Tramway de Québec: le BAPE s’interroge sur les effets de la COVID-19

Corinne Gendron (au centre) est la présidente de la commission.
Photo: Capture d'écran BAPE Corinne Gendron (au centre) est la présidente de la commission.

Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) chargé d’évaluer le projet de tramway se demande dans quelle mesure le COVID-19 risque de faire fléchir la demande en transport en commun.

Dans une lettre transmise lundi, les commissaires demandent à l’Association du transport urbain du Québec de les éclairer à ce sujet.

« Comment envisagez-vous l’évolution du comportement des usagers du transport collectif sur un horizon de 10 ans, en regard notamment de la COVID-19, des mesures de confinement et des tendances en matière de télétravail ? » peut-on lire dans le document mis en ligne lundi.

Le BAPE a également écrit au ministère de l’Éducation pour lui demander s’il entendait favoriser l’enseignement à distance « dans la foulée de la pandémie de COVID-19 » et dans quelle mesure les étudiants des collèges et des universités devraient se rendre sur place pour assister aux cours.

Une présentation du Bureau de projet sur les « impacts de la pandémie » et les futurs besoins en transport collectif est en outre inscrite au programme d’une séance de mardi.

Les travaux du BAPE sur le projet de tramway débutaient lundi soir avec une première séance d’information sur la justification du projet, l’achalandage et la technologie retenue.

Le sujet de la pandémie a aussi été soulevé par un citoyen, Luc Dallaire, dont le commerce est touché par les expropriations. Décrivant la pandémie comme « l’éléphant dans la pièce », il a mis en doute l’utilité du tramway à Québec. « Aujourd’hui, les bureaux sont vides, les transports en commun sont vides, mais tout fonctionne », a-t-il dit.

La nécessité de répondre aux besoins croissants de la population en transport en commun à Québec fait partie des motifs invoqués pour lancer ce projet de 3,3 milliards de dollars.

« La population de Québec augmente », a déclaré le directeur de projet, Daniel Genest, au début de sa présentation. « La croissance démographique entraînera une dégradation des conditions de mobilité », a-t-il ajouté, en soulignant que, d’ici 2041, il y aurait 100 000 déplacements de plus chaque jour.

Or en raison de la pandémie, ces trois derniers mois, l’achalandage dans les transports en commun a fondu à Québec comme ailleurs.

À cet égard, le directeur de projet Daniel Genest a avancé que la pandémie était un « phénomène ponctuel » et qu’on ne construisait pas un projet « pour aujourd’hui ou dans cinq ans, mais dans un ordre de 50 ans ». Il a aussi affirmé ne pas « être en mesure de prédire le futur » et « l’impact du télétravail ».

Des partisans du métro et du monorail au micro

Le début des travaux survenait au lendemain d’une manifestation d’opposants au tramway (le groupe « Tramway non merci ») qui a rassemblé environ 500 personnes devant l’Assemblée nationale. Parmi eux, certains jugent qu’on gaspille des fonds publics ou que la population n’a pas été consultée ; d’autres souhaitent qu’on investisse plutôt dans un métro.

D’ailleurs, la première question posée au BAPE lundi portait sur le métro. Émilie Coulombe, co-fondatrice d’un groupe pro-métro, s’interrogeait sur la méthodologie de l’étude de Systra qui comparait métro et tramway en demandant qu’on évalue l’hypothèse d’un métro avec peu de wagons.

Juste après, Guy Boivin, un résidant du quartier Montcalm, a avancé qu’un monorail générerait « moins d’irritants ». « On a senti la Ville opaque et braquée sur son choix », a-t-il dit. « Avez-vous vraiment regardé d’autres systèmes que les tramways et les bus ? »

Le monorail a été également au cœur de la question du troisième participant, Jacques Proulx qui a affirmé que le « monorail suspendu avait beaucoup moins d’impact au sol ».

Trop gros et trop cher

En réponse à ces questions, l’équipe de projet a avancé que les trains légers et monorails avaient été exclus, dans un premier temps, parce qu’ils étaient difficiles à « insérer » dans des espaces denses et patrimoniaux, notamment. Le métro, lui, a été mis de côté parce qu’il est six fois plus cher et qu’il n’y aurait pas assez d’achalandage pour le justifier, a-t-on expliqué.

Concernant la question de Mme Coulombe, le représentant de Systra a reconnu que des métros à deux ou trois wagons comme on en trouve à Toulouse notamment pourraient convenir à la population de Québec. Toutefois, le problème du coût demeure, a-t-il dit.

Le directeur de projet, Daniel Genest a aussi mentionné qu’un train léger comme celui d’Ottawa n’était pas à possible à Québec en raison de l’absence d’une emprise ferroviaire déjà existante.

Les audiences se déroulent au Centre des congrès, mais en raison des contraintes de distanciation, seulement 50 personnes ont pu y participer sur place. Les séances sont par contre diffusées sur le Web et à la télévision.

La commission d’enquête est présidée par Corinne Gendron, une avocate spécialisée en environnement. Elle est secondée par les commissaires Pierre Renaud et Antoine Morissette, qui ont des expertises, respectivement, en génie et en administration ainsi qu’en géographie.

La première partie des audiences doit se poursuivre jusqu’à vendredi avec les questions du public. Une seconde période d’audiences est prévue à compter du 3 août pour entendre, cette fois, les mémoires et propositions. Par la suite, les commissaires auront jusqu’au 5 novembre pour remettre leur rapport au ministre de l’Environnement, Benoît Charette.

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