CHOI Radio X critiquée aussi par ses auditeurs

S’ils ont un  attachement pour leur station de radio, les auditeurs de CHOI-Radio X semblent également montrer une certaine prise de recul par rapport au contenu qui y est présenté, selon une étude récente. Sur cette photo, des milliers d’auditeurs de la station s’étaient réunis en juillet 2004 pour protester contre la décision du CRTC de ne pas renouveler sa licence.
Photo: Stevens Leblanc Archives La Presse canadienne  S’ils ont un  attachement pour leur station de radio, les auditeurs de CHOI-Radio X semblent également montrer une certaine prise de recul par rapport au contenu qui y est présenté, selon une étude récente. Sur cette photo, des milliers d’auditeurs de la station s’étaient réunis en juillet 2004 pour protester contre la décision du CRTC de ne pas renouveler sa licence.

La pandémie n’a pas seulement affecté les rapports de CHOI-FM avec ses annonceurs, comme le révélait Le Devoir mardi. La station perd aussi des auditeurs de longue date, qui se disent en quête d’un contenu moins « négatif » et plus « nuancé ».

L’annonce du départ prochain de l’animateur Denis Gravel et de sa collègue Véronique Bergeron a déclenché une pluie de messages au contenu inattendu, le 19 avril, sur la page Facebook de l’émission Gravel dans le retour. « Je n’en pouvais plus du négativisme des autres animateurs », a écrit un auditeur. « Je viens de pogner ma claque du climat négatif de la station », a affirmé un autre.

Au-delà des remerciements et des questions qui fusaient, ils étaient des dizaines à critiquer les deux autres animateurs-vedettes de la station — Dominic Maurais (Maurais Live) et Jeff Fillion (Fillion, le midi) — et à déplorer, ont-ils écrit, la fin de la « seule » émission qui les gardait sur les ondes du 98.1 FM.

Radio X fait-elle face à une vague de perte d’auditeurs ? Le Devoir a contacté son directeur général, Philippe Lefebvre, mais celui-ci n’a pas voulu nous accorder d’entrevue. Interpellé à son tour, Jeff Fillion a répondu qu’un texte à ce sujet « allait être très drôle ». Nos messages à Dominic Maurais sont quant à eux restés sans réponse.

Désinformation et négativisme

Certains auditeurs qui avaient réagi sur Facebook ont toutefois accepté de nous parler.

Marc-André Bélanger, 41 ans, écoute Radio X depuis qu’il « a un char ». Adolescent, il a d’abord aimé la station pour la musique, dit-il. Puis, il a accroché aux émissions d’opinions dans le cadre de son travail, qui l’amenait beaucoup sur la route. « J’ai toujours écouté cette station-là en me faisant l’avocat du diable, avec un grain de sel. Mais depuis le début de la pandémie, c’est juste du “COVID-bashing”, et ça devient tannant. Ils parlent juste de ça. »

En plus de l’éloigner de sa voiture, la pandémie a accru son besoin de légèreté, explique-t-il. « Je fais du télétravail, je suis toujours à la maison. À un moment donné, on devient comme enfermés dans notre cocon… J’ai été tanné du négativisme. »

CHOI Radio X a l’habitude d’être critiquée, cela fait même partie de son ADN. Mais depuis la crise sanitaire, les critiques viennent de nouveaux côtés. D’anciens animateurs-vedettes de la station, comme Jérôme Landry ou Jonathan Trudeau, attaquent ouvertement son contenu.

« La fanbase des Duhaime et Fillion. Toujours très édifiant. Je n’ai plus de patience pour ces émules des dangereux animateurs québécois », écrivait récemment sur Twitter Jonathan Trudeau, en réaction à des commentaires qu’il avait reçus.

Andrée-Anne, début de la trentaine, raconte qu’elle a adopté Radio X il y a une dizaine d’années. Elle souhaite taire son nom de famille, pour ne pas être « ciblée » par des défenseurs de Radio X sur les réseaux sociaux.

Séduite d’abord par l’émission du soir de Christian Robert Page sur les phénomènes inexpliqués et paranormaux, elle a fini par adopter le reste de la programmation. « Ma radio restait tout le temps sur CHOI », raconte cette résidente de la Rive-Sud.

Avant, elle écoutait Maurais Live en route vers le travail le matin, mais son opinion sur l’animateur a changé. « Avant, il me semble qu’il était plus drôle. […] J’avais commencé à moins l’écouter. J’ai vu qu’avec la crise sanitaire, il commençait vraiment à déraper et à interroger des gens qui étaient mal informés, mais qui se disaient très bien informés. »

« Je ne dis pas qu’il ne faut pas donner de droit de parole aux complotistes, ajoute-t-elle. Tout le monde a un droit de parole, mais ça prend tout le temps quelqu’un pour nuancer. » La jeune femme tient à souligner que « CHOI, c’est pas juste du mauvais », mais que la station a pris une drôle de « tangente » dans la dernière année. « Avec Denis Gravel qui s’en va, je vais juste écouter Christian R. Page. »

Des auditeurs plus critiques

Il semble que les auditeurs de Radio X soient plus critiques à l’endroit de son contenu que ce que la recherche laissait entendre jusqu’à présent.

Dans le cadre de sa maîtrise en communication publique en 2019, Aline Vancompernolle, une étudiante de l’Université Laval, a réalisé des entrevues avec 16 auditeurs de CHOI et du FM-93 recrutés au hasard. Elle a constaté qu’ils n’affichaient pas « une adhésion inconditionnelle » aux propos des animateurs. « Les résultats de notre étude semblent également montrer une prise de recul vis-à-vis des radios d’opinions qui n’apparaissait pas dans les études américaines, ni d’ailleurs dans les précédentes études menées sur le sujet à Québec. »

Dans la jeune quarantaine, Guillaume Duplain raconte qu’il écoute Radio X depuis le cégep. Les attentats du 11 septembre 2001, c’est sur les ondes de CHOI qu’il les a suivis en direct. Mais depuis quelques années, l’émission de Denis Gravel était la seule qu’il suivait.

« On finit par s’écœurer du chialage nonstop sur les mêmes sujets jour après jour, dit-il à propos des animateurs Jeff Fillion et Dominic Maurais. Ça ne me tente plus de me lever le matin en me demandant : contre quoi je suis fâché aujourd’hui ? »

La pandémie, ajoute-t-il, a « exacerbé » ce qu’il n’aimait déjà plus. « Les points de presse du gouvernement, je les écoutais pratiquement tous les jours, parce que le télétravail me le permettait. Après, on écoutait les commentaires à l’émission [de CHOI] et ça n’avait aucun rapport avec ce qui s’était dit », relève-t-il.

Auditeur de longue date de la station, Jean-Pierre Magnan connaît très bien CHOI, qu’il écoute des heures durant sur la route à cause de son métier de camionneur. Contrairement aux autres, il ne trouve rien à redire de particulier sur les prises de position de Dominic Maurais et de Jeff Fillion au sujet de la COVID-19 et sur leur attitude envers des leaders complotistes.

Ça ne me tente plus de me lever le matin en me demandant : contre quoi je suis fâché aujourd’hui?

 

« Comme plusieurs auditeurs de CHOI, je pense que je suis capable de faire la part des choses. Ces complotistes-là, je ne leur donne pas vraiment d’attention. Quand il y en a un qui est dans le champ, je passe à autre chose. »

À ses yeux, la pandémie n’a pas changé Fillion et Maurais, c’est plutôt Denis Gravel qui a changé. « Quand tu débutes une saison toute neuve en demandant à une partie de ton auditoire de “décrisser”, c’est qu’il y a un malaise », a-t-il écrit sur la page Facebook de l’émission.

Au mois d’août, l’animateur-vedette avait traité les antimasques à l’écoute de tous les noms. « Les totons, les crétins, les abrutis, les idiots, les crottes de nez qui portent pas le masque où c’est prescrit, quittez le Retour de Radio X », avait-il lancé, avant de les traiter de « crottins de chevaux ».

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