L’opposition accuse Labeaume d’avoir trompé les citoyens

Le maire Régis Labeaume a souvent par le passé présenté le projet comme l’occasion de faire venir Orange à Québec. Or, rien n’est moins sûr, si l’on en croit un courriel du géant français.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le maire Régis Labeaume a souvent par le passé présenté le projet comme l’occasion de faire venir Orange à Québec. Or, rien n’est moins sûr, si l’on en croit un courriel du géant français.

Le projet déjà controversé de coffre-fort virtuel de la Ville de Québec a de nouveau été entaché par des révélations de l’opposition. Or le maire n’a pas l’intention de l’abandonner pour autant.

« Le maire a menti à la population », a déclaré le chef de l’opposition, Paul Shoiry, lors d’un point de presse mardi matin. M. Shoiry reproche au maire d’avoir induit la population en erreur dans ses déclarations sur le coffre-fort virtuel. « C’est le temps que cette mascarade cesse. »

Rappelons que la Ville a investi depuis 2009 au moins 1,5 million de dollars dans ce projet techno de dématérialisation de documents (demandes de permis, avis d’imposition, etc.). La technologie utilisée a été développée par une nouvelle entreprise, Asentri, liée à une filiale du groupe français Orange du nom d’Almerys.

La Ville s’était engagée à l’époque à se procurer la technologie développée par la compagnie et à la tester en interne. En échange, l’administration Labeaume espérait y gagner en créations d’emplois et par la venue de sièges sociaux, dont celui du géant français des télécoms Orange.

Plus récemment, la Ville annonçait son intention de créer un bunker pour serveurs informatiques avec les mêmes partenaires.

Dans le passé, le maire a souvent évoqué la venue d’Orange pour justifier ce projet controversé. « Ce n’est pas une dépense, c’est un investissement. On veut Orange à Québec d’une façon ou d’une autre », déclarait-il au Soleil en 2013.

Or dans une correspondance avec M. Shoiry, le secrétaire général d’Orange écrit n’avoir aucun lien avec les projets de Québec. « Notre filiale Almerys ne participe pas au projet de coffre-fort virtuel pour la Ville de Québec. Le Groupe Orange ne prévoit pas non plus de construire une infrastructure de “ bunker ” sécurisée […] ni d’y établir son siège social pour l’Amérique du Nord. »

Pour l’opposition, ce dossier rappelle celui de Clotaire Rapaille. « On prend des décisions importantes sur des coups de tête », a déploré la conseillère Anne Guérette en parlant de « mirages ».

Le chef Paul Shoiry a réclamé qu’on interrompe ce projet qui a subi suffisamment de revers. Rappelons que le projet pilote qui devait compter 30 000 participants qui acceptaient de verser certains documents confidentiels dans le coffre-fort, a notamment été suspendu après n’avoir récolté que 900 inscriptions.

Le cabinet espère toujours Orange

Au cabinet du maire, on ne voit aucune raison d’abandonner le projet. Le dirigeant d’Orange qui a rédigé la lettre est probablement mal informé, selon l’attaché de presse du maire, Paul-Christian Nolin. « Peut-être que le secrétaire général [d’Orange] n’est pas au courant de tous les détails des filiales », a-t-il dit.

Il ajoute que l’affirmation voulant que la filiale Almerys ne participe pas au projet ne tient pas non plus.

« Je pense qu’il ne savait pas qu’Almerys était en discussion avec la Ville », a-t-il dit en précisant que les documents de négociation qu’il avait consultés avec les avocats étaient clairs là-dessus.

Il signale en outre que le maire continue d’espérer qu’Orange viendra et qu’il n’a pas menti dans le passé. « À aucun moment, on n’a dit qu’on faisait directement affaire avec Orange. »

Enfin, M. Nolin souligne que le projet de bunker progresse bien et qu’Asentri vient d’acquérir un terrain à cette fin dans le parc industriel. Quant au projet de coffre-fort virtuel, il est toujours sur la glace.