l'aide canadienne depuis 20 ans. Une nouvelle politique doit cependant être dévoilée par le gouvernement Harper d'ici la fin de l'année, dont on s'attend qu'elle apportera des changements considérables à la façon dont le Canada distribue les 4,1 milliards de dollars qu'il décaisse annuellement en aide étrangère. Avec l'Afghanistan, devenu le principal bénéficiaire de l'assistance canadienne, devant Haïti, le premier ministre n'a pas fait secret de son intention de mettre l'accent sur l'Amérique latine.

La politique réformée prévoirait en même temps de réduire considérablement — de plus de 75 à l'heure actuelle à moins de 25 — le nombre de pays qui reçoivent l'essentiel de notre aide bilatérale. Qu'il y ait lieu de recentrer l'action de l'Agence canadienne de développement international et de corriger à des fins d'efficacité sa tendance à l'éparpillement fait l'objet d'un assez vaste consensus. D'Oxfam Canada au Conseil canadien de la coopération internationale, à peu près tout le monde déplore toutefois que le gouvernement fédéral mène depuis six mois sa réflexion sans avoir jugé nécessaire de demander leur avis aux OCI qui oeuvrent sur le terrain.

L'aide et le commerce

Certains notent avec dépit que le virage conservateur vers l'Amérique latine et les Caraïbes s'accompagne, au détriment de l'aide au développement et de la lutte contre la pauvreté, d'un intérêt redoublé pour la promotion de la libéralisation du commerce (comme en fait foi l'ouverture de négociations de libre-échange avec la Colombie et le Pérou). Le gouvernement actuel considère l'Afrique comme une «idée libérale» qu'il faut battre en brèche, estimait-on récemment dans un texte paru dans l'hebdomadaire politique de la colline parlementaire, Embassy. On y déplorait que M. Harper procède par motivation partisane: «Jean Chrétien et Paul Martin ont certainement été de grands supporters de l'engagement du Canada en Afrique. Mais c'est oublier, entre autres, que Brian Mulroney, ex-premier ministre conservateur, fut un leader dans la lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud.»

Denis Tougas conclut: «On n'a rien, bien entendu, contre le fait que l'aide à Haïti et à l'Amérique latine soit bonifiée. Mais on s'oppose au fait que cela se fasse sur le dos de l'Afrique.» Le débat, dit-il, met en lumière de façon éclatante la nécessité d'accroître les budgets de l'aide. La part du PIB canadien consacrée à l'aide au développement fut de 0,33 % l'année dernière alors qu'elle était en moyenne de 0,42 % parmi les économies développées. On est encore loin de la cible onusienne de 0,7 % du PIB.

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2 commentaires
  • Roland Berger - Inscrit 19 octobre 2007 09 h 48

    Bush veut amadouer l'Amérique latine

    De plus en plus de pays de l'Amérique latine, le Venezuela en tête, remettent en question l'influence des États-Unis en Amérique latine. Il n'y a pas si longtemps, Bush a fait une tournée rapide de quelques pays de ce continent pour tenter de bloquer cette opposition. Sans grand succès. Passer par l'aide financière à la résolution du problème de pauvreté est une bonne stratégie. Oh ! le texte de Guy Taillefer parle de Harper. Je m'excuse d'avoir confondu. Ils sont tellement semblabes, Stephen ne ménageant aucun effort pour s'aligner sur les désirs du grand-frère George.
    Roland Berger
    London, Ontario

  • Serge Charbonneau - Inscrit 19 octobre 2007 11 h 13

    Aide du gouvernement Harper????

    Aide du gouvernement Harper!
    Non, mais, vous voulez rire!
    Le gouvernement Harper, tout comme le gouvernement Bush, n'aide pas, il se positionne. Ces gouvernements se foutent éperdument de la souffrance humaine, donc, lorsqu'ils investissent dans un endroit, c'est pour les bénéfices des compagnies pour lesquelles ils travaillent.

    Voyons voir à quel endroit Harper veut investir, euh! excusez, je veux dire, veut envoyer de l'aide!
    La Colombie! Ah! Bon! Une des plus sûres démocraties d'Amérique latine (sic)! Un gouvernement pas du tout corrompu, une population heureuse qui vit en pleine démocratie. Il faudrait juste creuser un peu plus sur les conditions prévalant dans ce pays. Il faudrait regarder un peu plus en profondeur sur ce bon gouvernement Uribe. Ce n'est pas pour rien que Harper considère intéressant d'investir dans ce pays. Bush aussi d'ailleurs. La Colombie arrive dans les premiers pays profitant de l'aide (sic) états-unienne. Depuis 2000, les États-unis ont déjà versé plus de 3 milliards de dollars à la Colombie, cinquième bénéficiaire au monde de l'aide américaine.

    Il serait intéressant que M. Taillefer nous dise vers quel pays cette aide (sic) serait dirigée!
    Sûrement pas la Bolivie, les pauvres ont pris le pouvoir. Certainement pas en Équateur, il y a encore trop de pauvres et ceux-ci commencent à vouloir contrôler leurs richesses. Pas, non plus, au Nicaragua, le pays le plus pauvre de l'Amérique latine maintenant gouverner par cet ex-communiste de Ortega qui s'acoquine de Chavez et Castro. Pas pour Haïti, un pays qui n'offre rien d'autre qu'une bonne base de distribution de drogue pour les États-Unis. Il y a le Pérou, où le gouvernement n'est pas totalement perdu et où l'on peut encore profiter un peu de la corruption. Il y a aussi le Paraguay avec ce Duarte qui demeure compréhensif. Lula et Bachelet, quant à eux, sont tantôt conciliants avec les capitaux tantôt incertains, ce ne sont pas des valeurs sûres en qui on peut mettre toute notre confiance. Tabare Vasquez en Uruguay, Kirchner en Argentine, deux qui oscillent nettement trop vers ce démon de Chavez. Je vous le dis, il reste Uribe en Colombie, un démocrate, un vrai qui peut faire profiter nos intérêts. Le reste de l'Amérique latine, ce sont soit des communistes qui rejettent dieu et le capital ou des pauvres qui boufferaient nos investissements sans nous garantir un rendement. Reste la Colombie. Préservons-la!


    Serge Charbonneau
    Québec